C. FICHTE ET MADAME , • iw, n
DE ST\ËL souci ci elcver son tus en conformité avec
ses principes, furent, avons-nous dit, la seule distraction que se permit Fichte, durant le travail ininterrompu qu'exigeait la refonte de la Théorie de la Science. De 1801 à 1804, pendant trois ans, Fichte vécut donc à Berlin dans le mutisme philosophique le plus absolu'. La méditation intense à laquelle il s'astrei-
I. Fichte, S. W., VIII. Bd., 3. F. Aphorismen uber Erziehung, 1804, 9, p. 358-359. — 2. Ibid., 10, p. 359.
3. Nous disons mutisme philosophique pour être rigoureusement exact. Il parut, en effet, en 1802, quelque chose de Fichte, mais sans signature, une idylle, dans VAlmanach des Muses de A. -G. Schlegel et de Tieck. La voici :
Was regst du, mein Wein, in dem Fass dich?
• Es brachten die Liifte mir Kunde Von der Inbrunst meines Erzeugers, Das regte das Inn're mir aufl •
• Ich môchte die Bande zersprengen.
Die von ihm ferne mieh halten, Und zerlliessen und in den Dûflen Zusammenstrômen mit ihm ! •
6o bringen heimliche Stimmen Der Geister Psychen die Kunde Von der unendlichen Liebe Im Unendlichen, ihrem Erzeuger; Und es dehnet sich ihr das Herz aus In unbeschreiblicher Wehmuth, In unaussprechlicher Sehnsucht, Bis die irdische HûUe zerreisst. ■
(Musen-Almanach von A.-\V. Schlcgol und L. Tieck, Tiibingen, 1802, p. 170; voir Fichte, S.-W.. VIII. Bd., 5. B., p. 460.)
C'est sans doute à cette idylle que fait allusion A. -G. Schlegel dans deu.x lettres à Tieck du 28 avril et du 13 juin 1801.
Dans la première il écrit :
« Fichte m'a montré une petite poésie qu'il veut nous donner, et peut-être nous donnera-t-il encore davantage, mais probablement pas sous son nom. » Briefe an L. Tieck (Éditicin K. von Holtei, Breslau, Verlag von Ed. Trewendt, 1864, III. Bd., A.-W. .Schlegel, VIII. B., d. 28. Apr. 1801, p. 245).
Dans la seconde il ajoute :
• Fichte ne m'a pas encore donné la copie de la petite poésie qu'il m'a lue'un
giiait n'était d'ailleurs, semble-t-il, pas la seule raison que Fichte eût de se taire; un mot qui lui échappa découvre, à cet égard, le fond de son cœur : le philosophe déclarait vivre actuellement, à Berlin, au centre de la Barbarie (an dera Mittelsitze der Barbare!)^, et il tentait de le prouver.
Le 18 août 1803, Fichte écrivait à Schiller :
« J'ai vu deux fois la Fille naturelle de Goethe, car elle a été donnée ici en représentation, j'y ai apporté toute mon attention^, et je crois m'être élevé à tous les aspects sous lesquels on peut considérer cette ceuvre. Quels que soient mon respect et mon goût pour Iphigénie, pour le Tasse et, dans un autre genre, pour Hermann et Doi^othée, bien que. d'autre part, j'aie à peine cru qu'il puisse y avoir quelque chose ■de supérieur, je préfère encore cette dernière œuvre de Gœthe à tout le reste, je la tiens aujourd'hui pour le plus grand chef-d'œuvre du maître. Glaire comme la lumière, insondable comme elle, et, comme elle, à la fois, se concentrant d'une façon vivante dans toutes ses parties jusqu'à l'unité absolue et se diffusant à l'infini^. »
jour et qu'il destiuait à VAlmanach. Voilà pourquoi elle ne se trouve pas dans la liste. Dès que je l'aurai, je vous l'enverrai ■■ (Ibid., xi. B., d. 13. Juni. 1801, p. 251).
La publication de cette idylle de Fichte, a cette date, dans VAlmanach est intéressante; elle prouve qu'en dépit des dissentiments récents de Fichte avec les romantiques en général et, en particulier, de son différend avec A.-G. Schlegel à propos de Vlnstitul critique, Fichte restait personnellement en bons termes avec eux. La secrète tendresse de Fichte pour le romantisme sous sa forme première ne fait d'ailleurs pas de doute, et il en demeurait quelque chose. Le fils de Fichte, dans son introduction au tome VIII des œuvres complètes, rappelle la prédilection de son père pour le romantisme religieux, et déclare qu'il voyait chez Novalis, principalement dans ses cantiques spirituels, de nouvelles sources de poésie véritable, de poésie régénératrice ouvertes à son siècle; dautre part la Sainte Geneviève de Tieck éveilla chez le philosophe un si vif intérêt qu'il crut pouvoir donner à cette espèce de drame religieux romantique la forme d'une exposition d'idées philosophiques. Il avait construit tout un drame romantique, La mort de Saint Boniface, où il essayait de montrer le triomphe de ridée, et dont le plan détaillé existe encore (Fichte, S.-ir., VIII, Bd., Vorrede des Herausgebers, p. xvii'.
i. Fichte s Leben, II. Bd, Z\veiteAblh.,V, 8, Fichte an Schiller, den 20. Juli 180.S, p. 396.
2. Gœlhe-Jahrbuch, p.p. L. Geiger, XV. Bd., I, 5, Zwei Briefe von Fichte an Schiller, hgg. von R. Steiner, ix, Berlin, den 18, August 1803, Fichte déclare (p. 44-45) que la structure de la pièce, à raison même de ce qu'elle est un tout organique où une partie ne peut se comprendre que dans son rapport avec toutes les autres, exige une attention soutenue de deux ou trois heures. Et, faute de cette attention assez rare, le sens de la pièce échappe au spectateur qui la trouve ennuyeuse.
3. /6td.,p, 44. La suite de la lettre insiste sur le fait qu'il est impossible à un public moderne de comprendre dans l'intimité de son esprit une œuvre tout à la fois aussi profonde et aussi simple. Elle expose la raison pour laquelle la Direction, la Cour et la Ville ont trouvé l'action languissante (p. 43), elle s'étend enfin longuement sur le jeu des acteurs et sur l'interprétation de la pièce ip. 46-48), Ces détails très circonstanciés semblent faits pour être transmis à Gœthe. Et ils le furent, car. daus la lettre à Zelter du 29 août 1803, que nous avons déjà citée, Gœthe fait allusion à la lettre de Fichte, elle remercie (" Fichte hat einen sçhr schonen und liebenswùrdigen Brief iiber die Eugénie an Schiller geschrieben. Danken Sie ihm dafùr. • Gœthes Werke, éd. de Weimar, IV. Abth,, 16. Bd,, Briefe, 1802-1803, 4 700, An Zelter, Weimar, d. 29. Aug. 1803, p. 273).
Or, cet « immoiiel chef-d'œuvre de Gœlhe » venait littéralement de sombrer au théâtre sous les sifflets du public, qui réservait ses applaudissements et son enthousiasme pour un Brockmann, un auteur audessous de toute critique. La Ville et la Cour étaient d'accord pour trouver la pièce de Goethe très ennuyeuse, sans action, exigeant un eflbrt d'attention « diabolique ». Un critique théâtral déclarait sérieusement que de pareilles pièces étaient sans doute bonnes à lire devant un ou deux amis, mais qu'au théâtre il s'agissait de tout autre chose. Et celui qui parlait ainsi était le critique le plus bienveillant M
Quel accueil un pareil public, incapable d'apprécier l'art le plus noble et le plus haut, aurait-il pu faire à la Théorie de la Sciencel Le mieux pour Fichte était de se taire. Et il se taisait. Il lui manquait, pour se faire entendre, à la fois un public et une chaire; les salons de Berlin, il est vrai, l'avaient accueilli avec l'empressement que l'on sait, mais, en dépit des amabilités qu'on lui prodiguait, il s'y sentait dépaysé, il y était un étranger, un hôte illustre que ses malheurs avaient rendu intéressant, une « curiosité du moment » qu'on exposait et qu'il fallait voir. Rien de caractéristique à cet égard comme lentrevue de Fichte avec M"'* de StaëP.
1. Fichte's Leben, II. Bd., Zweite Abth., V, S, Fichte aa Schiller, Berlin, den 20. Juli 1803, p. 396. La date du 20 juillet donnée par le fils de Fichte doit être rectifiée; la lettre est du 23 juillet (voir llans Schulz, Aus Fichles Leben, p. 41).
2. M. J.-M. Carré a trouvé à Londres, dans les papiers de H.-C. Robiuson, ami et défenseur de Gœthe en Angleterre, étudiant à léna de 1802 à 1805 et qui s'était iliinné pour tâche de faire connaître en Angleterre la philosophie et la littérature allemandes, un petit inédit de Fichte, publié en 1914 par la Revue de Métaphysique et de Morale, qui se rapporte évidemment à cette entrevue. Robinson avait été présenté à M""- de Staël à Weimar, au début de 1804; il l'avait initiée à la critique kantienne, il avait écrit pour elle quelques dissertations sur ce qu'on appelait alors la « philosophie la plus récente ». A peine arrivée à Berlin, M'"" de Staël l'y avait appelé. • Fichte ne va point à Halle, lui avait-elle écrit. Il recommence ses cours ici dans quatre semaines. Il faut donc que vous veniez. » Et c'est elle très vraisemblablement (jui lui avait remis, soit pour les traduire, soit en témoignage de reconnaissance, les Aphorismes de Fichte découverts par M. J.-M. Carré. Il s'agit d'une exposition des rapports entre la Théorie de la Science et la Critique de Kant, identiques toutes deux dans leur Transcendantalisme, comme dans leur elfort pour établir l'unité de l'être et de la conscience, mais opposées en ce que Kant part des faits qui se présentent à la conscience empirique, de certaines données, se bornant à certifier — sans le démontrer — qu'elles sont liées dans l'Unité suprême, que Fichte, lui, prétend partir d'un principe entièrement constructible et en déduire l'ensemble de la conscience empirique llans sa diversité; il prétend partir de l'unité de l'être et de la conscience considérée dans sa (jualilé interne absolue et montrer que et comment en sort le système du divers '|ui constitue la conscience empirique.
La forme même sous laquelle se présente ce manuscrit inédit de Fichte est fort intéressante. Ce sont des Aphorismes, et, en 1804. Fichte a déjà écrit des Aphorismes : les Aphorismes sur Véducation. Ce rapprochement semble attester une manière d'exprimer sa pensée familière à Fichte à un moment donné. Mais, pour situer ces Aphorismes, il suffit de se reporter k leur contenu : le sens, les formules mêmes de ces quelques pages répondent visiblement aux préoccupations qui ont dicté à Fichte ses leçons de 1804 sur la Théorie de la Science; il y a là une identité de points de vue qui ne permet guère de doute. On peut donc affirmer avec une quasi-
380 FICHTE A BEllLIN.
M"" de Staël n'était point une visiteuse ordinaire. Elle venait en Allemagne étudier les mœurs, les hommes, les idées, avec l'intention de les faire connaître au public français. Comment aurait-elle pu négliger Fichte? Arrivée dans les premiers jours de mars, elle dînait le 10 à la Cour; à la réception qui suivit elle rencontra G. de Brinkmann, alors ambassadeur de Suède. Elle le savait lié avec deux des personnalités les plus marquantes de Berlin, Rahel et Fichte. Curieuse par métier, elle l'interrogea sur Rahel d'abord, non sans railler un peu l'admiration qu'on paraissait lui témoigner. Elle l'avait déjà rencontrée à Paris chez les Humboldt, elle ne lui avait prêté aucune attention^. Elle demanda à Brinkmann s'il trouvait qu'elle eût tant d'esprit. Brinkmann lui répondit : « De l'esprit? Il vaudrait bien la peine de tant la vanter, si elle n'avait que de l'esprit. Mais, selon moi, son génie ferait certainement de l'effet à Athènes même, si la Grèce existait encore. Qui donc dit de M"^ de Staël qu'elle a beaucoup d'espi'in » Et comme M""^ de Staël répliquait : « Ah! vous la comparez donc à moi? Cela n'est pas mal. A-t-elle écint quelque chose? » Brinkmann répliqua : « Non, je crois même qu'elle ne le fera jamais, mais il serait à souhaiter qu'elle pût inspirer son génie à vingt auteurs qui en manquent^. » M""* de Staël avait compris; elle eut beau dire à Brinkmann « qu'il était fou », « fanatique en amitié comme en philosophie », elle manifesta le désir de voir « cette merveille », et elle demanda à Brinkmann de donner une sou'ée où elle rencontrerait Rahel ; elle exprima en outre le vœu d'y faire la connaissance de Fichte, s'informant de la manière dont elle pourrait avoir un aperçu de son système. Le prince Auguste de Prusse eut beau « chercher à la détourner d'une tâche en apparence sans espoir. M""® de Staël ne se laissa pas décourager : « Ne craignez rien, dit-elle, peu à peu cela ira. »
certitude que les Aphorismes sont de 1804. Et les circonstances dans lesquelles M. J.-M. Carré les a retrouvés confirment l'hypothèse qu'ils étaient bien destinés à M"" de Staël, puisque c'est précisément en 1804 que M""= de Staël rencontra Fichte et se lit initier à son système. 11 est très vraisemblable que Fichte avait écrit ces Aphorismes à l'usage de M""" de Staël, pour lui faciliter l'intelligence de sa doctrine au moment de leur entrevue, et les lui avait remis, soit lui-môme, soit par l'intermédiaire d'un ami commun.
1. C'est Rahel qui nous l'apprend dans un billet de 1804 : « Je serai assez charmée, écrit-elle, de faire la connaissance de M""= de Staël; mais je l'ai lue, et j'ai assouvie (sic) la curiosité qu'on a de connaître une personne intéressante. Je l'ai vue deux fois très bien et très parlante chez les Humboldt à Paris : elle m'a même parlé, et de Brinkmann aussi; mais elle m'a oubliée. Mais voilà tout! Une intime connaissance n'est presque pas possible. Mais comme elle fait la pluie et le beau temps dans ce moment, je me promènerai assez volontiers dans sa saison. Elle ne m'échappera pas! » (K.-A. Varnhagen von Ense. Ausgewàhlie Scliriften, XIX. Bd., dritte Abth., Vermischle Schriftcn, Dritter Theil, Leipzig, Brockhaus, 187G; Flahel. Brief au Varnhagen von Ense, nach dem Tode seiner Gatlin, von Gustav Freiherrn von Brinkmann, p. 235, note.) — 2. Ibid., p. 235-236.
G. de Brinkmann donna donc une grande réception en l'honneur de M""* de Staël; il y avait convié Rahel, et tous ceux qui pouvaient inspirer un intérêt quelconque à l'auteur de Delphine : des princes du sang, des savants, des dames de la Cour, la Unzelmann, Iffland. l'acteur,... et Fichte. Mais l'entrevue avec Fichte exigeait une préparation, et Brinkmann devait d'abord inviter à dîner, en même temps que M""» de Staël, le philologue Spalding, qui lui exposerait la philosophie de Fichte. Le pauvre Spalding en était malade d'avance. La veille, rencontrant un ami, il lui disait en soupirant : « Ah! quelle dure journée pour moi, que celle de demain! Je dois à table traduire un livre que je ne comprends pas dans une langue que je ne parle pas coui'amment. »
Quant à la conversation, ainsi « préparée », entre M""' de Staël et Fichte, Ancillon, alors prédicateur de la colonie française de Berlin, l'a décrite en ces termes à l'écrivain américain Ticknor : « Après s'être entretenue un moment avec Fichte, M"'' de Staël lui dit : «Maintenant, Monsieur Fichte, pouvez-vous me donner, dans le moins de temps possible, par exemple en un quart d'heure, un aperçu rapide, une idée de votre système, de façon à me faire comprendre ce que vous entendez par votre Moi, car je n'y vois absolument pas clair? »
« Cette prétention d'exposer en un quart d'heure, à quelqu'un qui avouait n'en pas connaître le premier mot, le système qu'il avait consacré sa vie à développer dun principe fondamental jusqu'à ce qu'enfin, comme une toile sortie des profondeurs intimes de son être, il embrassât l'univers entier, cette prétention blessa la dignité du philosophe. Il céda cependant à des instances de plus en plus pressantes, et chercha à y répondre tant bien que mal dans un français défectueux. Mais à peine avait-il parlé dix minutes, que M'"« de Staël, (lui l'écoulait avec la plus sérieuse attention, l'interrompit soudain dun air ravi : « Oh ! cela suffit, Monsieur Fichte, cela suffit; je vous comprends à merveille. Une aventure de voyage du baron de Munchhausen est le commentaire le plus frappant de votre système. » Le visage de Fichte revêtit une expression tragique, et tous les auditeurs prirent l'air de gens qui assistent au cinquième acte d'un • liame. M'"^ de Staël, seule, parut ne rien remarquer, et poursuivit :
Un jour, le baron arriva au bord d'un grand fleuve que ne traver- -^aient ni ponts, ni passerelles, ni bateaux, ni barques; il fut sur le iiointde désespérer, quand tout à coup il eut une heureuse inspiration. D'un geste énergique il saisit sa propre manche et s'élança ainsi sur l'autre rive. C'est précisément là, si je vous comprends bien, ce que vous avez fait. Monsieur Fichte, avec voire Moi. »
« Cette saillie produisit un effet irrésistible sur toutes les personnes présentes, excepté Fichte, qui ne parvint jamais ni à pardonner, ni à oublier l'épisode ^. »
Le trait était d'autant plus cruel qu'à l'heure précise où NP^de Staël tournait ainsi en ridicule la Théorie de la Science ^ Fichte espérait
1. Lady Blennerhassett, née comtesse de Leyden, Madame de Staël et son temps (1766- 1817). Ouvrage traduit de l'allemand par A. Dietrich, t. III. Paris, Louis Westhausser, 1890, ch. II, p. 91-92. Voir aussi George Ticknor, Life, letters and joarnals, Boston, James R. Osgood and Company, 1876, vol. I, ch. xxv, May 23, p. 498.
2. Au moment même où Madame de Staël lançait contre le Moi de Fichte cette spirituelle boutade, Baggesen composait son Faust achevé (Der vollendete Faust) où la Théorie de la Science était ridiculisée avec moins de finesse.
Sous les traits de Bruno, Fichte, ou quelqu'un qui lui ressemble étrangement, visite un asile d'aliénés, et la folie d'un des pensionnaires de l'endroit consiste à se croire l'auteur d'un système — du système de Fichte — qu'il entend lui exposer tout au long. Citons le passage :
Der Tolle.
Meine Lehre Ichlehr' — Urlehr' — Alllehr' — Einfachheitslehre — Mein Allerhochstichselbstichheitssystem.
Bruno.
liât eine Einheitslehre Er geschrieben?
Der Tolle.
Ein! ? 0! mein armes Publicum! — nicht eine; Drei — neune — neunmalneunzig — neunmal aile — Geschrieben, làngst gesetzt, gedruckt, geboten....
Bruno.
Jetzt hab'ich gnug. Sein Diener!
Der Tolle.
Warte! Warte!
Ich will Ihm sie vom Anfang bis zum Ende, Das heisst, von Ewigkeit zu Ewigkeit, Ganz kurz in einem Privatissimo Hier ôiïentlich fur ein geringes Ehrgeld Gratis vorlesen. A —
Bruno.
Spar' Er sich nur Die Miih'! Ich weiss schon ailes, lieber Freund.
(Er kehrt sich weg.) Der Tolle.
Den Teufel mag er wissen! Ist ein Eselî Kein Anderer %veiss etwas, als das Ich; Und ich bin's Ich. Hôr' Er nur. Monsieur Nicht-Ich! Ich werd' Ihn zum Verstehn schon zwingen : A —
Bruno (vor sich).
Mir wird vor'm A in diesem Munde bange; Sein Ich niacht meines schaudern. — A
Der Tolle.
(Brano eilt zu einer ontfernteren Zello.)
Jens Baggesen's poetische Werke, éd. Cari und August Baggesen, Leipzig, F. -A. Brockhaus, 1836, Dritter Theil, Der Vollendete Faust, Erster Theil, Zweitcr Auftritt.p. 29-30.
Un peu plus loin, le médecin qui prétend reconnaître la valeur des esprits à la dimension et aux protubérances des crânes, et déclare que la sagesse n'est que la folie renversée (verkehrte Tollheit), palpe et mesure le crâne du fou en question, puis
enfin trouver à Berlin un public digne de lui et auquel il s'appriîtait à livrer l'œuvre de ses trois années de méditation. Le premier janvier 180i, le Journal de Spener avait, en effet, publié l'annonce que voici : « Le soussigné s'offre à poursuivre, dans des leçons orales,, l'exposition de la Théorie de la Science, c'est-à-dire de la solution complète du problème du monde et de la conscience, en y apportant l'évidence mathématique. Il choisit ce moyen de communiquer avec le public d'autant plus volontiers qu'il n'a pas l'intention d'imprimer les résultats de ses derniers travaux, fruits de beaucoup d'années d'efforts, car sa philosophie ne peut pas s'apprendre comme de l'histoire; elle suppose, pour être entendue, l'art même de philosopher, ([ui s'enseigne et se pratique le mieux par des expositions orales et
dans des entretiens. »
Signé : Fichle ^
Le public répondit à l'appel du philosophe