Voici le texte de cette pétition
« Très honoré maître,
« 11 nous est trop pénible de ne pas devoir entendre jusqu'à leur achèvement vos leçons si pleines sur la Destination du savant pour que nous puissions nous retenir de vous adresser, en vue de leur continuation, la prière instante que voici :
■' Un grand nombre des auditeurs de vos Instituiiones oninis Philosophiœ ne suit pas, il est vrai, avec persévérance et régulièrement vos conférences, mais nous vous prions de bien vouloir considérer que :
« 1° Beaucoup de ces auditeurs ne sont pas des étudiants, au sens strict du mot, mais des professeurs, des docteurs, des marchands que leurs affaires empêchent parfois de venir, ou qui, après quelques leçons, se sont sentis incapables de s'assimiler votre doctrine.
[Ceci, remarquons-le, contredit l'affirmation de Fichte déclarant que c'était là précisément le public qui lui était demeuré fidèle : faul-il en conclure que, parmi co public, de nombreuses défections s'étaient aussi produites?]
« 2" que môme si un grand nombre d'étudiants, par paresse ou par trop d'inclination au plaisir, ne savent pas apprécier vos leçons à leur haute valeur, néanmoins
Une consolation lui restait : à défaut de la jeunesse qui semblait lui échapper, ses collègues lui manifestaient une déférence particulière; ils se faisaient un devoir de suivre assidûment ses cours. C'étaient Mehmel, son collègue en philosophie, Stutzniann, un ancien disciple de Schelling, cherchant à concilier la Théorie de la Science et la Philosophie de la Nature, le mathématicien Rosling, le chimiste Hildebrand, le statisticien Lips, le Prof. MarheineUe, le pasteur La Picjue, le D"" Ohm, etc.
Ils ne se bornaient pas à suivre ses conférences publiques : ils réclamèrent de lui des leçons particulièi'es sur la Théorie de la Science. Touché de leurs prévenances, Fichte rendit à ses collègues leur politesse. Il se mit lui-même à suivre leurs leçons; il était particulièrement assidu aux cours de physique et de chimie du professeur Hildebrand; mais la supériorité de Schelling en ces matières n'était pas sans doute étrangère à son empressement. Alors on admira sa modestie, et on lui en sut gré ^
Il profita de ces dispositions pour tenter, avec Tassentiment de ses collègues, la réalisation d'un projet qui lui tenait à cœur : la création d'une Université modèle. Peut-être croyait-il trouver dans une organisation nouvelle de l'Université d'Erlangen le moyen de reconquérir la popularité qui lui échappait.
De retour à Berlin, pour la reprise de ses conférences de l'hiver (180.)-1806), Fichte s'entretint aussitôt de ce plan avecle ministre Hardenberg, dont il obtint l'adhésion, et qui le chargea d'un rapport sur la question. Ce rapport a été publié dans les œuvres posthumes sous le titre : Idées pour l'organisation intérieure de l'Université d'Erlangen (Ideen fur die innere Organisation der Universitât Erlangen) 2.
Fichte le soumit à l'approbation du Ministre; il ne manquait plus que sa signature pour que fût enfin tentée la réalisation de l'Université modèle dont Fichte avait rêvé toute sa vie. Mais, une fois de plus, au moment même où Fichte croyait toucher le but, le destin contraire bouleversa tous ses projets. Les événements de l'année 1806, qui mettaient en péril l'existence même de la Prusse, allaient donner au gouvernement des soucis plus urgents.
uii nombre très appréciable d'entre eux les écoute avec une application suivie et une attention soutenue. Quand vous vous en serez convaincu, vous ne voudrez certainement pas faire expier aux innocents la faute des coupables.
« Erian?:en, le 8 juillet 1805. •
Parmi les signataires de l'adresse se trouvaient les noms des professeurs Marheineke et Hildebrand, du pasteur Le Pique, des D" Ohm, lîosling, Lips. (Ed. Fichte, Johain Gottlieb Fichte. Lichtslraklen aus seinc:i Werken uitd Bric/en iiebsl einein Lebensabriss, p. 88-89.)