‹ Fichte et son tempsChapitre 195 sur 232 · Voir Haym, die Romantische Schule, III, ir, p · texte numérisé non relu

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jugiez. Et vous tenez pour vraie sans plus cette accusation, mais sans attacher d'importance à la chose entière parce que Dieu se tirera bien d'affaire tout seul". |

« Maintenant, à la cause même; et d’abord quelques mots sur le véritable nœud du débat qu’on a tout à fait mal compris. Il ne s'agit pas du tout de l’'athéisme et du théisme; car Fichte est absolument d'accord avec ceux de ses adversaires, de bonne foi sur ce point que l'homme doit conformer toute sa conduite à la sainte volonté de Dieu. L'objet du débat porte non pas sur ce qu'on appelle l’existence de Dieu, mais sur l'existence, la présence en général, sur sa valeur ou sa non-valeur comparée à l’action, et sur le rapport de l'existence et de l’action avec l'infini et le fini.

« Fichte prétend que l'acte pur est ce qu'il y a de primiüf et d’original, et que l'existence en sort; il soutient que la manière dont jusqu’à présent les philosophes ont déduit l’action d’une existence originellement donnée est contraire à la Raison. Toute existence est de l’ordre du fini et de la sensibilité; seule l’action permet à l'homme de saisir l'infini et de gagner le droit de cité dans le monde suprasensible. En conséquence le philosophe ne peut penser la Raison infinie autrement que dans son acte éternel, et constituée par cet acte même, il ne peut, en aucun cas, lui imputer faussement une existence extérieure à cet acte. D'un mot, c’est le débat entre l’Idéalisme et la Réalisme.

« Or, je vous prie d'y bien réfléchir, un débat de cette nature, un débat sur la question de savoir s’il faut attribuer originellement l'activité à l’objet ou au sujet, peut-il être résolu par le bras séculier? Ainsi l'accusation d’athéisme repose tout entière sur un pur malentendu. Il ne doit plus être question de ce conflit, car il n'aurait jamais dû être soulevé. Sans doute c’est un malentendu très concevable, puisque le réalisme est inné à tous les hommes et que l'abstraction est un état artificiel... Beaucoup de gens sont, en esprit et en tant qu'hommes, d'accord avec Fichte; pourtant ils ne peuvent s’accommoder de ses expressions, même là où il écrit en termes populaires, parce que sa théorie est, pour eux, incompréhensible. Ce peuvent être de très honnêtes gens; mais, s'ils le sont, 1ls ne voudront pas se prononcer sur ce qu'ils n'auront pas compris en leur âme et conscience.

« Vous me direz, s’il en est ainsi, pourquoi Fichte traite-t-1l ses 1.J. H. Windischmann, Fr. Schlegel, philosophische Vorlesungen. Nebst Fragmenten

vorzüglich philosophisch-theologischen Inhalts. Aus dem Nachlass des Verewigten, Bonn, bei Ed. Weber, 1837, Il. Bd., p. 423. |

adversaires d’athées? — Ce ne sont pas de pures représaillés; il ne le fait pas du tout pour le simple plaisir d'affirmer son droit; mais c'est, à le bien entendre, et très sincèrement, la vérité littérale.

« S'1l y a une religion vraie, toutes les autres sont fausses. Et c’est ce qu'on ne veut pas comprendre en ce siècle de bienséance où l’homme, où la vertu, où tout enfin est tombé à un ton de conversation si poli et si souple qu'on aimerait mieux voir la vérité fausse que désobligeante.

« Conformément à cet aspect aimable du monde, on ne doit pas distinguer si rigoureusement le bien et le mal, et, entre les religions comme entre les hommes, il ne faut voir que des différences de degré... Or le Christianisme, au contraire, proclame à haute voix une distinction absolue entre la vertu et le vice, entre la vérité et le mensonge, entre la religion et l'irréligion et la philosophie de Fichte, poussée par la nécessité interne de ses principes, est 1c1 entièrement d'accord avec la religion chrétienne. D’après cette philosophie, elle aussi, 1l y a dans le monde un éternel conflit du bien et du mal. Il y a dans l’homme deux tendances originellement distinctes, la tendance au fini, la tendance à l'infini. Entre la vertu et le vice, il n’y a donc pas seulement une différence de degré, de nuance,ilya/l Vi absolue des voies que chaque homme est libre de choisir.

« Tant qu'il y aura beaucoup de gens pour vivre de la vie du monde sensible, et d’autres, peu nombreux, pour vivre de la vie spirituelle, il y aura aussi deux religions, je ne dis pas simplement différentes, mais absolument opposées, si la religion d’un homme ne peut être rien d'autre que ce qu'il y a en lui de plus intime et de plus personnel, et si ses dieux, conformément à la remarque d’Aristote, sont nécessairement faits sur le modèle de ce qu'il est lui-même.

« Sans doute la fausse religion, la religion d'apparence, qui n'est pas vraiment la religion, voudra faire tous ses efforts pour dissimuler cette opposition tranchante et pour la nier non seulement vis-à-vis des autres, mais vis-à-vis d'elle-même, parce qu'à reconnaître cette opposition éclate son propre néant.

« Il n’en est pas ainsi de la sainte religion qui est la vraie. Elle s’opposera, et il faut qu’elle s'oppose éternellement, de la manière la plus rigoureuse, à son imitation possible; il faut qu'elle la rejette absolument, qu’elle la dévoile sans ménagements là où elle la rencontre. Cela est ainsi, cela a toujours été ainsi, cela sera toujours

ainsi.

« S’applique-t-elle à beaucoup ou à quelques-uns, la description que Fichte fait de cette fausse religion qui transporte, sans aucune aspiration au mieux, Sa propre corruption au point de vue de Dieu et des rapports avec Dieu, qui s’érige ainsi en seule religion vraie, de sorte que, si la chose était possible, toute amélioration serait à jamais empêchée? chacun pourra aisément en juger d’après le degré de la connaissance qu'il aura de la civilisation et du temps. Qu'il réfléchisse, avant de croire que Fichte et ceux qui partagent son sentiment se bornent à combattre contre des ombres et qu'il n'ya pas d'irréligion positive.

« Mais tout ce qui n’est pas religion et pourtant veut le paraître

est de toute nécessité réellement opposé à la religion et doit être détruit, etc., etc. »

Si, pour 7 raisons demeurées obscures, cette Défense de Fichte ne fut point livrée à la publicité, le philosophe en eut du moins personnellement connaissance, de l’aveu même de Fr. Schlegel, et cela pouvait lui suffire.

0. ces ouvraces gx Gest d'ailleurs le moment où dont FAVEUR DE L'APPEL. parts les défenseurs surgissent, de cette I. LES ÉCRITS ANONY- République des lettres à laquelle on avait 2 fait appel. Les brochures, les ouvrages même se multiplient qui publiquement prennent pour Fichte fait et cause. Îl en paraît à Kiel, à Giessen, à Bayreuth, à Helmstädt, à Hildesheim; il en paraît d'anonymes; il en paraît qui sont signés, de noms obscurs, il en paraît qui sont signés de noms illustres.

Commençons par les anonymes.

Voici d’abord en 1799, à Iéna, un opuscule paru chez C. A. Hempel: Le vrai Dieu de Fichte, par N... ch (Fichte’s wahrer Gott von N... ch), avec cette épigraphe : *

« Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, il faut qu'ils l’adorent en esprit et en vérité. Jésus-Christ. »

Et ce document est d'autant plus intéressant à consulter que l'auteur semble s'être borné à reproduire le contenu des lecons et peut-être les paroles mêmes de Fichte. A voir ces phrases hachées, reliées entre elles par des points, on dirait des notes et des citations prises à un cours et il semble, à les lire, reconnaître, à travers le

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