III. LES ATTAQUES DE FR. NICOLAÏ
1, Noack, Fichte nach seinem Leben, Lehren und Wirken, Zweites Buch, 6, p. 297. Die anmuthige Historia von den Affen, dem dicken Manne und einem gewaltigen Drachen, wie auch von dem grossen Philosophus, genannt Wolf, und dessen Begräbniss; item von Einem genannt Immanuel Kant, zum gemeinsamen Nutz der lieben Jugend, zu singen in der : Melodey : « es ist gewisslich an der Zeit. ».
2. Fr. Nicolai, Beschreibung einer Reise durch Deutschland und die Schweiz im Jahre 1781. Elfter Bd. Berlin und Stettin, 1796, Zwôlfter Abschnitt, Aufenthalt in Tübingen, VI, Ueber das Journal der Horen, p. 182.
3. Ibid., p. 186. — 4. Ibid., p. 191. — 5. Ibid., p. 203. — 6. Ibid., p. 203-204. — 1. Ibid., p. 204.
avec mépris toutes les connaissances qu'on acquiert par le commerce des hommes et par l'épreuve de l'expérience qu'ils croient rabaisser en lui donnant le nom d’empirisme, tous ces philosophâtres critiques distribuent, avec une orgueilleuse suffisance, leurs chimères comme des lois universellement valables et ayant en ellesmêmes leur fondement, pareils à ces charlatans qui guérissent toutes les blessures avec le même emplâtre et — un mauvais emplâtre !.
Nicolaï ajoutait : « Non, jamais encore une nation n’a eu assemblée de philosophes à l'esprit biscornu ressemblant à celle qu'offre l'Allemagne, depuis un ou deux ans »; et il se proposait de faire connaître à ses lecteurs les meilleurs et les plus récents de cette légion d’esprits biscornus qui s’imaginent, en jouant sur les mots de transcendantal et de formel, mettre le monde allemand, le monde sensible, sur un meilleur pied. Aucune nation, affirmait-il, ne peut exposer une telle galerie de portraits graves, si pleinement ridicules. Tous, dans le sentiment de leur importance, avec les yeux fixes, leur front ridé?...! Il passait alors en revue ces figures et, dans sa galerie, il accordait à Fichte la place d'honneur à.
« Fichte, par exemple, déclarait-il, permet à une. partie du genre humain d'avoir une révélation, mais à cette partie seulement, et, à cet effet, 1l l’a laissée tomber si bas que la loi morale de Kant se refuse à résider en elle“. »
Il disait encore : « Le professeur Fichte, dont on a déjà célébré les louanges, a, dans un savant ouvrage, et grâce à un sorite long d’une aune, si bien fondé le gouvernement des États sur un contrat a priori, que, dans l’enchaînement des conclusions de sa raison pure, 1l a découvert cette vérité nouvelle, suprême et indiscutable . bienfait pour le genre humain, à savoir que tout contrat doit être rompu, si l’une des parties contractantes change d’opinion. C’est le point de vue auquel il a envisagé purement a priori la Révolution française, et démontré, toujours purement «a priori, qu'il ne fallait pas l’envisager autrement. [l a établi qu’absolument aucun homme d’affaires, qu'absolument personne de ceux qui vivent dans le misérable monde empirique, qui servent un prince ou une République ne peut porter un jugement sur la Révolution parce qu'un pareil homme est un homme de parti, mais que seul le peut un philosophe
1. Fr. Nicolaï, Beschreibung einer Reise durch Deutschland und die Schweiz im Jahre 1781. Elfter Bd., 1796, Zwôlfter Abschnitt. Aufenthalt in Tübingen, VI, Ueber das Journal der Horen, p. 206.
2. Ibid., p. 207. — 3. Les autres étaient Schaumann, Niethammer, Heidenreich, Roth. — 4. Ibid., p. 208.
spéculatif, parce qu'il fait de la philosophie pure, et par suite, doit nécessairement être impartial. Ce droit de la philosophie formelle à la surveillance de tous les gouvernements et de toutes les révolutions empiriques est aussi l’objet d’une déduction a priori irréfutable. Car ledit professeur Fichte, partant du Non-Moi et de cette pénétrante remarque : « qu'il est faux que le Moi pur soit un pro- « duit du Non-Moi, que l’homme ne se borne pas à être, mais qu'il «a tel ou tel caractère et que le Moi empirique doit se régler sur « ce qu on peut donner pour sa règle éternelle », nous a fait enfin connaître la destination d’un savant; d’un savant, c’est-à-dire d’un philosophe transcendantal comme le professeur Fichte, toute la science empirique réunie, ayant, on le sait, peu de valeur. Sur la destination, l'essence, la dignité du savant, il a apporté à de jeunes étudiants, probablement pour les habituer à la modestie, ce concept hautement transcendantal : le savant, de par sa fonction, a la surveillance suprême du progrès réel du genre humain, il doit continuellement le servir; le savant n’est pas seulement le professeur et l'éducateur du genre humain mais aussi l’homme le plus parfait et le plus véridique; les étudiants, en particulier ceux auxquels Fichte fait ces conférences, ont pour perspective immédiate de parvenir à cette surveillance suprême du genre humain, et, s'ils suivent docilement les leçons de Fichte, il leur faudra bien
sentir qu'ils deviennent petit à petit les plus parfaits et les plus
véridiques des hommes. Comme d’ailleurs Fichte en est précisément à découvrir la Science de la Science qui doit le mettre à coup sûr en état de diriger l'esprit de son temps, pourvu que son temps s'en remette à sa haute surveillance; comme il a préalablement déduit impérativement que les gouvernements et les autorités sont nécessaires d’une manière seulement temporaire, et devront disparaître complètement dès que tous les hommes obéiront à l'impératif catégorique; comme, d’après cette déduction, le but de tout gouvernement est de rendre le gouvernement superflu, il est vraiment étonnant que tous les rois et les princes n'aient pas encore voulu déposer leurs sceptres aux pieds dudit professeur, le plus grand de tous les savants’, c'est du moins lui qui le dit. Ne se fait-il pas comparer, en effet, par son éditeur à Euclide, — comme si son éditeur savait rien d'Euclide, comme si l'éloge d’un éditeur n'était pas un éloge de soi
1. Fr. Nicolai, Beschreibung einer Reise durch Deutschland und die Schweiz im Jahre 1781. Elfter Bd., 1796, Zwôlfter Abschnitt, Aufenthalt in Tübingen, VI, Ueber das Journal der Horen, p. 223-226.
fait par soi-même, — et n’annonce-t-il pas, en effet, sa résolution d’être l’Euclide de la philosophie?
« .…. Malheureusement, hors quelques cabinets d’études et quelques chaires, le monde entier est si enfoncé dans le sensible et dans l’'empirique qu'avant cet heureux moment, dont Fichte nous annonce la venue, ledit professeur, en vertu d’une maxime universelle que tous les êtres pensants, savants et hommes, parfaits ou non, sont tenus de suivre dans leur conduite, aura le temps encore, on l’espère, de déduire a priori de l'impératif catégorique les approvisionnements des armées, én ce moment si nécessaires, les négociations diplomatiques sur la paix universelle, les indemnités à la charge des parties belligérantes, comme aussi les questions relatives aux conditions de la prochaine élection impériale qui — Dieu le veuille — ne deviendra nécessaire que bien plus tard, au siècle prochain, quand le professeur Fichte sera mort et oublié depuis longtemps‘. »
Plus sérieuses que les railleries de Nicolaï étaient les objections de Benjamin Erhard, l’ami des Reinhold, des Niethammer, des Baggesen, des Varnhagen, de son métier médecin à Nuremberg, mais philosophe à ses heures et philosophe de race, assez pour avoir mérité de Kant cet éloge : « parmi toutes les personnes que jusqu'ici j'ai appris à connaître de près, vous êtes celle dont j'ai le plus souhaité le commerce journalier ? ». Benjamin Erhard répétait