‹ Fichte et son tempsChapitre 121 sur 232 · Ibid., p. XI · texte numérisé non relu

Ibid., p. XI

classes dirigeantes, et la menace de passer pour encourager les menées révolutionnaires en Allemagne devaitavoir facilement raison de toutes ses velléités d'indépendance. Or il paraît bien qu’on ait usé de cette menace pour obtenir d'elle la suspension du cours de Fichte, et l'on peut établir, en tous cas, que les défenseurs « du trône et de l’autel » présentaient sans hésitation Fichte comme un agent des Jacobins; on le classait couramment parmi « les philosophes du système de la Montagne! », et le récit que fit, en 1796, l’'Eudæmonia de « l'essai malheureux pour établir dans l'Allemagne chrétienne une espèce de pratique officielle d’une religion de la Raison », est fort instructif à cet égard.

Ce récit est donné comme « une relation authentique d’un jeune savant honnête qui fut un témoin oculaire de ces événements », dans lesquels apparaît encore le concours du jacobinisme et de lilluminisme ?. |

Il commence ainsi : |

« Depuis longtemps déjà, les spectateurs impartiaux des derniers événements s étonnaient, en Allemagne, qu'aucun des //luminés réformateurs du monde attachés à bouleverser les constitutions, la paix, l'ordre et toutes les institutions de la religion chrétienne, n’eût encore eu l’idée d'introduire un culte de la Raison, d’abolir entièrement l’'adoration du Dieu chrétien et la religion même, inutile au dire de ces grands sages!!!... en notre siècle de lumières.

« Les [luminés dont les émissaires en France aidèrent tant par leur influence pernicieuse à l'explosion de la Révolution et à ses dévastations, employaient déjà, depuis plusieurs années, toutes leurs forces à combattre, en Allemagne, le Christianisme et à instituer la religion de la Raison. Par les ouvrages de leurs supérieurs secrets (mais bien connus), de leurs associés, de leurs affiliés, grâce aux écrivains de toute sorte, journalistes, auteurs de comptes rendus, rédacteurs de journaux savants à leurs ordres, ils cherchèrent de plus en plus à inspirer le mépris pour les doctrines du Christianisme, ou du moins à représenter comme inutile la religion positive dans les temps où la Raison est devenue majeure. Mais on ne s'était pas encore risqué à attaquer ouvertement le culte officiel du Christ et à y substituer le culte idolâtre de la Raison. Pour l’oser faire, il avait fallu la cervelle bouillonnante d’un philosophe*. »

1. Eudæmonia, 1795, Leipzig, auf der Chursächsischen Zeitungs-Expedition, I. Bd., 1v, St. VII, Ursach und Folgen, p. 363.

2. Eudæmonia, 1796, Frankfurt am Mayn, II. Bd., 1, St. Il, p. 28, note a.

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