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Ibid

aux Ordres et à la prestation de leur serment, elle ne les fit point convoquer par l’appariteur pour ménager leur susceptibilité et elle procéda à leur interrogatoire en dehors de la présence de tout domestique !.

Ce fut Fichte en personne qui mit les étudiants en rapports avec les commissaires, les laissant seuls avec eux, non sans leur avoir fait reconnaître qu'en ce qui le concernait il avait tenu ses engagements *.

La mission de Fichte, en cette délicate affaire, était terminée, et tout à son honneur. Le gouvernement lui-même, par la bouche des commissaires, avait tenu à le faire savoir en donnant acte publiquement au professeur Fichte de l'agrément de la Cour princière pour les efforts en vue du bien commun des étudiants ?.

Cependant ce succès fut pour Fichte la cause d’un pénible incident qui l’obligea momentanément à quitter sa chaire.

Au cours des négociations, l’un des trois Ordres, le plus compromis, l'Ordre des Unitistes, que Fichte, un instant, avait cru gagner à la bonne cause, s'était retiré. La lenteur du gouvernement à nommer la Commission, de vagues bruits qui couraient au sujet de la demande d'une communication secrète des pièces, avaient suffi à ces gens soupçonneux pour leur faire taxer Fichte de complaisance envers un gouvernement dont 1l attendait sans doute les faveurs, voire de duplicité; on l’accusait déjà d’avoir transmis à la Cour les papiers dont il avait la garde. Dans leur inquiétude les Unitistes se voyaient victimes de machinations savantes, se souvenant des intentions du duc Charles-Auguste. Celui-ci, dès 1792, redoutant les dangers que pouvaient faire courir à l'État les Sociétés secrètes, soupçonnées d'esprit révolutionnaire, avait porté devant la diète de Ratishbonne la question des Associations d'étudiants. Bref les Unitistes avaient retiré leurs livres et voué de ce jour à Fichte une haine mortelle. Fichte dut même, pour calmer les inquiétudes qu'avaient provoquées cet incident chez les étudiants qui lui restaient fidèles, appeler chez lui les représentants des Ordres et leur faire constater l'intégrité des scellés.

Après la réunion de la Commission, les Unitistes, exaspérés du succès de Fichte et peut-être irrités de leur propre maladresse, résolurent de rendre impossible au philosophe la continuation de ses cours.

1. Fichte’s Leben, II, Erste Abth., V. Fichle’s Rechenschaft., T, p.55. 2. Ibid., p. 56. G 3. Fichte, Nachlass, Packet XVII. Lettre inédite de Voigt du 24 décembre.

330 FICHTE A TÉNA.

Ils commencèrent par des manifestations bruyantes à ses conférences ; ils s’en prirent même à sa femme qu'ils insultèrent grossièrement dans la rue; ils allèrent en bande chez lui le conspuert; et leur attitude parut si menaçante aux étudiants dévoués à Fichte qu’un certain nombre d’entre eux s’armèrent afin de servir à leur maître de gardes du corps; il fallut, pour leur faire quitter les armes, l’ordre exprès de Fichte?. Enfin une nuit, vers la fin d'avril 1793, au moment des vacances de Pâques, aidés d’un groupe de vauriens, quelques étudiants tentèrent de pénétrer par effraction dans la maison de Fichte. Réveillé par le bruit, Fichte se mit à la fenêtre et demanda ce qu'on voulait; c’est Fichte, c’est Fichte qu'il nous faut, clamèrent-ils. Puis ils proférèrent des menaces contre le propriétaire de la maison, déclarant qu'ils reviendraient briser tous les carreaux des fenêtres tant que Fichte resterait son locataire; et, passant de la parole aux actes, ils convainquirent Fichte, suivant le mot de Gæthe, de la façon la plus désagréable, de la présence d’un Non-Moi* dont sans doute « l'impolitesse fut grande de voler à travers les carreaux » “. Ils ramassèrent, en effet, des cailloux et des immondices qu'ils lancerent contre les vitres, les cassant toutes; une grosse pierre vint tomber à quelques millimètres de la tête du vieux Rahn, alors malade et alité; 1l faillit être tué; l’effroi qu'il en ressentit hâta certainement sa fin. Quant à la femme de Fichte, elle en éprouva une: telle commotion que Fichte put croire sa santé à jamais compromise.

Dès les premiers troubles, voyant que les autorités locales n’y mettaient pas un terme, Fichte avait écrit au Sénat académique, responsable de la police des étudiants, une lettre vive, déclarant qu'il n'était pas d'humeur à se laisser faire et à participer plus longtemps à une institution qui n'avait pas la force de réprimer de pareils désordres.

Quelle qu'en fût la cause, crainte inspirée par les Associations d'étudiants dont il redoutait les violences ou la désertion, impuissance de sévir, après une trop longue tolérance, jalousie à l'égard

1. Fichte’s Leben, Il, Erste Abth., V, Fichte’s Rechenschaft., 9, p. 59.

2. Ibid., Zweïite Abth., IIT, 9. Fichte an Reinhold, Osmannstädt, den 2. Juli 1795, p: 218.

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