Gœthe, Werke, éd. de Weimar 1893, 36. Bd., p
« Dieu est dans la nature, la nature est en Dieu » : cette communauté d'origine que spontanément son sens poétique lui révèle, Gœthe en comprend toute la portée philosophique le jour où lÉthique de Spinoza lui apporte « un souffle de paix! », lui découvre «une grande et libre perspective sur le monde sensible et sur le monde moral » et lui enseigne enfin que « la nature agit selon des lois éternelles, nécessaires, tellement divines, que la divinité elle-même n'y pourrait rien changer? ».
Et c’est bien aussi, en même temps que chez Gœthe, chez Spinoza que le romantisme naissant cherchera sa justification, quand Schlegel, transformant de plus en plus la doctrine de l'ironie, voudra faire de la religion le principe et la source même de l’art. Si l’art est capable de l'Infini, il ne lui suffit pas de se borner, avec Fichte, à affirmer l’infinité du sujet, cest l'infinité de l'Univers entier qu'il doit embrasser. Le sujet a son complément et sa détermination nécessaires dans l’objet; l'Idéalisme intégral exige, pour être entendu, la constitution du Réalisme intégral; et l'ironie consiste alors non plus à se détacher des choses pour prendre conscience de la liberté, mais à prendre conscience des limites du Moi pour s’en affranchir en dépassant à la fois le point de vue du sujet et celui de l’objet, en s'élevant à la hauteur de l’Infini en soi, du divin véritable. Mais cette transformation de l'Esthétique en Mystique qui aboutira, pour donner un corps à l’art, à la constitution d'une nouvelle mythologie, sur quoi s’appuie-t-elle sinon sur l'Éthique de Spinoza « dont le mysticisme complétait la dialectique — sous sa forme achevée — de la Théorie de la Science de Fichte », et dont « Le réalisme était déjà de la poésie » *. Le panthéisme, pris ainsi dans son sens poétique, aboutira, en fin de compte, au dire de Schlegel lui-même, au véritable Catholicisme .
Enfin, avant le « mysticisme » et le « réalisme » de Spinoza, il y avait eu aussi — Haym, l'historien du romantisme, nous le rappelle — le mysticisme et le réalisme du vieux cordonnier de Gœærlitz, du « grand Jacob Bœhm » en qui déjà s’alliaient la nature et la poésie. Faut-il parler ici du culte que Fr. Schlegel avait voué à celui qu'il
1. Gœthe, Werke. éd. de Weimar, 1891, 29. Bd. Aus meinem Leben, Sechszehntes Buch, p. 9.
2410id., p:12.