‹ Fichte et son tempsChapitre 131 sur 232 · Gœthe, Werke, édition de Weimar, 35 Bd., p · texte numérisé non relu

Gœthe, Werke, édition de Weimar, 35 Bd., p

4. Philipp Stein, Gæœthe-Briefe, IV. Bd., Weimar und lena, 1792-1800. Berlin, 1903, Verlag von Otto Elsner. 745 an C. G. Voigt, lena, den 10. April 1795, p. 56. Dans l'édition de Weimar, 10. Bd., 3143, p. 250.

9. Fichte’s Leben, Il, Erste Abth., V, 11, p. 70-71 et Zweite Abth., III, 9. Fichte an Reinhold, Osmannstädt den 2. Juli 1795, p. 219. Voir aussi Eudæmonia, IL. Bd., 1. Stück, Il; Verunglückter Versuch, im christlichen Deutschlande, eine Art von ôffentlicher Vernunft-Religions-Uebung anzustellen, p. 46-48.

d’un collègue dont la renommée était une menace pour la réputation des autres ou dont les démarches étaient compromettantes pour les intérêts du corps; secrète complicité peut-être même avec les étudiants !, le Sénat académique fit la sourde oreille. Mais cette nuit avait mis le comble. à la mesure. Fichte, cette fois, se considéra non seulement comme menacé dans sa sécurité, mais comme atteint dans son honneur. Il n’était pas homme à subir un pareil affront. Dès le lendemain matin, il se rend à Weimar déclarer à la Cour, que, à moins d'obtenir satisfaction, il ne restera pas un jour de plus dans une ville où les personnes n'étaient pas respectées, ajoutant quil suspendra son cours jusqu'à ce que les esprits soient apaisés et l’ordre rétabli. Il demandait, en conséquence, l'autorisation d'aller passer l'été à la campagne, dans un endroit où il pourrait trouver la paix et le repos dont il avait besoin pour travailler; 1l avait porté son choix sur un village des environs, dépendant de l'électeur de Saxe; mais; quelques jours plus tard, le gouvernement, en lui accordant l'autorisation demandée, lui proposa pour résidence le château d’'Osmannstädt, dans la principauté de - Weimar?.

Le départ de Fichte fut, on le pense, vivement commenté. Fichte trouva plus d’un détracteur. Son besoin d'agir, ses efforts pour transformer la société au milieu de laquelle il vivait, son immense confiance en l'efficacité de sa parole, l’intransigeance de son caractère lui avaient vite aliéné les sympathies qu'il s'était d’abord acquises et avait accru bien des appréhensions qu'avait fait naître la venue à Iéna de l’auteur de la Revendication pour la liberté de penser et des Contributions destinées à rectifier les jugements du public sur la Révolution française. On accusait volontiers le « prêtre de la liberté » de vouloir tout régenter en véritable despote; on l’accusait d'orgueil et de pédantisme *. Rapidement classé par ses admirateurs

1. Cest ce qui semble ressortir d’une lettre adressée par Schelling à Hegel I 25 juillet 1795.

« L’activité de Fichte, lui écrit-il, paraît bien, pour le moment au moins, être entierement interrompue. Son zèle courageux à l'égard des folies académiques des étudiants d’Iéna, joint à la cabale des collègues jaloux, cabale qui vraisemblablement exerçait aussi son action en secret, lui a attiré la plus effroyable explosion d’une haine générale des étudiants. » (Aus Schelling’s Leben. In Briefen, 1. Bd. Verlag von S. Hirzel, 1869, LIL, Tübingen, den 21. Juli 1795, p. 79.)

On remarquera que Schelling parle d’une haine générale des étudiants et non plus seulement, comme semble le laisser supposer le rapport de Fichte, de la simple haine des Unitistes.

2. Fichte’s Leben, I, Erste Abth., V, Fichte’s Rechenschaft 11, p. 71 et Zweite Abth., IIT, Fichte an Reinhold, Osmannstädt, den 2. Juli 1795, p. 219. Voir aussi Eudæ-

monia, Il. B., 1. St. 11, p. 48.

3. Noack, J. G. Fichte nach seinem Leben, Lehren und Wirken. Zweites Buch, 4. Das

comme une étoile dont l'éclat faisait pâlir l’astre même de Kant!, Fichte n'avait pas tardé à oser affirmer tout haut sa supériorité. Il n'était pas rare de l'entendre dire : ici Kant, ici Reinhold sont dans l'erreur, et, ici je les ai dépassés ; ou : personne n’a compris Kant; il n y a qu’une seule manière de l’entendre, celle dont je l’ai expliqué; on encore : voilà le point essentiel à quoi tout revient et dont pas un de nos philosophes ne sait le premier mot; ou : tous les Kantiens, tous les soi-disant philosophes critiques ne sont que des dogmatisants ; ou, enfin : jusqu'à maintenant la philosophie, à proprement parler, n’a pas existé; seule ma Théorie de la Science va la rendre possible. Et cette suffisance, cette facon cavalière de traiter les. maîtres les plus illustres révoltaient parfois les sentiments des auditeurs les plus bienveillants ?.

Signe caractéristique des haïines que Fichte avait fait naître, sa vie privée n'était même pas à l’abri des médisances. On racontait couramment que les querelles étatent fréquentes dans le ménage du philosophe et que ses emportements provoquaient parfois les plus vives répliques de sa femme. Pure calomnie, d’ailleurs, et que démentaient avec indignation les familiers de son foyer, ceux qui connaissaient l’étroite union des époux*.

Mais ce que ne pouvaient nier même ses meilleurs amis, c'étaient. les maladresses{, c'était surtout l'immense orgueil de celui qu’ils avaient surnommé, en manière de plaisanterie, « le Grand Moi » ‘ ou le « Moi Absolu »f. Ils ne doutaient pas non plus qu'il ne fallût

grosse Osmannstedter Ich., p. 259-260. Lettre du baron de Ramdobr, févr. 1795. « Ich habe immer gefürchtet, dass Fichte’s Kopf, der erst ausgegohren haben müsste, um geniessbar zu sein, vor der Zeit in der handelnden Welt wirksam zu sein suchen und sich dadurch um allen nützlichen Einfluss in der Folge bringen würde. Er will herrschen und despotisiren, dieser Freiheitsprediger, und der gute Mann ist. doch zu steif und zu sehr Pedant, zu sehr von allen denjenigen Naturgaben entblôsst durch welche man einen dauernden Einfluss auf den grossen Haufen gewinnt. »

1. Jens Baggesen, Briefwechsel mit K. L. Reinhold. Erster Theil, 79, Schloss Chatelar am Genfersee, den 4. September 1794, p. 371-372. An Reinhold, den 4. Sept. 1794.

2. Vertraute unpartheische Briefe über Fichte’s Aufenthalt in Iena, p. 61.

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