VIII. Vorlesung, p. 288-289 et p
d'avoir éliminé du Christianisme tout ce qu'il avait de spéculatif, tout ce qu'il contenait à la fois de subjectif et de symbolique, et d'avoir substitué à une autorité vivante, efficace, l'autorité d'un Livre, c'est-à-dire de la lettre morte, faisant surgir un nouvel et bas esclavage, l'esclavage des symboles '.
Il ny a donc pas à s'y méprendre : Schelling peut bien conserver en apparence quelques-uns des grands cadres de la philosophie critique, il peut même bien lui emprunter certains éléments de sa construction. Mais, sous prétexte de parer à ses insuffisances et de parachever son œuvre, c'est un nouvel esprit que Schelling cherche à infuser dans ces moules. Faut-il dire un nouvel esprit? N'est-ce pas plutôt le vieil esprit de l'ontologisme et du dogmatisme, que Kant et Fichte n'avaient cessé de combattre? Le progrès que Schelling annonce n'est, en définitive, qu'un retour aux traditions périmées de la philosophie, de l'histoire et de la religion. C'est le triomphe do la réaction.
Gela, Fichte l'avait compris tout de suite. Quand il entreprit, en réponse à Schelling, d'esquisser à son tour la théorie de l'histoire, ce ne fut point par vanité ou par dépit, pour montrer que la Théorie de la Science avait, elle aussi, son mot à dire sur la question; ce fut par principe, pour rappeler Schelling au respect de la Critique et de la Théorie de la Science, au respect de l'esprit de la Réforme et de la Révolution.
A ce point de vue, Tinsistance (jue met Fichte à reprendre à son compte les principaux arguments de Schelling s'explique aisément : il s agit pour lui de les réfuter.
C'est d'abord l'idée du passage de l'instinct à la raison. En apparence, Fichte semble emprunter à Schelling une vue du Système de l'Idéalisme IranscendanlaL reproduite dans les Leçons sur la Méthode des Études académiques'^. Mais, en allant au fond des choses, on s'aperçoit que Fichte entend rétablir contre Schelling le sens de la pensée kantienne. Pour Schelling, le passage de l'instinct à la raison est une évolution, véritablement naturelle et nécessaire, ce sont les conditions de cette évolution que fournit la théorie de l'histoire ; il n'y a là, suivant l'expression même de Schelling. rien de « tragique ni de moral ».
Mais, bien avant Schelling, dès 1786, dans ses Conjectures sur le
1. Schelling, S. IF., Krste Ablh.. V. Bd., VorlesungenùberdieMelhodedesakademischen Sludiums, IX. Voilcsunjr, p. 301-302. Cf. IV. Ed., 1839. Ferncre Darstellungen aus dem System der Philosophie, 1802, § 1, p. 3o0-3.j1. [Dass der Krilicistnus zu seiner eignen Exislenz den Dogmalismus postiilin'n inusste (ungefiihr wie der Protestanlismus daruin nie universel] werden kann, weil, wenn er es wùrde, nichts mehr seyn wùrde, wogegen er protestiren kônnte).]