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4. Le comte Giuseppe Gorani, né à Milan en 1744, longtemps avant la Révolution, avait combattu le despotisme en Italie (Sur le Despotisme, 2 vol. 1770).

En 1792, il vint à Paris, fit la connaissance de Robespierre et écrivit son œuvre maîtresse (Mémoires secrets et critiques des Cours, des gouvernements et des mœurs des

principaux États de l'Italie, 3 vol., 1793, Paris) qui lui valut le bannissement et la confiscation de ses biens. Il alla ensuite en Suisse, peut-être avec une mission secrète. Quand il fut découvert, l’ambassadeur d'Autriche demanda son expulsion. C’est le moment où il fréquenta le salon de Rahn et fit la connaissance de Fichte. Il se retira à Genève où il mourut obscurément en 1819. (Fxhte’s Leben, I, 11, 1, p. 210. Note tirée de la Nouvelle biographie générale des frères F. Didot, xxr, p. 265- 266, Paris, 1857.)

où il enseigne, avec le plus grand succès, la philosophie kantienne, remit, au commencement de mai, le manuscrit des cinq dernières Lettres en mains propres à ce libraire, qui avait achevé déjà l’impression des quatre premières »; et, toujours au dire de l’£Eudæmonia, il résulte de cette lettre que « Fichte et Gorani avaient été à Zurich liés d’intime amitié et qu’ils avaient, sur l'essence de la Révolution et de la rébellion, des sentiments pareils; que Fichte avait été l’accoucheur des Lettres de Gorani (livre contenant les principes les plus subversifs et interdit à bon droit dans différents pays et différentes villes)-ou du moins avait assisté à leur naissance ». Fichte était accusé de prêter « son concours actif à l'expansion des opinions illuministes et jacobines qui avaient dévasté et dévastaient encore la France, les Pays-Bas, autrefois florissants, la Hollande et une des plus belles parties de l'Allemagne! ». Et l’homme « qui affichait ces opinions, était devenu le professeur de philosophie de la jeunesse, accourue de toutes les provinces allemandes à l’Université d'Iéna, où devaient se former les futurs professeurs de la religion chrétienne et les serviteurs de l'État? ».

Fichte avait là, au dire de l’Eudæmonia, un large cercle d’action pour communiquer ses convictions jacobines aux jeunes étudiants, et pour les répandre, grâce à eux, à travers l'Allemagne tout entière. Les fruits d’un tel enseignement ne devaient pas tarder à mürir. Beaucoup de jeunes gens furent tellement séduits par les opinions monstrueuses de cet homme qu'ils en eurent la tête mise à l'envers. Quand on entrait dans une société des auditeurs de Fichte on pouvait se croire à Paris, dans l’ancien club des Jacobins.

« Tel était le professeur, si rapidement devenu grand, dont l’enseignement et les écrits portaient la marque du jacobinisme et de l’illuminisme le plus pur, tel était le professeur qui avait fait en Allemagne la première tentative audacieuse pour instituer une espèce de culte de la Raison‘, où les plus saintes pratiques religieuses se trouvaient impunément tournées en dérision, au point qu'on croyait forcément vivre au milieu de jacobins athées ÿ.

1. Eudæmonia, 1796, II, Bd., 1. St., Il, p. 33. — 2. Jbid., p. 33. — 3. Ibid., p. 34.

4. Ibid., p. 35. Herder lui-même ne s’était-il pas fait l’écho des bruits qui couraient, en colportant de prétendus propos de Fichte? « Dans cinq ans, aurait dit celui-ci, il n’y aura plus de religion chrétienne, la Raison est notre religion. » Et Herder avait appuyé la plainte du Consistoire!

On objectait, il est vrai, que Fichte avait fait baptiser son fils; mais à cela les adversaires de Fichte répondaient que les grands hommes ont aussi leurs heures de faiblesse. Karl Hase, Zenaisches Fichte-Büchlein, Leipzig, 1856, p. 17.

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