Fichte’s Leben, I, 11, 2, p
était mûr pour l’action. Or c'est justement cette action, dans toute sa profondeur philosophique, que Fichte allait exprimer. Fichte fut à Schiller ce que Schelling devait être à Gœthe »; son influence, unie à celle de Schiller, déclare Steffens auquel nous empruntons ces considérations, s’exerça plus efficacement qu'on ne l’a imaginé sur les grands événements du temps et marqua véritablement une époque capitale dans l’histoire nationale.
« On avait pu croire, ajoute Steffens, et on ne se faisait pas faute de dire, quand Fichte commença ses leçons, que des subtilités si abstruses étaient destinées à détourner les jeunes gens de toute réalité, à les égarer vers les pointes d’aiguilles de la métaphysique les condamnant à des contradictions insolubles, si elles ne les conduisaient pas à la démence. Pourtant, chose singulière, 1l est certain que l'école de Fichte a produit de jeunes hommes qui unissaient à un sens vraiment pratique un grand enthousiasme. En parlant de l'indépendance personnelle, elle n’entendait pas signifier qu'on devait s’abstraire du monde et se confiner dans des lamentalions stériles, dans une abstention vide; ces jeunes hommes reconnaissaient la liberté à l’acte autonome, à l’acte qui ne se manifestait pas, à l'égard des choses existantes, en plaintes inefficaces, mais qui reconnaissait le mal pour apprendre à le vaincre‘. »
C’est que Fichte, dès sa nomination à Iéna?, avait compris l’obligation qui s'imposait à lui; il avait compris qu’au sentiment vague et vide de l’Idéal, qui tournait si vite au culte de l’amour sensuel, il fallait donner un contenu rationnel; qu’à ce besoin d'indépendance, si voisin de l'esprit de révolte, 1l fallait une règle et un frein. Et il entreprit de donner à cette jeunesse des Écoles, si profondément travaillée d’aspirations confuses et turbulentes, la conscience de ses devoirs et de sa dignité. D’autres y avaient échoué déjà, et tout dernièrement le pasteur Doderlin et Reinhold lui-même*. Il fallait quelque courage pour s’y risquer encore.
Plus la tâche était difficile, plus elle devait tenter Fichte. C'est dans ce dessein qu’à la fin du semestre d’été il avait terminé son cours sur la Théorie de la Science par un petit discours sur La dignité de l'homme. Il essayait de montrer dans sa doctrine, au point de vue encore tout théorique où il était placé, un principe d’élévation morale, l'affirmation énergique de la liberté de la Raison, de sa