‹ Fichte et son tempsChapitre 111 sur 232 · Fichte’s Leben, TI, 11, 4, p · texte numérisé non relu

Fichte’s Leben, TI, 11, 4, p

valeur infinie, la communion de tous les individus dans l’'Idéal, dans l'Unité du pur Esprit!. Mais Fichte ne s’en tint pas à cette conclusion trop vague; il fallait des paroles plus décisives. Il les prononça dans ses cinq conférences de l’été de 1794, sur la Destination du savant, conférences dont Baggesen, qui s'y connaissait, déclarait que la lecture lui avait procuré « une joie profonde »; ajoutant qu'elles lui plairaient éternellement « et qu’en dépit de tous les dissentiments », elles aideraient toujours son cœur à le ramener à Fichte ?.

Dans ces conférences, Fichte, pour la première fois, exposait une idée originale et neuve, une idée essentielle à sa philosophie, l’idée que la destinée humaine, la réalisation ou plutôt la poursuite du règne de la pure Raison, du « règne des fins », comme Kant l'avait appelé, n’est pas d'ordre purement individuel, qu'il ne peut s'accomplir que dans et par la société, que la fin de l'individu est dans son rapport et dans son union avec le genre humain tout entier. « L'homme, disait Fichte, est destiné à vivre en société; c’est son devoir d'y vivre; il n’est pas un homme complet et il entre en contradiction avec lui-même s’il vit isolé“. » Et effectivement la réalisation de la Raïson, le but de la conduite humaine, n’est pas la réalisation d’une raison tout individuelle, c’est la réalisation de la Raison au sein de l'humanité, d’une humanité non plus conçue comme purement idéale, mais comme constituant une réalité organique; or cette réalisation implique, avec la communauté des hommes, leur action réciproque, une action qui revêt le caractère même de la moralité, le respect de la liberté d'autrui, la reconnaissance de l’égale dignité de tous les hommes, et qui consiste tout entière dans une influence, dans une sollicitation à un mutuel perfectionnement; elle s'oppose ainsi à la contrainte physique et au rapport qu'elle comporte, le rapport du maître à l’esclave, le rapport de la domina-

1. Fichte, S. W., I. Bd. p. 412-416. Ueber die Würde des Menschen beim Schlusse seiner philosophischen Vorlesungen gesprochen. « Alle Individuen sind in der Einen grossen Einheit des reinen Geistes eingeschlossen, dies sey das letzte Wort, wodurch ich mich Ihrem Andenken empfehle, und das Andenken, zu dem ich mich Ihnen empfehle », p. #16. — « Selbst ohne mein System zu kennen, ist es unmôüglich, diesen Gedanken für spinozistisch zu halten, wenn man nur wenigstens den Gang dieser Betrachtung im Ganzen übersehen will. Die Einheit des reinen Geistes ist mir unerreichbares Ideal, letzter Zweck der aber nie wirklich wird », note de la page 416.

2. Jens Baggesen, Briefwechsel mit K. L. Reinhold und F. H. Jacobi. II, 1, Baggesen an Reinhold, Bern, d. 10. Jan. 1795, p. 1 et 3,J. Baggesen an Reinhold, Zürich, d. 3. Februar 1795, p. 10.

3. Fichte, S. W. VI. Bd. Ueber die Bestimmung des Gelehrten an sich, Erste Vorlesung, p. 299.

Page 1