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Fichte, S. W., V. Bd. Ueber den Grund.…, p

que le public, peu versé dans les controverses philosophiques, n'ait pas, en dépit des affirmations de Fichte, distingué entre l’ «athéisme sceptique » de Forberg et le théisme sans Dieu de Fichte?

NRC Ed Toujours est-il que quelques mois après PÈRE A SON rics, éru- Ia publication de cet article où, contre DIANT, AU SUJET DE Forberg, Fichte avait entendu défendre la te croyance en Dieu, où il avait affirmé, avec

son ordinaire profondeur, les raisons de cette croyance, où il avait montré, dans l'existence de Dieu, de l'Esprit saint, le couronnement même de son système, la garantie de la moralité, une étrange accusation fut portée contre lui.

À la fin de l’année 1793 paraissait, sans nom d’éditeur, un libelle intitulé : Lettre d'un père à son fils, étudiant, au sujet de l'athéisme de Fichte et de Forberg (Schroiben eines Vaters an seinen studirenden Sohn über den Fichteschen und Forbergschen Atheismus), avec cette épigraphe : Ceux qui se tenaient pour sages, sont devenus des fous (Rom., I, 22).

La, lettre commençait par ces mots : « Ce n’est pas sans une douleur profonde que j'ai lu, il y a quelques jours, dans un journal de philosophie, deux articles où sont établis des principes dont la propagation, s'ils devaient obtenir quelque succès, aurait, à coup sûr, l'influence la plus néfaste sur la religion et sur la moralité. En ce cas, il ne pourrait plus être question de Christianisme. D’après ces principes, c'en serait fait de toute religion, et la croyance en une divinité, en un Être suprême distinct du monde, serait un pur nonsens... Les articles dont je parle ont paru dans le Journal philosophique d'une Société de savants allemands, édité par J. G. Fichte et F. 1. Niethammer, docteurs en philosophie et professeurs à Iéna. Le premier de ces articles a pour auteur le prof. Fichte, et pour tre : Le Fondement de notre croyance en une divine Providence. Le second : Le développement du concept de la Religion, est du recteur Forberg.

« Il est dur d’accuser quelqu'un d’athéisme, et même on a douté qu'il pût y avoir théoriquement de vrais athées. Mais MM. Fichte et Forberg déclarent hautement qu’ils ne croient pas à un Dieu et qu’ils tiennent la croyance en la divinité, telle que la professe l’entendement vulgaire, pour un non-sens. Fichte dit en même temps, au commencement de son article, qu’il a exposé jusqu'ici ces principes dans

1. Fichte, S. W., V. Bd., 5, Gerichtliche Verantwortung.…., Beilage C, p. 304.

sa chaire et qu’il considère comme son devoir de les faire connaître maintenant aussi au grand public philosophique, afin de leséprouver et d'obtenir pour eux l’approbation générale. Que l’athéisme le plus grossier ait été ouvertement professé dans une Université chrétienne, c'est assurément chose encore inédite‘. Le succès de Fichte est vraiment un triste symptôme, une preuve que certains étudiants sans jugement aiment et admirent, par-dessus tout ce qui ne peut être compris, ce qui fait entendre un son nouveau, même si cela n'a pas le sens commun... On pourrait encore laisser M. Fichte à sa joie s’il gardait pour lui les trésors de son obscure sagesse. Mais. qu'il communique des principes athées à des jeunes gens qui veulent se préparer aux fonctions les plus importantes del’ Étatet del’ Église, c’est impardonnable, et aucun ami de la religion et de la morale ne peut y demeurer indifférent ?. »

L'auteur de la Lettre discutait alors, pour les combattre, les principales thèses de Fichte sur le fondement de notre croyance à une Providence divine.

A la thèse que Dieu ne peut être l’auteur de l'existence du monde sensible, cette existence étant une pure apparence, il objectait qu'elle est aussi sensée que si l’on disait : l’admirable palais que j'ai devant les yeux s’est édifié tout seul, il a lui-même combiné les chambres qui s'y trouvent, fabriqué et rangé les meubles, et tout disposé suivant le vœu des habitants *. |

A la thèse que la preuve par la finalité est un non-sens, une intelligence ne pouvant être créatrice du monde et le pouvoir de l'intelligence se réduisant à la production des concepts, pures formes qui ne peuvent se changer en matière, comme le veulent les partisans de la création ex nihilo, ni modifier une matière déjà existante, comme le prétendent ceux qui font de la création la mise en forme d'une matière qui aurait toujours existé, l’auteur répondait queen parlant de Dieu, comme créateur intelligent du monde, on entend par là justement un être tout-puissant, distinct du monde et créateur du monde #.

À la thèse que, du point de vue transcendantal, le monde est un produit de la liberté, il répliquait en renvoyant Fichte à lIdéalisme

1. Chose intéressante à noter ici: dès le 16 juin 1796, J. B. Erhard écrivait à Niethammer que le système de Fichte était l’ « athéisme directement opposé au panthéisme, et, à vrai dire, le premier système pur de l’athéisme ». (K. A. Varnhagen von Ense, Denkwürdigkeiten des Philosophen und Arztes J. B. Erhard, p. 423). L’accusation d’athéisme paraît avoir été courante chez les adversaires de Fichte qui ne comprenaient pas le sens profond de la Théorie de la Science.

2. Fichte, S. W., V. Bd., 5, Gerichtliche Verantwortung.. Beilage C, p. 304-306. 3. Ibid., p. 308. — 4. Ibid., p. 309.

subjectif de Berkeley qui, dans ses Dialogues entre Hylas et Philonoûüs (Three dialogues between Hylas and Philonous), où il a le plus pleinement développé ses idées, déclarait déjà, sur la page où se trouve le titre, que ses dialogues avaient élé composés pour prouver clairement contre les sceptiques et contre les athées la réalité et la perfection de la connaissance humaine, la nature incorporelle de

d'âme et la Providence de Dieu‘.

En présence de la thèse de Fichte que Dieu est seulement l’ordre moral du monde, ordre vivant et agissant, l’auteur déclarait qu'il n'avait n1 le temps, ni l'envie de réfuter de pareils sophismes: il se bornait à remarquer qu'il ne comprenait même pas ce que Fichte avait voulu dire : il parlait d’un ordre qui n'aurait pas d'auteur! d’une loi morale en l'homme qui ne supposerait pas de législateur?!

A la thèse que le Dieu substance, le Dieu personne et conscience, est un reste d’anthropomorphisme l’auteur objectait que la proposition n’est pas nouvelle; les sceptiques ont soutenu que la connaissance des attributs de Dieu était impossible pour les hommes sans nier l’existence de Dieu et sa séparation d'avec le monde; et les philosophes critiques ont aussi affirmé que notre connaissance de Dieu n'avait pas de valeur objective. Bolingbroke disait qu’en transportant à Dieu nos concepts des qualités morales, l'homme était l’original et Dieu la copie, et que Dieu devenait un homme infini. Resterait enfin à savoir, non si la thèse était nouvelle, mais si elle était vraie; et c'est ce que l’auteur de la lettre contestait, car les mêmes attributs pouvaient convenir à l’homme et à Dieu sans qu’on identüfiât l’un à l’autre, pourvu toutefois qu'on en distinguât le degré et qu’on donnât aux attributs divins le caractère de l’infinité?. Il déclarait que Fichte avait beau affirmer l'existence incontestable de Dieu comme ordre moral du monde, comme Providence, il n’en était pas moins un athée pour cela, l’athéisme consistant précisément à nier l'existence de Dieu à titre de créateur du monde, et de substance distincte de lui‘.

La lettre se terminait ainsi : « D’une manière générale, je n’ai pas voulu te conseiller de t'embarquer dans l'étude de la philosophie critique et, moins que dans toute autre, dans celle de Fichteÿ. Tu peux faire un bien meilleur emploi de ton temps et t’épargner l'ennui

1.Fichte, S. W., V. Bd., 5, Gerichtliche Verantwortung.., Beilage C, p. 310. — 2, Ibid., p. 310-311. — 3. Ibid,, p. 312-313, — 4. Ibid., p. 313-316.

5. Ibid., Voir p. 305. « Les extravagances et le ridicule de ce qu’on appelle la phidosophie de Fichte ont été exposés, à ce qu’on dit, d’une manière très claire dans un livre que je veux te recommander et qui a pour titre : La vie et les opinions de Sempronius Gundibert, philosophe allemand, Berlin et Stettin, 1798. »

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de Fescrimer après des sophismes obscurs, qui ne signifient rien, qui ne sont d'aucun profit pour le développement de ton intelligence et l'élévation de ton cœur. Je te l'avoue sincèrement, dès le début j'ai prédit à la philosophie critique une courte existence. Ma prophétie est déjà réalisée en partie; car les différentes sectes qui se combattent avec ardeur, menacent de s’entre-détruire, et, conformément à l'exemple du grand Fichte, s’anéantiront ! les unes les autres dès qu'elles le pourront. Finalement la plupart reviendront du pays d'utopie au pays de la saine raison et de l'humain entendement, et alors, peu à peu, les choses deviendront meilleures ?. »

Cette lettre anonyme, répandue à profusion en Saxe et surtout à Leipzig, avait été intentionnellement signée de l’initiale G...….. suivie de cinq points, de manière à faire croire qu'elle était l'œuvre du célèbre théologien Gabler, dont la science et l'autorité pouvaient être opposées à celles de Fichte*. Dès que Gabler eut vent de la supercherie, 1l protesta énergiquement contre ce qu'il appelait une « calomnie », et, dans la feuille de publicité n° 13 du Journal littéraire universel, paru au commencement de l’année 1799, 11 faisait la déclaration suivante :

« Je me hâte de prévenir une grossière calomnie. Depuis quelques mois, on s'efforce de répandre en Saxe une brochure qui, sans être à proprement parler de la délation, est cependant d’une polémique passionnée; elle a pour titre : Lettre d’un père, ete. Comme elle est signée G...…. et vient de Nuremberg, on a fait aussitôt, à dessein, courir le bruit que j'étais l’auteur de cette feuille anonyme.

« J'éprouve un réel chagrin de ce qu’on puisse donner créance à un si misérable bruit. Si j'avais été capable d’élucubrer un pareil pamphlet où l’on prétend réfuter, à l’aide de la philosophie populaire commune, les subtiles propositions de la philosophie critique d’un Fichte, et où l’on ne distingue pas même l’Idéalisme et l’'athéisme dogmatique de l’Idéalisme et de l’athéisme critique, ma respectueuse reconnaissance envers l’Académie d'Iéna, où, pendant

1. Allusion à une parole de Fichte dans sa querelle avec Schmid. Fichte, on s’en souvient, avait déclaré que dorénavant Schmid, comme philosophe, n’existait plus pour lui.

2. Fichte, S. W., V. Bd., Gerichtliche Verantwortung..., Beilage C, p. 326.

3. Vertraute Briefe, p. 141. L'auteur des Lettres confidentielles et impartiales sur le séjour de Fichte à Iéna ajoute que le bruit courut ensuite dans le publie, non sans vraisemblance, que l’auteur de la lettre aurait été Gruner; mais il déclare que ce bruit, dont Fichte eut certainement connaissance, avait été sans doute encore répandu dans l'intention de provoquer Fichte contre Gruner à une polémique, dont notre philosophe aurait payé les frais. Zbid., p. 142.

six ans, j'ai été élevé et formé, m'aurait interdit sûrement une publication qui pourrait nuire à la réputation d’une Üniversité si célèbre. Que l’on compare seulement le ton franc et droit de mon Avant-propos! avec la langue injurieuse de cette brochure. Moi, user d’un pareil langage vis-à-vis d'un philosophe aussi pénétrant, d’un penseur aussi original que M. Fichte, envers lequel je professe respect et estime. C’est impossible, quand bien même il se pourrait que je ne fusse pas immédiatement convaincu de la vérité de ses jugements concernant l'existence objective de Dieu... Il y a plus; je me réjouis de voir cette importante question de l'existence de Dieu mise, elle aussi, à l'ordre du jour par les pénétrantes spéculations de Fichte, de Niethammer et de Forberg; c'est de là seulement que la vérité peut tirer un bénéfice et non d’une croyance aveugle. Je serais très fâché que ces penseurs fussent empêchés, par des circonstances extérieures, d'exposer librement et ouvertement leurs opinions. La vérité, qui ne peut vivre que de libres recherches en éprouverait un réel dommage... Tels étant mes sentiments, ne m'est-il pas permis de déclarer solennellement tout d’abord que je ne suis et que je ne peux pas être l’auteur de la lettre en question. Je ne sais quel en est l’auteur véritable et je n'aurais pas même eu connaissance de la brochure si on ne me l'avait envoyée il y a quelques mois. Quant à ceux qui répandent cette calomnie que j'en suis responsable, je les laisse à leur courte honte!!!»

Et Gabler ajoutait que la théologie serait chose tout à fait condamnable si elle avait besoin pour sa conservation du secours du Prince; qu'il fallait qu’elle pût se protéger elle-même par des raisons évidentes, ou qu'elle ne valait pas la peine qu'on s’en occupât?.

R. LE RESCRIT DU Cette protestation de Gabler et cette der- PRINCE-ÉLECTEUR FR- nière allusion était la réponse du théologien DOI DE SAXE au rescrit que, sur la dénonciation de la lettre anonyme et à l'instigation du théologien Reinhard*, le prince-électeur de Saxe, Frédéric-Auguste, venait de rendre (le 19 novembre 1798) en ces termes, par l'intermédiaire des ministres de Zedtwitz et Kühn.

« Nous, Frédéric-Auguste, par la grâce de Dieu, en raison des assertions athées contenues dans le premier et le second articles du

{. Avant-propos à l’année courante du Journal de Théologie.

2. Intelligenzblatt der À. L. Z., 1799, n° 13, den 2. Febr. 1799, p. 101-102. 3. Steffens, Was ich erlebte, IV. Bd., p. 152.

premier fascicule du Journal philosophique de l'année 1798, édité par les professeurs d’Iéna Fichte et Niethammer, avons ordonné la confiscation de cet écrit. Et, afin qu'ils n’en ignorent, nous le déclarons aux maîtres de nos Universités, nous avons en eux la juste confiance qu'ils profiteront de toutes les occasions que leur fournit, en général, leur fonction et leur action sur la jeunesse et sur le public, pour sauvegarder énergiquement, comme elle le mérite, la religion établie, et pour veiller à répandre partout et à confirmer la croyance rationnelle en Dieu et la vivante conviction de la vérité du Christianisme. »

Le rescrit portait, en appendice, mention de six passages incriminés; c'étaient les passages mêmes que visait la lettre anonyme?

Ce rescrit fut communiqué à tous les journaux, avec prière aux autres gouvernements d'Allemagne de prononcer l'interdiction, ce que le Hanovre s’empressa de faire, tandis que leroyaume de Prusse commençait par répondre évasivement et finissait par refuser. Un mois plus tard, le 148 décembre 1798, le même prince Frédéric- Auguste adressait de Dresde à la cour de Weimar le réquisitoire suivant :

« Dans le premier fascicule du Journal philosophique de cette année, édité par les professeurs à Iéna, Fichte et Niethammer, on nous a dénoncé le premier article, qui est du professeur Fichte et le second article qui est du recteur de Saalfeld, Forberg : articles dont ils n'ont pas craint de se déclarer formellement les auteurs, et où se trouvent exposés des principes qui, incompatibles avec la religion chrétienne, voire même avec la religion naturelle, tendent ouvertement à répandre l’athéisme..…. L'expérience enseigne assez quelles tristes conséquences entraîne pour le bien général et spécialement pour la sûreté des États la tolérance envers ces funestes tentatives destinées à propager davantage encore le penchant à l'incrédulité, qui se développe déjà suffisamment sans cela, et à arracher du cœur de l'homme les concepts de Dieu et de la religion. En conséquence il ne peut nous être indifférent, dans l'intérêt de notre pays, que, dans des États limitrophes, des professeurs se réclament ouvertement et sans rougir de principes aussi dangereux. Nous sommes donc forcés de prier instamment votre Altesse, de mettre en accusation les auteurs et l'éditeur des articles incriminés plus haut, et de les faire punir sévèrement, comme bon vous semblera; de prendre aussi des mesures rigoureuses pour enrayer radicale-

1. Fichte’s Leben, Il., Erste Abth., VI., 1, p. 76. — 2. Jbid., 2, p. 71-80.

ment un pareil scandale dans votre Université d’'Iéna, dans vos gymnases et vos écoles, de ne pas nous mettre non plus dans la fâcheuse obligation d'interdire aux enfants de notre pays l’accès de ces établissements d'instruction ou d'exercices pratiques, et de les priver, bien malgré nous, de tant d’appréciables bénéfices, en particulier des bénéfices que présente l'Université d'Iénat, »

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