‹ Fichte et son tempsChapitre 15 sur 232 · Étre libre ce n’est rien, devenir libre voilà le ciel · texte numérisé non relu

Étre libre ce n’est rien, devenir libre voilà le ciel

parvient et ne croit parvenir, c’est son effort sincère pour y atteindre qui fait sa valeur; car ce n’est point par la possession, c’est par la recherche de la vérité que ses forces se développent, c’est dans cette recherche que consiste et grâce à elle que grandit sans cesse sa perfection. La possession, c’est le repos, la paresse, l’orgueil. Si Dieu tenait enfermé dans sa main droite la vérité tout entière et dans sa main gauche l'aspiration toujours en mouvement vers la vérité même, avec la condition de me tromper toujours, éternellement, et s’il me disait : Choisis, je saisirais humblement sa main gauche et je dirais : Donne, mon père, car la vérité pure n’appartient qu'à toi seul’. »

Et, plus tard, quand, accusé à son tour d’athéisme, Fichte aura, lui aussi, à soutenir une lutte mémorable contre les représentants de l’orthodoxie religieuse, n'est-ce pas encore le souvenir de Lessing et des Anti-Goeze qui planera sur le débat?

Mais, pour le moment, Fichte ignorait tout ce dont il serait redevable à Lessing, il se bornait à rêver d'un pèlerinage à Wolfenbüttel, où il apporterait personnellement au grand homme le témoignage de son admiration et de sa reconnaissance. La mort de Lessing devait empêcher d’ailleurs la réalisation de ce projet ?.

Le 4 octobre 1780, à l’âge de dix-huit ans et demi, six ans jour pour jour après son entrée, Fichte sortait du collège de Pforta avec son brevet de capacité. Il venait, pour l'obtenir, de prononcer en latin devant l’assemblée des professeurs présidée par le recteur un Discours sur le bon usage des préceptes de la poésie et de la rhétorique (Oratio de recto præceptorum poeseos et rhetorices usu) qui atteste déjà l'originalité de son esprit ?.

Après un court exorde où, sans s’excuser du choix d’un sujet difficile, il se bornaïit à faire appel à l’indulgence de ses juges pour les erreurs que pourrait commettre sa jeunesse, Fichte entrait dans le vif de la question. L'objet que se proposent l’éloquence et la poésie, : c'est d’instruire, d’'émouvoir et d’amuser les hommes; les préceptes : de ces arts sont donc ceux qui nous apprennent les moyens pour . cela, c'est-à-dire au fond qui nous rendent maîtres de la nature humaine. Le grand secret de l’'éloquence ou de la poésie, c’est en somme de connaître l'âme des hommes. À ce point de vue, on peut distinguer deux sortes de lois, les générales et les particulières;

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