‹ Fichte et son tempsChapitre 109 sur 232 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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son tempérament, ne séparait pas l’action de la pensée. À peine installé, il ne s’en cacha point. Dés les premières leçons de son cours,

il avait imaginé à cet effet de faire suivre chaque séance d'une causerie familière, grâce à laquelle il entrait en relations personnelles avec ses élèves. Ces entretiens étaient, à ses yeux, la condition de toute action profonde sur ses auditeurs; là il pouvait vraiment éprouver leur esprit, connaître leur orientation, discuter librement avec eux et leur montrer, derrière les formules et sous la paille des mots, le grain même des choses. Mais Fichte ne devait pas s'en tenir à ces causeries d'ordre tout spéculatif; il arrivait à léna au lendemain de la période appelée depuis en Allemagne. Sturm und Drang; « la jeunesse des écoles faisait alors une violente: opposition aux institutions établies, depuis que la foi religieuse,, dissociée en quelque sorte de la culture générale, avait cessé d’être le centre de la vie. Un obscur idéal flottait dans les cœurs, mais un idéal qu’on déclarait inaccessible et inexprimable, et qui se détrui-. sait ainsi lui-même. De cette contradiction était né un cynisme de conduite qui, quoiqu'émanant d’une autre source, n’était pas sans. parenté avec la vie habituelle des étudiants; l’inaccessible idéal avait pris, suivant la diversité des cœurs, deux formes également destructives de toute réalité, celle d’une sorte d'esprit d’indépendance à l'égard de toutes les institutions de l’État et de la Société, dont on parlait avec mépris, sans être pourtant à même de formuler ce qui devait les remplacer; celle d’une sentimentalité vague qui tantôt élargissait l'idéal en un rêve obscur de bonheur du genre humain, tantôt le rétrécissait à l’étroitesse d’une amourette. Gœthe,. le premier, avait réalisé ce double idéal : la sentimentalité chez Werther, l'esprit d'indépendance chez Gœtze. Mais chez lui, la sentimentalité n’était pas primitive, il avait dû l’assimiler à sa nature prodigieusement riche. Chez Schiller, au contraire, cette: sentimentalité était primitive, l'esprit d'indépendance, dans sa rudesse, une acquisition. De leur confrontation était née cette. chevalerie morale en honneur chez l'élite de la jeunesse académique plus encore que la poésie de la nature de Gœthe. Et s’il est exact quil n'y a pas de vérilable peuple sans une poésie nationale, Schiller, dans les dernières années du xvur° siècle, avait justement. fourni à l'Allemagne une telle poésie; poète populaire, il avait créé l'esprit chevaleresque qui ne se bornait pas à se raidir dans le vide, mais qui faisait appel à l’action — à l’action décisive — qui:

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