‹ Fichte et son tempsChapitre 20 sur 232 · Ibid., p. 6-10, et I, 1, 3, p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 6-10, et I, 1, 3, p

à Zurich, en 1750, lui avait fait d'elle, il alla en Allemagne l'épouser; Jeanne, l’aîinée de ses enfants, était née le 15 mars 1758, à Lingbüe, en Danemark, où, grâce à l’appui de Klopstock, alors conseiller du roi, Rahn avait fondé une fabrique ; elle avait été séparée de ses parents à la suite de la guerre anglo-française qui ruina Rahn et le mit dans l'obligation de retourner en Suisse, et sa jeunesse fut triste. Quand Rahn avait refait sa fortune, elle était venue à Zurich, Juste à temps pour soigner sa mère qui se mourait alors de la phtisie. Ce fut Jeanne qui rattacha son père à la vie en s’efforçant de remplacer la disparue : profondément religieuse, prête à tous les dévouements, à tous les sacrifices, elle se consacra entièrement à son père qu'elle se jura de ne jamais quitter. Dans ce salon, aux brillantes réceptions du vendredi, elle recevait avec une bonne grâce, un tact qui séduisaient tout le monde. Quand, parfois, elle se mêlait aux conversations, on admirait la finesse de son esprit et la sûreté de son jugement. Au moment où Fichte fut admis dans la maison de Rahn, tout à la joie de connaître la famille du poète qui avait enchanté sa Jeunesse et d'entrer dans une société d'hommes curieux de science, d'art, de philosophie, épris de liberté et de justice, il n'était guère en humeur de ressentir ce qu'il appelait lui-même le coup de foudre; Jeanne, d’ailleurs, n'avait rien qui pût le provoquer; sa personne nattirait pas les regards : elle était petite et son visage portait la marque de ses trente ans‘'; cependant, dès la première rencontre, le charme de son expression frappa Fichte, et « son génie protecteur lui suggéra tout bas que le commerce de Jeanne ne serait pas insignifiant pour son cœur, pour sa destinée? ». De son côté, elle avait remarqué ce jeune étranger; son instinct moral avait deviné en lui un homme véritable très différent de tous les prétentieux jeunes gens qu'attirait sa fortune et dont elle avait si souvent repoussé les avances. « Elle voyait son père, à travers les yeux duquel elle était habituée, depuis son enfance, à considérer les choses, témoigner à Fichte une admiration et un respect qui, de l’avis même de Fichte, n'étaient en rapport ni avec ses mérites, ni avec son âge. » Fut-ce donc un miracle, si, sans que le jeune précepteur y eût la moindre part, « le préféré du père devint aussi le préféré de la fille »? Jeanne aima Fichte, elle le lui fit com-

prendre. Fichte se laissa aimer, car il était libre; à mesure qu'il

apprit à connaître Jeanne, son esprit et son cœur l’attiraient de plus

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