Fichte’s Leben, Ï, 1, 3, p
2. W. Kabitz, Studien zur Entwicklungsgeschichte der Ficht. W. L., Beilagen; 3, Briefentwurf von Fichte an den Consistorialpräsidenten von Burgsdorf, p. 6* et 7%.
À la nuit tombante, après avoir encore cherché, mais en vain, une issue à sa situation, il rentra chez lui. En ouvrant la porte de sa pauvre chambre, il aperçut une lettre sur le coin de sa table. II reconnaît aussitôt l'écriture de son ami Weisse, le receveur des contributions, qui le priait de venir le soir même. Fichte n’entrevoyait même pas la possibilité d’une bonne nouvelle, tant il avait perdu confiance. Pourtant Weïisse avait à lui proposer un préceptorat, en Suisse, à Zurich, dans la famille d’un riche hôtelier. C'était le salut. Devant l'offre qui venait après cette journée d'angoisses, la surprise de Fichte est si forte, son émotion si violente, qu'il fond en larmes. Pour la première fois il n’était pas maître de lui. À ce spectacle, si étonnant pour qui connaissait le jeune homme, Weisse s'émeut lui-même, le presse de questions et finit par lui arracher l’aveu de son dénûment. | |
C’est en septembre seulement que Fichte était attendu à Zurich; il profita de ses loisirs pour aller prendre congé de ses parents. De ce séjour à Rammenau un témoignage est demeuré, une feuille volante, de format in-4°, qu’il écrivit, le 24 juillet 1788, avec ce titre : Pensées au hasard d’une nuit d'insomnie (Zufällige Gedanken in einer schlaflosen Nacht), dont voici la traduction :
« Est-ce que la cause essentielle de toute notre corruption morale ne serait pas d'une part le mépris de la vie conjugale et d'autre. part l'impossibilité de se marier à cause de notre luxe et d’autres conditions malheureuses de notre temps. Par là chaque individu se trouve en quelque sorte isolé, Les plus nobles sentiments sociaux supprimés, — l’amour de la patrie, l’amour des autres hommes, la sympathie ; — la débauche favorisée, et tout particulièrement les folles dépenses, parce que le but de chacun est nécessairement de ne penser qu’à jouir le plus possible...
(En marge au bas : étonnantes contradictions et incroyable absurdité de nos lois, outre leur impuissance, p. ex. en ce qui concerne la repopulation, le traitement infligé aux enfants 1llégitimes ; en ce qui concerne la religion, le sentiment que nous en avons dans la vie commune, est-ce qu'il ne serait pas beaucoup plus intelligent ou du moins plus conséquent de supprimer tout à fait la religion?)
Tout cela Salzmann dans Carl von Carlsberq* veut le dire, mais
1. Dans ce roman instructif de Carl von Carlsberg le pédagogue Christian-Gotthelt Salzmann, professeur à la Philanthropine du prince de Dessau, proposait, au début du xvi° siècle, le renversement complet des classes dirigeantes, la suppression des armées permanentes, des cloîtres et des livres sacrés, de la noblesse, du corps judiciaire et des prisons. (M. Philippson, IL, 1, p. 4. Geschichte des preussischen Saatswesens vom Tode Friedrich des Grossen bis zu den Freiheitskriegen.)
il manque d'énergie, il se borne à un simple bavardage. Dans le Soir heureux de Haller ‘, une bonne partie de ces choses sont mieux dites et avec plus d'énergie. Ah! s’il avait compris l’art d'incarner la morale dans des personnages véritablement vivants! Qui le lit et qui croit à son sermon? Léonard et Gertrude, c'est ce qu’il y a de mieux; mais il [Pestalozzi] (sic)? aurait dû aller encore plus loin, il aurait dù mettre en lumière un peu aussi les hautes classes.
« Ne serait-il donc pas toujours à écrire le livre qui montrerait la totale corruption de nos gouvernements et de nos mœurs, tantôt sous leurs côtés risibles, tantôt sous leurs côtés terribles; qui en exposerait naturellement et sans exagération les conséquences nécessaires, qui esquisserait les principes d’un meilleur gouvernement et de meilleures mœurs en donnant en même temps les moyens d'y atteindre? Il faudrait que ce livre fût écrit sous une forme allégorique et avec un tour plaisant pour être plus clair et pour être lu par notre époque frivole. Le titre pourrait être Lettres du marquis de St. à son ami le vicomte X à Paris, envoyées du pôle Sud, nouvellement découvert, d'après l'original des lettres françaises.
« Le marquis trouverait à ce pôle Sud un peuple, dont la corruption ressemblerait exactement à celle de notre temps, mais qui serait de quelques degrés plus enfoncé dans la misère et dans le mal (il faudrait seulement que l’auteur remontât dû moins jusqu’à l'état où nous en sommes actuellement pour montrer plus clairement que c’est ici que nous en sommes et que c’est là que nous en viendrons).
« Il faudrait dépeindre :
Les principes du gouvernement de ce peuple. Les dispositions d'esprit de la Cour dont le seul but est d'accroître les revenus du prince ; les moyens employés pour cela, la corruption qui en résulte pour toutes les classes et les déplorables conséquences qui en découlent pour le prince et pour la Cour même.
« La noblesse rurale; son orgueil nobiliaire, son luxe pernicieux, sa tyrannie à l'égard des autres classes, les beaux piétextes sous lesquels elle cherche à excuser sa détestable manière de vivre. Ridicule de l’assertion que la noblesse est la protectrice des droits du peuple.
« Les tribunaux; leur lenteur, leur injustice, leur partialité, particulièrement les horreurs du droit criminel.
« La religion; disputes misérables du clergé; ses dogmes incompréhensibles qui n’ont aucune utilité pour la morale Esprit de per-