Haym, Die Romantische Schule, II, n, p
. 2. Peters, General Dietrich von Miltitz (Meissen, 1863), p. 2. Voir aussi p. 30 les lettres de Novalis à Dietrich.
3. Dr. O. Walzel, Schlegel, Briefe an seinen Bruder Aug. Wilhelm, 1II, 104, p. 365. Cette expression se trouve dans une lettre à Guillaume à propos des Fragments que Frédéric prépare : « Die Masse im ersten Stück denke ich noch mit überraschenden Ernst zu schliessen; mit einigen nicht sehr langen aber sehr grossen — über Enthusiasmus und Genialität, wo Fichte in den Himmel erhoben werden soll — über Grôüsse, — über den heiligen Ernst, »
la Théorie de la Science et à chercher dans les enseignements de cette philosophie de la volonté, de la liberté toutes-puissantes un remède héroïque à son désespoir? Toujours est-il qu'après la mort de Sophie (19 mars 1797), presque aussitôt suivie de celle d'Érasme, le frère de Novalis (144 avril), « la Science fut le seul intérêt capital que celui-ci prit encore au monde‘ ». « Il se plongea aussi profondément que possible dans le flot du savoir humain pour oublier, autant qu'il pouvait rester au milieu de ses vagues saintes, les mauvais rêves du destin ?. »
Et le flot du savoir humain, ce fut pour lui d’abord la Théorie de la Science de Fichte.
Dans le Journal qu’il commença d'écrire à Tennstedt, le 18 avril1797, trente et un Jours après la mort de Sophie, — ces mémoires portent, en face de chacune de leurs dates respectives le nombre de jours écoulés depuis cette mort — on trouve à la date du 29-30 mai (72-73 jours depuis le décès) l’aveu significatif que voici : « Entre la barrière et Gruningen, j'eus la joie de découvrir le véritable sens du concept du Moi de Fichte ».
Cette découverte était d’ailleurs le fruit d’une longue méditation, car le même Journal nous révèle, dès sa première page, l’ardeur avec laquelle Novalis s'était jeté dans la philosophie; et Novalis prend soin de préciser lui-même de quelle philosophie il s’agit; le 21 mai il parle d’un « extrait qu'il a fait de Fichte“ », et nous apprenons qu'il lit le Droit naturel, qu'il y a beaucoup pensé et avec fruit.
Mais, plus encore que son Journal, les Fragments de cette époque attestent à quel point Novalis est pénétré de la pensée de Fichte.
Dans les Fragments qu'il intitule philosophiques ou logologiques. et qui paraissent dater de 1797, Novalis écrit :
« Il serait bien possible que Fichte eût-inventé une manière toute nouvelle de penser et pour laquelle la langue n’a pas encore de terme 6. »
Dans un autre des Fragments” recueillis sous le titre de Poussière d’étamines (Blüthenstaub), et publié en 1798, c'est visiblement à
+ 4. Dr. J. M. Raich, Novalis Briefwechsel mit Friedrich und August Wilhelm, Charlotte
und Caroline Schlegel, Mainz, Verlag von P. Kirchheim, 1880, 9. Novalis an Fr. Schlegel in Iena, Tennstedt am grünen Donnerstag (13. April 1797, p. 29).
2. Lettre de Fevr. 1797, citée par Haym, Die Romantische Schule, IX, 11, p. 332.
3. Heilborn, Novalis Schriften, Reimer, Berlin 1901, Journal, p. 281.
4. Ibid., 18 avril, 31, p. 267. « Philosophie, le but de la pensée était assez ferme » et « De bonne heure philosophie. Après midi à deux heures monté philosopher », le 19, 32, p. 267.
5. Ibid., 21, mai, 64, p. 277. — 6. Ibid., 26, 69; 27, 70, p. 280.
7. Ibid., II. Bd., Erste Hälfte, Philosophische (logologische) Fragmente, p. 55-56.
Fichte qu'il pense en déclarant que : « le premier génie qui s’est pénétré lui-même a trouvé ici le germe typique d’un monde incommensurable. Il a fait une découverte qui, dans l'histoire du monde, devait être forcément la plus merveilleuse, car avec elle commence pour l'humanité une ère entièrement nouvelle... Archimède peut maintenant accomplir sa promesse (de soulever le monde), le point d'appui qu'il cherchait hors du monde est là!. »
Et il ajoute, dans un Fragment qui date de la même année : « Fichte, avec des mots écrits, avec des formules, avec des combinaisons, opère des miracles internes*. » Enfin dans ses Matériaux pour une Encyclopédie (Materialen zur Encyclopædie), toujours de la même année, rappelant que « Kant a joué le rôle de Copernic, qu'il a expliqué le Moi empirique avec son Monde extérieur comme une planète, et placé le centre du système dans la loi morale ou dans le Moi moral », Novalis ajoute : « Fichte-Newton est devenu l'inventeur des lois du système du monde interne, le second Copernic».
Cette grande découverte de Fichte, cette manière nouvelle de philosopher pour laquelle la langue n'avait pas encore de terme, Novalis la croyait susceptible d'être reprise et même perfectionnée par d’autres que par Fichte. « Peut-être, déclare-t-il, dans le Fragment où il constate l'originalité de la découverte de Fichte, peut-être
l'inventeur n'est-il pas, sur son instrument, l'artiste Le plus accompli.
et le plus ingénieux. Non pas que je veuille dire qu'il en soit ainsi, mais il est vraisemblable qu'il y a et qu'il y aura des hommes pour fichtéiser bien mieux que Fichte. Il pourra se produire ici de merveilleux chefs-d'œuvre, si l’on commence d’abord à suivre, en arliste, la manière de Fichte‘. »
Que Novalis ait cru « être ou devoir être un des hommes capables de mieux fichtéiser que Fichte »; qu’il ait songé à « produire de merveilleux chefs-d'œuvre en essayant de suivre, en artiste, la manière de Fichte », on n'en peut guère douter si l’on parcourt les Fragments qu'il a laissés.
D'abord il apparaît que Novalis a dû, un moment, songer à édifier un système de philosophie: il en a tout au moins jeté sur le papier les premiers linéaments en notes éparses, écrites au jour le jour et au gré de son inspiration, en notes qu’il appelle lui-même des textes pour la pensée. Les Matériaux pour une Encyclopédie, les
1. Heïilborn, Novalis Schriften, Blüthenstaub, p. 26-27. — 2. Ibid., Fragmente, 1798,
p. 116. — 3. Ibid., Zweite Hälfte, Materialen zur Encyclopædie, 1798-99, p. 431. — 4. Ibid. Erste Hälfte, Philosophische Fragmente, p. 56.
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Cahiers d'études philosophiques (Aus philosophischen Studienheften), et, dans ces Cahiers, les réflexions sur la matière et la forme, sur le Moi, les observations sur la Théorie de la Science et ses passages remarquables, ne laissent pas de doute à cet égard. Ces Fragments d’ailleurs permettent aussi d'affirmer l'inspiration toute fichtéenne du système auquel rêvait Novalis; la plupart des pensées qu'il jette ainsi sur le papier ne sont que les commentaires de certains passages de la Théorie de la Science ou les vues qu'elle lui suggère. Une analyse minutieuse des textes établirait aisément le détail de cette filiation; nous devons ici nous borner à en dégager les grandes lignes.
Le trait le plus frappant à cet égard, est, à coup sûr, l'assimilation de la philosophie à la mathématique.
En publiant, laiT'héorie de la Science, Fichte — s’il faut en croire le témoignage du « Plutarque allemand », de l'historien Varnhagen, confirmant le récit de Steffens que nous avons reproduit ailleurs, — avait cru apporter au monde une découverte qui, comme l'analyse pour le calcul, fût un imstrument infaillible pour la pensée, une arme de l'esprit donnant à celui auquel on l'aurait remise une force singulière !. |
Il s'agissait, en somme, pour lui, de construire le monde de la conscience à l'imitation des mathématiques pures, en dehors de tout recours à l'expérience, à l’aide de concepts a priori, en partant de définitions, de postulats que l'esprit se poserait à lui-même, avec une nomenclature qu'il aurait choisie et suivant une méthode — la méthode dialectique — qui serait sa marche propre. Cette logique transcendantale devait d’ailleurs prouver sa vérité, tout comme les mathématiques, par sa correspondance avec l'expérience. Ses constructions devaient aboutir à la détermination de la réalité.
Le caractère tout idéaliste d’un pareil symbolisme était bien fait pour séduire l'imagination mystique de Novalis. Les nombres, et les figures, les mots et les lettres n'ont-ils pas, depuis les temps les plus anciens, passé pour des puissances magiques?
Toujours est-il que Novalis adopta la « découverte » de Fichte
avec une sorte de ferveur; mais Novalis pensait que Fichte était loin d’avoir donné à cette découverte toute l'ampleur dont elle était susceptible; il pensait sans doute faire de la philosophie une véritable mathématique de la qualité, un calcul, une algèbre logique,
1. Varnhagen von Ense, Denkwürdigkeiten, Brockhaus, zweite Auflage, Erster Theil, II, Bd, Tôplitz, 1811, p. 329.
Aire AUS FICHTE A IÉNA.
quelque chose comme cette « ars combinatoria » ou encore cette « mathesis rationis » dont avait rêvé le grand Leibniz. Il se croyait peut-être même l'élu destiné à réussir dans cet « art », grâce à la
«nouvelle manière de penser » que Fichte avait inventée, grâce aux.
principes nouveaux que la Théorie de la Science avait apportés au
monde.
C’est du moins ce qui paraît résulter de quelques-uns des plus importants fragments de ses Cahiers.
Novalis y insiste sur l’analogie des mathématiques supérieures et
de la philosophie‘. Il montre dans la mathématique « une équation
en grand pour les autres sciences, la forme générale de la Science? »; il y montre d’autre part « la preuve de la vérité de l'Idéalisme », une « construction a priori de l'esprit s'appliquant au réel ».
La philosophie, si elle doit être une science, aura donc nécessairement la forme générale de la Science, la forme mathématique; elle sera une mathématique supérieure, une « mathesis pura », la mathématique des relations internes, la mathématique de la qualité comme la mathématique ordinaire est la mathématique de la quantité*; bref elle sera un algébrisme qualitatif.
Car c’est précisément là, aux yeux de Novalis, le caractère même de la Théorie de la Science.
« La Théorie de la Science ou philosophie pure est, dit-1l, le schème de la relation des sciences en général; elle naît de l’idée de se servir, au lieu de choses réelles, nommables, individuelles, de choses universelles, auxquelles chaque chose peut ensuite être substituée, ou de mots universels, et d'essayer sur eux, Comme signes et matériaux simples, distincts, qui ne peuvent être confondus, les opérations ordinaires qui, par suite, paraissent toutes pures dans leur succession et leurs rapports, et par là deviennent des formules universelles de construction ou de relation du mode d’action ou de conception de l’objet et du sujet, des propositions de valeur universelle. » Il ajoute : « Les proportions universelles ne sont rien d'autre que des formules algébriques. La philosophie pure est donc quelque chose d'exactement pareil à l'algèbre des lettresf. » « Les concepts proprement abstraits ou concepts généraux dont elle se sert sont des différences, au sens du calcul différentiel, de simples copules? »; les catégories sont l'alphabet « cogitationum humanarum » où chaque lettre
1. Heïlborn, Novalis Schriften, Zweiter Theil, Erste Hälfte, Fragm., 1798, p. 93. — 2. Ibid., Mathematische Fragm., p. 222. — 3. Ibid., p. 222. — 4. Ibid., p. 226 et Zweiïite Hälfte, Materialen, p. 482. — 5. Ibid., Zweite Hälfte, Materialen, p. 469-470.
— 6. Tbid., Erste Hälfte, Fragm., n° 26, p. 141. — 7. Ibid., Zweite Hälfte, Materialen, p. 569. :
implique une action, une opération philosophique, un calcul supérieur (mathématique). Et ce calcul d’abstractions de la philosophie est entièrement comparable au calcul infinitésimal?.
La portée de ce calcul est la même qu'en mathématiques, l'application au réel des constructions de l'esprit, « la substitution possible et obligatoire de grandeurs réelles, individuelles, aux caractères qui constituent les termes de la philosophie? ».
« La Théorie de la Science n’est donc rien d’autre, déclare encore Novalis, qu'une preuve de la réalité de la Logique et de ce qu'elle peut faire, de l'accord de la Logique avec le reste de la nature, de son entière analogie avec la mathématique au point de vue de ses découvertes et de ses justifications #, »
La Théorie de la Science est ainsi, comme l'était la mathématique, « le témoignage le plus parfaitement valable de l’Idéalisme de la nature » et on peut dire que l’Idéalisme, ici encore, aboutit au Réalismef, que l’Idéalisme et le Réalisme, quoique entièrement distincts, coïncident entièrement7. Novalis montre comment s'opère cette union par une méthode analogue à celle des mathématiques. La philosophie part d’un Moi qui est, au fond, une pure Idée, une construction de l’esprits, une « fiction pour faciliter l'exposition et le développement de la Théorie de la Science* ». Elle procède pour cette exposition « comme toute science synthétique, comme la mathématique, d’une manière arbitraire !, en se forgeant une méthode idéale qu’elle a découverte »; elle est, tout comme la mathématique, un art libre de l'imagination‘! : elle est un art de choisir les pensées, de procéder au moyen des pensées, l’art de produire l’ensemble de nos représentations conformément à une Idée absolue, artifice de l'esprit; de tirer des profondeurs de notre esprit, a priori, un système du monde; de faire un usage actif de l'organe de la pensée pour exposer un monde purement intelligible®. Mais il se trouve, « tout comme pour les nombres de la mathématique avec lesquels ces abstractions ont tant d’analogie, que la série de ces combinaisons et de ces rapports aboutit à produire de ce néant le réel" ».
Ainsi se poursuit jusqu'au bout l’analogie de la philosophie et des mathématiques, si bien que Novalis en vient à se demander si « la philosophie en général ne devrait pas sortir de la réflexion sur les mathématiques », à dire que la « philosophie est la mathématique
1. Heilborn, Novalis Schriften, Zweiter Theil, Erste Hälfte, Fragm., 1798, p. 922. — 2. Ibid., p. 577. — 3. Ibid., p. 469. — 4. Ibid., Erste Hälfte, p. 329. —5. Ibid., Math. Fragm., p. 222. — 6. Ibid., Zweite Hälfte Materialen, p. 474. — 7. Ibid., p. #13. — 8. Ibid., p. 496. — 9. Ibid., p. 559. — 10. Ibid., Erster Th., Fragm., p. 353. — 11. Tbid., p. 84. — 12. Ibid., p. 168. — 13. Ibid., p. 117.
universelle ou supérieure, le principe vivifiant de la mathématique, la mathématique pratique, ou encore la matière, si la mathématique est la forme’ ».
Cependant cette conception d’une philosophie comme un calcul du monde conduisait Novalis à unenotion des rapportsentre la nature et l'esprit qui est justement aussi celle que Fichte avait proposée.
Du moment que l'esprit dans sa liberté, avec les symboles qu'il crée, avec les relations qu'il établit entre eux, parvient à construire un système qui réussit, un système qui construit ou plutôt reconstruit le réel, c'est qu'au fond le réel est l'œuvre inconsciente de l’esprit, que la nature est de la liberté fixée.
« Fichte a découvert, il a enseigné l'usage actif de l'organe de la pensée? », et cet usage c’est la construction par l'imagination du monde sensible. Qu'est-ce au fond que la nature? « un [Index systématique et encyclopédique ou un plan de notre esprit ». Elle semble s'opposer à nous, « mais la fatalité qui pèse ainsi sur nous, c'est, en somme, l'inertie de notre esprit. Élargissons et cultivons notre activité, et cette fatalité se transformera : elle deviendra nous-mêmes. Tout semble se précipiter sur nous en torrent parce que nous sommes pareils à un fleuve qui ne sort pas lui-même de son lit. Nous sommes négatifs parce que nous voulons l'être. Plus nous devenons positifs, plus le monde qui nous entoure devient négatif jusqu à ce qu'à la fin il n'y ait plus de négation du tout, et que nous soyons tout en tout. Dieu veut des dieux?. »
Qu'est-ce à dire sinon que « toute la réalité dont nous pouvons parler est une réalité pensée, qu’en conséquence le principe de toute réalité, son garant, c’est le principe de la pensée, c'est l'esprit ». « Le monde n’est, au fond, que l’ensemble des déterminations de notre conscience, et la philosophie a exactement pour limites les modifications de la conscience. » Seulement, sous les déterminations de l'intelligence et à travers ses constructions dont la réflexion analyse le mécanisme, elle découvre l’œuvre de la liberté et de l’aetivité du Moi; « la liberté de la réflexion conduit à la liberté du Moi agissant? »; nous découvrons alors le secret du monde : « ce qui est proprement de la réalité c’est l’activité » et « l'activité, c'est l’essence du moi », de l'esprit, de la liberté. Au fond « la nature n'est rien que de la liberté morte, elle n’est rien que du pur passé ».
1. Heilborn, Novalis Schriften, Zweiter Theil, Zweite Hälfte, Materialen, p. 560, — 2. Ibid., Erste Hälfte, Fragm., p. 175. — 3. Ibid., p. 175-176. — 4. Ibid., Zweite Hälfte, Aus philosophischen Studienheften, VII, p. 634. — 5. Ibid., VII, p. 634. — 6. Jbid., Erste Hälfte, p. 350.
Et en ce sens il est permis de dire, avec Novalis, que « la philosophie supérieure opère le mariage de la nature et de l'esprit‘ ».
Mais si la nature n'est qu’un résidu de l'esprit, si elle est, en son fond, l’œuvre de la liberté, comme la liberté est, en dernière analyse, l'acte de la volonté morale, l'univers, en définitive, a son explication et son principe dans la moralité.
On comprend dès lors comment la nature est faite pour se plier au devoir, comment le monde peut et doit devenir l'expression de la morale. On saisit le sens de ce Fragment, si curieux et si important : | |
« Le monde est originellement susceptible d’être vivifié par moi. Il est, en général, vivifié par moi a priori. Il ne fait qu’un avec moi. J'ai une tendance et une capacité originelles à le vivifier. Mais rien ne peut entrer en relation avec moi, qui ne se règle pas sur ma volonté ou qui ne lui est pas conforme. Il faut donc que le monde ait la disposition originelle de se régler sur ma volonté, de lui être conforme. [l est impossible que mon activité spirituelle, ma réalisation d’Idées, soient une décomposition ou une métamorphose du monde, du moins en tant que je suis membre de ce monde en question; elles ne peuvent être qu'une opération de modifications. Sans faire tort au monde et à ses lois, je pourrai, à l’aide de ces lois, l’'organiser, le disposer, le façonner pour mes fins. Cette formation supérieure n'entre pas en lutte avec la formation inférieure, elle poursuit sa route sans lui porter préjudice, elle utilise pour les fins de sa volonté le monde, qui est un monde précisément parce qu'il ne se détermine pas complètement et totalement, et parce qu'il reste ainsi déterminable par ailleurs et diversement, ce qui n'est pas le cas d’un individu parfait, raisonnable.
« Au monde appartient donc tout ce qui ne se détermine pas complètement et absolument, tout ce qui peut encore servir à un autre être pour divers usages, sans que cet être le sache et par là sans qu'il se trouve troublé et modifié dans son essence?. »
Et, comme le dit Novalis dans une formule saisissante : « Il faut que le système de la morale devienne le système de la nature’. Comment cela? Évidemment par notre intermédiaire. » La morale bien comprise étant « l'élément proprement vital de l'humanité‘ », c’est nous qui sommes les « éducateurs de la nature, nous sa tangente
1. Heilborn, Novalis Schriften, Zweiter Theil, Zweite Hälfte, Materialen, p. 490.