Ibid., p. 33-34. — 3. Ibid., p
n'ai point fait un pas pour rechercher la nomination que j'ai obtenue. Quand on m'a appelé, on me connaissait; on savait quels écrits m'étaient attribués; on savait l'opinion que le public s'était faite de moi; j'ai écrit au personnage à qui il le fallait, et la lettre doit encore exister, que j'avais été homme avant de devenir professeur d'Académie et que j'espérais rester homme plus longtemps que professeur, que je n'étais pas disposé à abdiquer mes devoirs d'homme, et que, si on avait cette idée, il me faudrait renoncer à la nomination qui m'était acquise; voilà ce que j'ai écrit quand il était question de certains principes.
« J'ai été averti. De plusieurs côtés on m'a dit, en Suisse, que le gouvernement ne me faisait venir ici que pour me tenir sous sa main. J'ai traité ces menaces par le mépris; j'ai eu confiance en l'honneur du prince qui m’appelait. Il me protégera ou, s'il ne le peut pas aux conditions énoncées, du moins pendant le temps que j'ai requis, il me le dira franchement. En ce cas, j'écrirai mardi prochain aux miens que j'ai laissés en Suisse non sans préméditation, de rester où ils sont, et quand j'aurai terminé les conférences commencées ce semestre, je retournerai à la tranquillité de ma vie privée‘. »
La réponse de Gœthe ne se fit pas attendre; le jour même, il invitait Fichte à venir le voir le samedi suivant pour se « disculper ». Fichte, le lendemain, en le remerciant de tout son cœur, lui écrivait qu'il lui demanderait sans doute quelques éclaircissements, car il n'avait pas à se disculper, n'étant pas accusé, mais mensongèrement “calomnié et calomnié derrière le dos?.
: L'explication fut sans doute convaincante et du côté de Fichte qui rassura le gouvernement sur ses intentions, et du côté du gouvernement qui promit à Fichte la protection réclamée. C’est du moins ce qui semble ressortir de la lettre qu’aussitôt après cette entrevue, le 29 juin, Voigt, témoin de l'entretien, adressait à Hufeland :
« Ce furent pour moi quelques heures bien agréables, celles que J'ai passées chez Gœthe avec Fichte. J'espère qu'il sera content de nous, comme de mon côté je me promets de lui à coup sûr beaucoup de bien. C’est un homme très sensé, de qui pourrait difficilement provenir quelque chose d'inconsidéré et de contraire à l’ordre social?. » Fichte à son tour avait pu écrire à sa femme, aussitôt après le règlement de cet incident, que « le gouvernement avait une
1. L. Geiger, Gœthe-Jahrbuch., XV. Bd. I. Mittheilungen aus dem Gœthe- und En me 5. Sieben Briefe von Fichte an Gœthe, Il, Iena, d. 24. Juni 1794,
2. Ibid., IIT, Iena, d. 25. Juni 1794, p. 35. 3. À. Diezmann, Aus Weimars Glanzzeit., p. 69.
confiance illimitée dans sa loyauté et dans sa prudence, qu'il l'avait expressément engagé à conformer entièrement son enseignement à
ses convictions, et qu'il le protégerait avec la dernière énergie contre toutes les tentatives faites pour lui porter préjudice! ».
Ainsi fut terminée, à l'entière satisfaction et à l'honneur de Fichte, cette affaire que, moins d’un mois après son entrée en fonctions, les « défenseurs du trône etde l'autel » avaient suscitée à celui qui représentait, à leurs yeux, l'esprit de la Révolution française, la pensée libre et la morale laïque. Battus cette fois, mais non découragés, ils n'attendaient, pour prendre leur revanche, qu'une occasion meilleure, et ce fut Fichte lui-même qui la leur fournit, quelques semaines plus tard.
- 1 Sn ES PRRRt Assuré maintenant de pouvoir compter DU DIMANCHE ET LA Sur le gouvernement, Fichte avait fait venir PEAINTE DU CONSIS- à [éna sa femme et son beau-père, et il s'ap- LH prêtait à poursuivre, pendant le semestre d'automne, ses conférences sur la « Morale pour les Savants », qui venaient d'obtenir un si chaleureux et si retentissant accueil ; mais, devant l'impossibilité de trouver dans la semaine une seule heure où les étudiants dans leur ensemble fussent libres, il s'était, après bien des hésitations, résolu à les faire le dimanche.
I savait bien que le dimanche était un jour consacré à Dieu, où les hommes devaient s'affranchir de toutes leurs occupations ordinaires pour ne penser qu'à leur élévation spirituelle, qu’à leur destination suprême ?, et « le dimanche lui apparaissait comme la fête de l’humanité supérieure, de l'humanité pure »; il voyait donc clairement qu'il aurait commis une action contraire sinon au texte, du moins à l'esprit dg la loi, s’il avait fait ce jour-là son cours ordinaire, des leçons purement scientifiques; mais «il lui semblait qu'il en était tout autrement de ces discours moraux qui avaient précisément pour objel d'élever les cœurs à la vertu“ ». Ces sortes de conférences, 1l pouvait l’établir, étaient fréquentées par la meilleure partie des étudiants ; elles avaient déjà eu, en fait, une excellente influence sur leurs mœurs ; même des professeurs les avait honorées de leur présence et avaient déclaré y trouver personnellement la meilleure des édifications, celle qui leur était la plus appropriée. I lui semblait donc que cette espèce de prédication qu'étaient les