Ueber Geist und Buchstab., p
2. C'était là justement le dessein de Schiller dans les Lettres sur l'Éducation esthétique et le trait est visiblement dirigé contre lui.
ons nous en emparer ils ont fait pour nous plus de la moitié du travail !.
Schiller sentit le trait, et il le fit savoir à Fichte. Bien que la vue de votre manuscrit? m'ait grandement réjoui,
1. Fichte, S. W., VIII. Bd. Ueber Geist und Buchstab., Dritter Brief, p. 291-300.
2. Il en avait hâtivement pris une copie. Voici pourquoi. Aux termes du S 4 du contrat du 28 mai 1794 qui liait les rédacteurs des Heures, un comité de cinq membres devait juger les articles proposés et décider, à 1 majorité, de leur valeur et de leur admission. Fichte était un des membres de ce comité; régulièrement il aurait donc dù être consulté sur la déeision à prendre, et plus que tout autre, puisqu'il s’agissait d’un article de philosophie. Mais, en réalité, ce comité paraît n'avoir jamais fonctionné et ce, au grand dommage de l'œuvre= d’ailleurs, en cette occasion où il était directement visé, Fichte était trop fier pour revendiquer son droit. Cependant Schiller ne savait pas d'avance quelle serait l’attitude de Fichte; il pouvait craindre, avec le caractère qu’on lui connaissait, qu’elle ne fût agressive; Schiller, prévoyant, préparait donc sa défense. C’est dans ce dessein qu'avant de renvoyer à Fichte son manuscrit, le 24 juin, il en avait pris, à la hâte et en secret, copie. Et cette copie retrouvée, au moins en grande partie, dans les papiers posthumes de Schiller, écrite de trois mains différentes, celle d’un inconnu, celle de Schiller, celle de sa femme, prouve qu’'afin d’aller plus vite on s'était
- partagé la besogne. Elle a d’ailleurs plus qu’une valeur purement anecdotique ;
elle complète Les Lettres de Fichte, telles qu’elles ont paru dans le Journal philosophique, car elle contient plusieurs passages importants qui ont été supprimés dans cette publication. (Voir pour les détails : Deutsche Rundschau, herausgegeben von J. Rodenberg, XXXVI. Bd.; Juli, August, Sept. 1883; p. 249-250.) Par ns dans la deuxième lettre, un passage assez long et d’un intérêt philosophique sur le caractère que revêt le penchant chez l’homme, grace à sa capacité de réflexion et de liberté, sur la nature du déterminisme propre à la volonté humaine, à l'individu empirique, détermination qui n’est nullement semblable au fatalisme régissant les corps matériels, aux lois de l’élasticité, mais qui implique, au fond, la spontanéité absolue du sujet libre. Ce passage venait après le développement sur l'aimant (Fichte, S. W., VIIL. Bd., p. 284, ligne 7), à l'endroit où Fichte cherche à définir le penchant esthétique comme subjectivité pure, comme caractérisé non point par un objet, mais par un pur sentiment de satisfaction ou de non-satisfaction, et où il montre l’obscurité de ce penchant par opposition au penchant pratique (Deutsche Rundschau, loc. cit., p. 250-251, le morceau y est entièrement transcrit en petit texte). Par exemple encore, un autre passage qui devait être le début de la troisième lettre, et qui est la justification d’une phrase, autrement inexpliquable, de la lettre de Fichte du 21 juin 1795, accompagnant l'envoi de son manuscrit (Mit der etwas tiefen Disquisition in der Mitte des zweiten Briefes hoffe ich den Leser durch den Verfolg auszusühnen, und über die demokratisch scheinen kônnende Stelle folgt zu Anfang des dritten eine Erklärung. Fichte's Leben, Il, Zweite Abth., V, 1, Fichte an Schiller, Osmannstädt, den 21. Juni 1795, p. 375). -
Le début est caractéristique et intéressant à signaler au point de vue du « démocratisme » de Fichte; le voici : « Le voisin auquel vous avez communiqué ma lettre précédente n’a eu, dans toute la lettre, son attention retenue que par mes propos sur les obstacles que suscite en chemin à la culture esthétique l’absence de liberté extérieure; il s’est hâté de les appliquer à son siècle et à son pays, et il a trouvé dans mes paroles je ne sais quelles dangereuses suggestions. Je veux, pour son édification, m'expliquer plus clairement encore », Et Fichte montre comment, dans la Constitution germanique, parfois, de temps à autre, une rencontre s’est opérée entre les classes opprimées et les classes opprimantes, quelques individualités des classes opprimées ayant réussi à surgir et à s'élever, ou quelques individus des classes opprimantes ayant perdu par Hasard de leur puissance ou y ayant librement renoncé: de cette rencontre est né un État moyen, un tiers État. Et de ce tiers: État, où la liberté moyenne est favorisée, sort toute la prospérité qui doit échoir. à l'humanité. Quiconque, en effet, a eu le bonheur d’être placé dans cette situation a le loisir de regarder en lui-même avant de regarder dehors, autour de
lui écrit-il!, le 24 juin 1795, bien qu'il m'en coûte par suite davantage, mon cher ami, de me priver d’une contribution que j'escomptais déjà comme sûre pour la prochaine livraison des ÆJeures je me vois néanmoins forcé de vous retourner votre manuscrit. J'y serais forcé même si son contenu avait mon approbation, car sa longueur démesurée, à la calculer d’après l'élan que vous vous donnez, et aussi son exposition (du moins en ce qui concerne les premitres preuves} sèche, embarrassée et, pardonnez-moi le mot, souvent confuse, suffiraient déjà à l’exclure du cadre des Heures.
«Mais je le dois d'autant plus que le fond ne me paraît pas meilleur que la forme. À vos Lettres vous donnez pour titre : l'esprit el la lettre en philosophie, et les trois premiers cahiers ne traitent de rien d’autre que de l'esprit dans les beaux-arts, sans que l’on voie poindre, même de loin, l'objet que vous deviez traiter. Je pensais que l'esprit, dans son opposition à la lettre, et l'esprit, comme qualité esthétique, étaient des concepts radicalement différents : l'esprit esthétique peut totalement manquer à un ouvrage philosophique, sans que pour cela il en soit moins qualifié comme un modèle de la pure exposition selon l'esprit. Je ne vois donc pas en fait comment, sans un saut périlleux, vous pouvez passer de l’un à l’autre, et je conçois encore moins quelle transition vous pourrez découvrir de l'esprit dans les œuvres
lui; il devient intérieur à lui-même, capable de s’affranchir lui-même pour affranchir ensuite les autres. Quiconque n’est pas animé de cet esprit de liberté ne veut affranchir ni soi-même, ni autrui; il ne veut renverser les despotes que pour prendre leur place; il ne veut que des maîtres et des serfs; il ne veut que changer son mode de servitude; il menace le tyran ouvertement ou il ne rampe à ses pieds que pour lui arracher par ses flagorneries une partie de son pouvoir, qu’il n’a pas assez de courage pour prendre de force, et que, rendu plus hardi par le succès, il finira par désirer tout entier. « Voilà, disait Fichte, ma véritable opinion et je serai bien aise que votre voisin la connaisse. » Il ajoutait, et c'était le lien entre ces considérations politiques et l’objet même des Lettres : « Dans ce for intérieur où, comme nous venons de le demander, il faut que nous ayons notre siège et notre habitation (In unserm Innern, in welchem wir, wie soeben gefodert wurde, wohnen und einheimisch seyn müssen), si une seule de nos actions au dehors doit avoir de la valeur, le sens esthétique nous fournit le premier terrain d'observation ferme. » (la suite conforme au début de la troisième lettre; Fichte, S. W., VIIL. Bd., p. 291, Deutsche Rundschau, loc. cit., p. 251.
Les autres suppressions sont d’une moindre importance. Ce sont, dans la seconde lettre, un compliment pour Wieland qui devait se placer à la page 277, ligne 4, et deux éloges de Gœthe; le premier, dans la même lettre, après la description du chant du rossignol; Fichte met ses remarques sous l'égide de quelques vers du grand chantre qu’est Gœthe; le second à sa place dans la leltre suivante, après la célébration du génie de Gœthe (p. 297, ligne 22), et concerne l'esprit du Faust. (Deutsche Rundschau, loc. cit., p. 251-252.)
1. Cette lettre coùta quelque peine à Schiller; il la recommenca deux fois. Dans les papiers de Schiller se trouve le brouillon, daté du 23 juin, et ce brouillon n’est pas entièrement identique à la lettre du 24 juin. Voir pour les différences : Deutsche Rundschau, XXXVI. Bd., 1883. Schiller und Fichte, loc. cit., p. 232-