Ibid., p. 283. — 3. Ibid., p
faire sortir; c'est une remarque banale que les époques et les pays où règne l'esclavage sont aussi ceux auxquels manque le goût; et, pour que le sens esthétique s’y développât, il faudrait que déjà, au moins chez quelques-uns, se fût éveillé le désir et le respect de la liberté !.
L’allusion à Schiller, plus ou moins voilée dans le cours de l’article, devient ici manifeste; elle prend un caractère plus personnel encore dans la dernière lettre. Schiller avait accusé Fichte d'avoir méconnu l'esprit du kantisme, même lorsqu'il se conformait à la lettre du système, Fichte retourne l'accusation contre l'esthétique de Schiller où il voit une application de la lettre, non de l'esprit. En art l'esprit, c’est la révélation d’un aspect de l’universel dans la conscience d’un individu, l'artiste revêt sa conception d'une matière, à la fois pour l'éprouver et pour la communiquer; mais, comme dans la nature, chez les artistes, le génie, l'inspiration naît toute revêtue de son enveloppe matérielle, l'œuvre sort toute vivante, corps et âme, de leur imagination. À côté d'eux il y a ceux qui, à vrai dire, connaissent et appliquent correctement les règles de l’art, qui commencent par chercher l'inspiration, puis prennent la glaise à laquelle ils insuffleront une âme, excellents artisans qui produisent des œuvres techniquement irréprochables, auxquels cependant manque le génie; et l'œil exercé découvre dans leurs œuvres la soudure qui les caractérise, ils ne connaissent de l'art que la lettre; ils se bornent à nous faire connaître les lois et la méthode des arts. Ce sont des historiens. Il y a plus; l'art, pour eux, n'a pas sa fin en lui-même; ils en font un simple instrument pour une fin qui lui est étrangère et à laquelle ils tiennent par-dessus tout; l’art devient pour eux un moyen d'éducation. Par leurs récits ils s'efforcent de faire briller à nos yeux l'éclat de la moralité, ils sollicitent notre liberté de choisir entre le bien et le mal?; ils méritent notre gratitude et nous devons reconnaître le prix de leurs efforts. Mais, de leur côté, il faut qu'ils sachent bien ce qu'ils sontet ne se classent pas dans une catégorie qui leur est étrangère. L'artiste qui a le don de « l'esprit » ne s'adresse pas à notre liberté; 1l compte si peu sur elle que son charme n'opère qu'une fois que nous l'avons dépouillée. Leur art nous élève instantanément, sans aucun appel à notre moralité. Ils ne nous rendent pas meilleurs, mais ils découvrent à nos âmes des trésors ignorés; et si, par hasard, nous vou-