‹ Fichte et son tempsChapitre 119 sur 232 · Vertraute Briefe, p · texte numérisé non relu

Vertraute Briefe, p

nels défenseurs « du trône et de l’autel », dont Fichte avait, une. première fois déjà, déjoué les ténébreuses manœuvres, saisit avec empressement cette occasion nouvelle et, semblait-il, plus favorable d'intervenir et ce, dès la première conférence.

Fichte avait annoncé publiquement que sa leçon aurait lieu le dimanche, de neuf heures à dix, au grand amphithéâtre de philosophie, dans les bâtiments de l'Université. La nouvelle avait fait sensation parmi les étudiants ; ils vinrent en foule. Fichte n'avait pas prévu que l'amphithéâtre pouvait être fermé ce jour-là ; il l'était. Le conseiller aulique Ulrich, doyen de la faculté de philosophie, détenteur des clefs, s'était absenté ce dimanche. Un journal qui représentait l’opinion des Églises, l'Eudæmonia, assure « qu'Ulrich n'avait rien su de la grande entreprise projetée par son collègue Fichte de consacrer l’amphithéâtre de philosophie comme temple de la Raison! ». On a quelque peine à le croire, le fait étant assez notoire, et Fichte ayant dû commencer par solliciter l'autorisation du doyen; on ne peut oublier non plus qu'Ulrich, professeur de philosophie, ne voyait

. pas d’un bon œil l'éclatant succès de son jeune rival; la multitude

des auditeurs de Fichte en tous cas ne s’y trompa point et se mit à protester; elle crut qu'Ulrich avait à dessein, par malice, fermé l’amphithéâtre et elle menaça d’aller forcer la porte de sa chambre pour y chercher les clefs. Fichte, «le prêtre de la Raison », arriva tout juste à temps pour calmer l’effervescence et entraîner ses élèves dans sa salle habituelle : mais elle était trop petite pour contenir la foule qui devint houleuse et se répandit en manifestations dans les rues ; toute la ville fut en émoi et le service divin troublé. Le prétexte cherché par le Consistoire d'Iéna était trouvé : la police ecclésiastique, l'observance des lois du pays relatives aux offices du dimanche étaient de son ressort; la tentative de Fichte avait provoqué un désordre des étudiants pendant l'exercice du culte; les apparences permettaient de dire que le philosophe avait incité ses élèves à fréquenter une salle de conférences plutôt que l'Église. Le devoir et le droit du Consistoire d’Iéna étaient de dénoncer la démarche du professeur Fichte, comme le renversement du culte officiel de Dieu et comme la violation manifeste des lois ecclésiastiques; il saisit d’une plainte régulière le Consistoire supérieur de la Saxe et l'affaire fut portée devant le duc de Weimar, souverain détenteur des droits

1. Eudæmonia oder Deutsches Volksglück, 1796, Frankfurt am Maya, II. Bd., 1. St., II. Verunglückter Versuch im christlichen Deutschlande eine Art von ôffentlicher Vernunft- Religions-Uebung anzustellen, p. 36-37.

épiscopaux à [éna!. Le rapport du Consistoire, transmis par son représentant, le 48 novembre 1794, signalait au gouvernement la tentative « d'annoncer publiquement des discours sur la destination du Savant »,le dimanche, à l'heure des services divins (de neuf à dix), comme une attaque préméditée contre le culte officiel du pays; et, quand bien même ce n’eût pas été là son but, quand bien même, par

‘là, un pareil but ne pourrait être atteint, en présence de l’impression pénible que ferait certainement, aussi bien sur le public d'Iéna et des environs que sur les étrangers, une telle entreprise, si contraire à la loi et à l’ordre, elle aurait toujours nécessairement les conséquences les plus désastreuses et serait tout particulièrement préjudiciable à la bonne renommée de l’Académie ?.

A quels sentiments le Consistoire avait-il obéien cette circonstance, on peut aisément le comprendre si l’on se reporte au compte rendu que publia de l'affaire l’Eudæmonia ou Le Bonheur du Peuple, dont l'apparition eut lieu quelques semaines plus tard, en mars 1799.

Qu'on lise le prospectus qui servit à lancer le journal et l’on sera vite édifié sur les sentiments qui régnaient alors dans certains milieux.

« Les plus tristes expériences ont depuis peu démontré, y disait-on, et ces expériences ne peuvent avoir échappé à l’attention d'aucun homme d’État, que l’esprit public du peuple allemand a pris une allure qui menace d’une ruine prochaine la religion, les trônes, la Constitution fondamentale de l’Empire : athéisme et blasphème envers Dieu, haine du prince, dérision ouverte à légard des autorités, désir chimérique de Révolution en partie provoqué, en partie fortifié par des excitations à la révolte sous la plume des écrivains ou dans la bouche des orateurs.... Or il suffit d’un rapide coup d'œil sur l’histoire littéraire de la France, pour voir aussitôt que la Révolution française a été préparée par les écrivains. C’est précisément ce qui arrive en Allemagne, et il n’est pas difficile d’en déduire les conséquences nécessaires. »

C’est pour les prévenir que se fondait l'Eudæmonia; son but était de « conserver à l'Allemagne son heureuse constitution religieuse et

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