Ibid., 196, Von Reinhold, Kiel, d. 1. Juni 1796, p
faut renoncer à tout espoir de convaincre par des principes tirés de la dynamique de la volonté, un homme qui ne veut pas se laisser convaincre; on peut lui détraquer la cervelle, on ne peut pas le réfuter !. En présence d’une pareille philosophie quel parti prendre? Erhard, pour sa part, proposait celui-c1 :
« Dès que j'aurai du loisir, déclarait-il, je traiterai la philosophie du Moi comme un problème psychologique; je montrerai qu'elle provient uniquement de l'idéal de la philosophie, comme art, qu’elle est personnelle à chaque homme et que seule la Critique peut préserver de la prendre pour une philosophie comme science. La Critique montre que son principe appartient au Jugement téléologique; de là cette conclusion : le but de l'univers, c’est d’être une matière pour la connaissance et pour l’action humaine; ou bien tout est pour nous tel qu'il serait produit par nous si notre esprit pouvait achever sa réalisation infinie*?. »
Lin. On verra tout à l'heure que Fichte, mis au TISME. -- LES DEUX IN- Courant des critiques d’'Erhard, sans doute TRODUCTIONS À LA par ses correspondants mêmes (Nietham- 1HÉORIE DE LA SCIENCE
. mer, Reinhold), estima suffisamment leur
auteur pour ne point les ignorer et pour y répondre, au moins par voie d'’allusion*, dans sa seconde Introduction à la Théorie de la Science.
Mais la plus grave objection à la Théorie de la Science vint de Kant en personne. Kant disait ouvertement à qui voulait l'entendre que le système de Fichte était tout à fait différent du sien. Forberg le déclare expressément : « Fichte, écrit-il, affirme, répète que son système n'est rien d'autre que celui de Kant. Cependant je tiens des meilleures sources, et je puis assurer, que le fondateur de la Critique lui-même est d'un autre avis# ».
À une accusation de cette portée il ne s'agissait plus de répondre par une fin de non-recevoir comme à Schmid ou par des plaisanteries comme à Bohn. Il fallait une justification, d'autant plus que
{. K. À. Varnhagen von Ense, Ausgewählte Schriften, XVI. Bd. Zweite Abtheïilung, Biographische Denkmale, Zehnter Theil, Denkwürdigkeiten des Philosophen und Arztes J. B. Erhard, Il. 195. An Niethammer, Nürnberg, d. 16. Juni 1796, p. 116.
2. Ibid., 202, An Niethammer, Nürnberg, d. 31. Jan. 1797, p. 125.
3. Il ne pouvait répondre directement, puisque les objections d’Erhard n'avaient pas été publiques, qu’elles avaient été seulement formulées dans une correspondance privée, une correspondance qui n’était pas adressée à Fichte et dont ce dernier n’avait pu avoir communication qu’à titre confidentiel.
4. Forberg, Fragmente aus meinen Papieren. Fragmente aus Briefen, 9, Im Februar
celui qui passait jusqu'alors pour le commentateur attitré de la Théorie de la Science, Schelling, semblait vérifier le jugement de Kant, en s’efforçant de restaurer, sous l'égide de la Théorie de la Science, un nouveau dogmatisme, et de réhabiliter, contre la Critique, l'intuition intellectuelle, sans que Fichte l’eût encore désavoué.
Il est, en effet, remarquable de voir s'affirmer chez Schelling, dès son premier ouvrage, le Moi, comme principe de la philosophie ou l’Inconditionné dans le savoir humain, en dépit de toutes les ressemblances apparentes avec la Théorie de la Science, une véritable originalité de pensée qui l’entraînait sans doute possible hors du chemin de la Critique. |
L'espoir et le dessein qui formulent les derniers mots de sa préface, c'est de « donner la réalité à l’idée de constituer un pendant à l'Éthique de Spinoza! »; et Schelling s’y vante d'avoir trouvé le principe dont Spinoza pourrait dire : « 1l est la lumière qui se révèle elle-même et qui révèle l'obscurité? ». Cette restauration du Spinozisme, comment Schelling l’opère-t-il ? Sans doute le point de vue adopté par Spinoza est maintenant dépassé; c'est celui de « l’objet absolu »; on pourrait l'appeler le pur dogmatisme; la Critique l’a définitivement ruiné, en montrant qu'il est impossible de concevoir l’objet en dehors de toute relation avec le sujet*. Peut-on du moins se tenir comme le prétend Reinhold, à la relation : sujet-objet, au point de vue de la conscience ou de la représentation? Pas davantage; ce système qui fait du moi empiriquement conditionné le principe premier de la philosophie, et qui n’est ni un dogmatisme ni un criticisme, enferme une contradiction : le sujet et l’objet s'opposent, loin d’être une seule et même chose. Le seul point de vue possible est celui qui considère le Sujet comme un absolu, et qui, à la Chose du dogmatisme oppose l'Esprit, le Moi dans sa liberté, dans sa productivité infinie. Le Sujet se posant soi-même, dans son entière indépendance, et posant tout par soi et en soi, telle est la vérité philosophique, et c'est, au fond, si on sait la comprendre et l’interpréter, la grande découverte du Criticisme*.
Transporter à ce Sujet absolu les attributs que Spinoza avait affirmés de la substance 5; faire de l’intuition intellectuelle l'organe de la connaissance d'un tel Sujet’; poser par là même ce Sujet
1. Schelling, S. W., [. Bd. Vom Ich als Princip der Philosophie oder über das Unbedingte im menschlichen Wissen, 1795, Vorrede, p. 159.
2. Ibid., p. 195. — 3. Ibid., 8 2, p. 164-166 ; 8 4, p. 170-172. — 4. Ibid., S 5, p. 172- 176. — 5. Ibid., S 3, p. 166-170; $ 6, p. 176-177; $ 7, p. 177-179. — 6. Ibid., $ 9, p. 182-184; $ 10, p. 186-191; $ 11-12, p. 192-194. — 7. Ibid., $ 8, p. 179-182.
absolu, non à litre d’idéal infini, en somme inaccessible, mais comme la réalité même ‘; substituer à la relativité de la Morale, à la poursuite de la liberté, la considération de l'éternité, la possession de la liberté ?; affirmer que le centre de perspective de la philosophie n’est pas le devoir, mais l'Être absolu, telles sont les thèses essentielles que Schelling soutient déjà dans cet ouvrage et on ne peut méconnaître quelles diffèrent profondément de celles de la Critique et de la Théorie de la Science. Schelling n’avait-il pas dès lors luimême conscience de son originalité? Chose digne de remarque, il avait parlé non en disciple de Fichte, mais en son nom personnel, quoiqu'il ne fit pas mystère d'emprunter à Fichte ses formules et. semblait-il, jusqu’à ses principes mêmes.
Poursuivant son œuvre, Schelling, en 1795, publiait ses Lettres philosophiques sur le Dogmatisme el le Criticisme; mais on n'y trouvait pas davantage l’aveu qu'il fût l'interprète de Fichte. Était-ce vraiment par peur de le mal comprendre et de lui attribuer des erreurs qui n étaient pas siennes? ou plutôt cette prudence n'étaitelle pas déjà l’obscur sentiment d’une divergence qui allait s’accentuer sans cesse?
C’est toujours l’idée d’une restauration du Spinozisme qui est, en effet, le thème essentiel de ces Letires. Il s’agit, pour Schelling, de démontrer que le Criticisme, au fond, a le même objet et poursuit la même tâche que le Dogmatisme. L'objet commun du Criticisme et du Dogmatisme c’est la recherche de l’'Un-absolu, de l’'Identité du sujet et de l’objet, comme principe créateur du savoir tout entier. A ceux des interprètes du Kantisme qui ont cru au divorce de la Raison théorique et de la Raison pratique, qui ont prétendu restaurer, au nom du devoir et de la moralité, un Absolu que reniait, au fond, la Raison théorique, à ces interprètes qui trahissaient la pensée profonde de Kant en brisant l'unité de la Raison ?, Schelling n hésitait pas à répéter : « Bon Dieu, préserve-nous de nos amis, car de nos adversaires nous nous en chargeons“. »
Que l'Unité absolue soit à La fois la fin et le principe du Criticisme comme du Dogmatisme, on n'en peut pas douter, si l’on entend bien la Critique. L'idée de la thèse absolue (du Jugement infini), l'affirmation de l'Unité pure, du Sujet, comme fondement dernier
1. Schelling, S. W., I. Bd. Vom Ich als Princip der Philosophie oder über das Unbedingte im menschlichen Wissen, 1795, Vorrede, $ 15, p. 208.