‹ Fichte et son tempsChapitre 201 sur 232 · Schaumann, Erklärung.…., p. 64-76. — 2. Tbid., p · texte numérisé non relu

Schaumann, Erklärung.…., p. 64-76. — 2. Tbid., p

3. Rehberg, Ueber Jacobÿs Erklärung in A. L. Z., ÎTÉS. Intell.-Bl., n° 24, 25.

4. Schaumann, Erklärung.…, p. 80. — 5. Ibid., D. 83. — 6. Ibid., p. 717- 85. Rehberg’s Rec. v. Kant’s Kr. der praki. Per, ANLIBE 1788, Nr. 188, a. h.

nn.

délations mensongères. Le spectre avec lequel on cherchait à effrayer le gouvernement, à le mettre en opposition avec son peuple, à le pousser à gouverner par la terreur, comme Robespierre et Marat, pour pouvoir se repaître du sang de ceux qu'on haïssait, ce spectre portait un nom : le Jacobinisme. C’est, en effet, le spectre du Jacobinisme que, pour mieux perdre Fichte, ses ennemis ont agité devant les Cours; l’athéisme a été une pure étiquette destinée à couvrir une accusation qu'on n'osait formuler tout haut.

Pour écarter ce spectre il suffisait sans doute d'une remarque : la philosophie qui met à la base de toutes ses théories le divin, tel qu'il se manifeste à la conscience humaine ne saurait constituer un danger pour l'État; mais, pour dissiper tous les doutes, un examen de la doctrine politique de Fichte est peut-être préférable! A cet égard se posent les trois questions suivantes :

À. — La nouvelle philosophie a-t-elle eu une influence sur la science du droit, et laquelle?

B. — Quels sont ses principes à l'égard des Constitutions et des

gouvernements existants?

C. — Tout philosophe doit nécessairement montrer la supériorité d'une certaine Constitution. Quel est donc l’Idéal politique de la nouvelle philosophie ??

À. Le service inappréciable rendu par la Théorie de la Science à la doctrine politique a été de dégager cette doctrine de tous les compromis où elle s’embarrassait jusqu'alors (alliance de l'État avec le pouvoir spirituel : État moral; alliance de l’État avec les théoriciens du bonheur : État dispensateur public du bonheur), et de fixer le domaine de l’État dans les limites de ce qui est purement juridique. Cette séparation du moral et du juridique, du devoir et du droit, Fichte l’a accomplie avec une précision mathématique; 1l a, pourrait-on dire, établi les titres spécifiques du droit naturel; et il a de plus substitué, dans la théorie du droit, aux constructions abstraites de concepts, la réflexion sur la société réelle et sur ses conditions d'existence ; il a donné au concept du droit son application et transformé un mot vide en une réalité active et vivante.

B. On peut prévoir, si on la tient pour une doctrine rationnelle, que la Théorie de la Science exigera des États, imparfaits comme tout ce qui est fini, un incessant perfectionnement, qu'elle appellera injustice l'injustice, despotisme le despotisme, tyrannie la tyrannie, qu’elle enseignera que l'injustice, le despotisme, la tyrannie sont

1. Schaumann, Erklärung.., p. 93-95. — 2. Ibid., p. 96. — 3. Ibid., p. 96-102.

des maux; mais où les adversaires de la Théorie de la Science cherchent à la prendre en défaut et essayent de la compromettre, c'est sur les questions embarrassantes du temps, sur les révolutions, sur la forme du gouvernement, sur la noblesse ; peine perdue. Fichte, qui fait de l'existence de l'État la condition nécessaire de la vie sociale, considère l'État comme aussi sacré que le droit, il fait de la soumission aux lois une obligation de conscience, il regarde toute révolution violente, toute rebellion, comme une injustice, et n’admet de transformation politique que la transformation voulue par la communauté entière, cas auquel il y a non pas révolution, mais évolution et légitime évolution, Que répondre à cela?

En ce qui concerne la forme du gouvernement, la seule chose qu'exige la Théorie de la Science, comme toute théorie rationnelle de l’État, c'est son caractère représentatif : le pouvoir doit gouverner comme s'il était le mandataire de l’ensemble des citoyens. En dehors de la pure démocratie (le gouvernement de tous par tous) qui est impossible, et du pur despotisme (le gouvernement de tous par un) qui est injuste, il tient pour possibles et pour légitimes toutes les formes du gouvernement : monarchie, aristocratie, démocratie représentative; le choix entre elles est question d'opportunité. Que répondre à cela ??

Reste la noblesse. Elle constitue un privilège de fait; ce privilège s'explique historiquement et suppose certains contrats entre des classes différentes. Du Jour où la majorité des citoyens dénoncerait ce contrat, que le noble le veuille ou non, ce serait le devoir du gouvernement de reviser sur ce point la constitution et ce serait sagesse, de la part des classes privilégiées, de ne point attendre l'heure de cette réclamation et d'abandonner d’elles-mêmes progressivement leurs privilèges; ce serait, en tout cas, l'injustice même, tant que ces différences de classes existent, de ne pas rendre possible aux membres des classes inférieures, sous certaines conditions, l'accession aux classes supérieures. Et à cela que répondre * ?

C. Venons enfin à la troisième question, celle de l’Idéal politique selon la Théorie de la Science. L'essentiel en est l'institution de l'Éphorat; la faculté pour les Éphores de prononcer l'interdit sur le gouvernement, en cas de violation de la Constitution et d'en appeler à l'assemblée nationale. En quoi cet Idéal présente-t-il un caractère subversif, et que pourrait avoir à craindre, aux termes dé cette

1. Schaumann, Erklärung.…., p. 103-105. — 2. Ibid., p. 106-110. — 3. Ibid, p. 110-114.

Constitution idéale, un prince décidé à assurer le respect des lois 1?

Cet exposé des principes de la philosophie nouvelle à l'égard de la politique et de la religion est une réponse suffisante, semble-t-il, à la troisième accusation, celle de perdre la jeunesse. Aussi Schaumann ne croit-1l pas nécessaire d'y insister et se borne-t-il à se réjouir de l'annonce d’une nouvelle qui venait de lui parvenir : les membres du Consistoire supérieur de Berlin avaient reconnu à l'unanimité que, dans le Journal de Fichte, rien ne pouvait donner matière à une accusation ?,

Celui qui, après Reinhold, prenait ainsi publiquement la défense de Fichte tenait à déclarer, pour donner plus de poids à ses paroles, n'avoir « avec le professeur Fichte d’autres relations que celles qui reposaient sur son respect envers un des plus grands penseurs du siècle, et la conscience d’avoir été conduit par lui à apercevoir la vérité »; 1] se permettait pour la première fois, en cette circonstance, d'exprimer tout haut à Fichte les sentiments de son cœur *.

Ce témoignage public d'adhésion du théologien réputé qu'était Schaumann, venant spontanément s'ajouter à l'autorité de Reinhold, et confirmer avec éclat l’opinion des défenseurs obscurs ou anonymes de l’Appel, était pour Fichte un singulier réconfort dans la lutte qu'il soutenait contre les ennemis de la pensée libre.

Mais, à côté de ces admirations, la véhé-

Fee M encude l’Appel souleva, parmi les amis les LAVATER.

moins suspects de Fichte, des critiques qui, mieux peut-être que les éloges, servirent sa propre cause, invitant Fichte à renoncer aux violences d’une polémique passionnée pour porter sa défense sur le terrain du droit.

Déjà, dès le 7 février 1799, Lavater, du fond de la Suisse, en remerciant Fichte de l'envoi de son Appel, « ce cadeau si substantiel qu'il avait lu avec tant d’avidité, souhaitant que Fichte fût l'invisible spectateur de son émotion, qu'il pût lire dans son cœur sa franche joie pour certains passages“ », exprimait des réserves dont le philosophe était, pensait-il, trop ami de la vérité pour s’offenser. Il lui reprochait en particulier, sa dureté et son intolérance pour ses adversaires; il insinuait que Fichte, si âpre dans ses attaques contre les Églises orthodoxes constituées et leur esprit

1. Schaumann, Erklärung..…., p. 125-130. — 2. Ibid., p. 130-131. — 3. Ibid., Vorerinnerung, p. VII et VIII. |

4. Fichte’s Leben, Il, Zweite Abth., XVIII, 20, Lavater an Fichte, Zürich, d. 7. Febr. 1799, p. 532.

sectaire, appartenait, lui aussi, à une petite chapelle, « la philo-

sophie critique », qui ne se distinguait des autres ni par sa tolé-

rance, ni par sa clémence envers ceux — et ils étaient nombreux — qui ne la comprenaient, ni ne l’admettaient!. Il ajoutait, non sans malice, « le Christ a dit : souffrez pour l'amour de la vérité et votre

récompense sera grande; les miséricordieux obtiendront miséri-

corde, aucun acte d'amour ne restera sans récompense... « Quiconque. croit au Christ, c'est-à-dire estime sa parole pour la

parole de la sagesse et de la vérité suprêmes doit nécessairement, s'il,

veut être conséquent, considérer celui qui contredit Jésus comme moins sage et moins véridique que Jésus, et quiconque contredit diamétralement Jésus doit nécessairement lui paraître tenir le langage suivant :

« Moi, Kant, Fichte, Niethammer, ou quel que puisse être mon

nom, je me considère comme supérieur en sagesse et en véracité à

Jésus, que d'innombrables hommes ont tenu et tiennent encore pour le plus sage et le plus véridique. Jésus s’est trompé et a induit les autres en erreur; mais moi je ne me trompe pas et je n’induis pas en erreur ». Oui, 1l est tenu de dire : « Hommes ne suivez pas Jésus, suivez-moi. C’est moi qui suis le bon pasteur; tous ceux qui sont venus avant moisont des voleurs et des assassins, car s’il y a seulement une syllabe de vraie dans l’histoire de Jésus, cette histoire enseigne, aussi expressément qu'on peut enseigner quelque chose, l’existence d'un Dieu qui juge et par conséquent qui récompense. Jésus joint à sa morale des promesses réconfortantes; il a promis le bonheur, et nous autres, philosophes critiques, nous détestons le bonheur, nous détestons par conséquent quiconque professe et approuve cette

détestable doctrine. Jésus, si jamais il a parlé de récompense et de

bonheur pour réconforter la souffrance, ou pour confirmer la fidélité au devoir, est un imposteur. C’est nous qui sommes la vraie lumière ; il n'y a que les fous qui puissent suivre Jésus et les seuls sages sont ceux qui nous suivent?. »

Le même Lavater écrivait à Reinhold le 16 février 1799 :

« L’A ppel de Fichte me fait souffrir au delà de toute expression, et pour ses parties excellentes et pour ses parties détestables. Gessner et moi pensons qu'une parole de sagesse sur cette affaire, venant de vous, aurait les conséquences les plus bienfaisantes. Puisse l'esprit divin vous inspirer cette parole.

1. Fichle’s Leben, IT, Zweite Abth., XVIII, 20, p. 532-533. — 2. Jbid., p. 533-334. 3. C’est sans doute pour se rendre aux instances de Lavater que Reinhold écrivit d’abord les Paradoxes dont nous avons parlé, puis la Leltre à Lavater et à Fichte.

« Un Dieu qui ne peut pas dire : Je suis un Dieu; un Dieu sans personnalité, sans existence, qui ne peut rien, et ne donne rien, un tel Dieu n’est rien, aussi vrai qu'il y a un Dieu vivant, qui est Esprit, Lumière sans obscurité et Amour omnivivifiant. S'amuser, quand il s’agit de la chose la plus sacrée de toutes, à prononcer de creuses paroles magiques, c'est de tous les jeuxle plus impie!.»

Mais Schiller fut plus catégorique encore que Lavater. Il désapprouvait le ton de l’Appel et il osa le dire sans ambages. Il fit comprendre à Fichte qu'il eût mieux servi sa cause et qu'il eût rendu tout à fait intenable la position de ses adversaires si, au lieu de leur répondre par des injures, 1l se fût borné à établir froidement l'illégalité de la mesure dont son article avait été l’objet.

En adressant à Schiller, le 18 janvier 1799, son Appel, Fichte lui avait écrit : |

« Vous êtes, mon très honoré ami, un des premiers dont je souhaite l'approbation pour cet écrit, un de ceux auxquels, en le rédigeant, j'ai souvent pensé ?.» - |

Le 16 janvier Schiller lui répondait :

« Mes meilleurs remerciements pour votre écrit, très honorable ami. Îl n’y a pas de doute, vous vous y êtes complètement lavé de l'accusation d’athéisme, aux yeux de tout homme qui comprend; et, pour les non-philosophes qui ne comprennent pas, vraisemblablement il leur fermera la bouche. En ce qui concerne mon opinion personnelle, j'eusse souhaité sans doute de vous voir exposer voire profession de foi sur la religion dans un écrit spécial, avec calme et même sans le moindre ressentiment à l'égard du Consistoire de la Saxe. Puisqu'il fallait bien, d'autre part, dire quelque chose sur la confiscation de votre Journal, j'aurais prouvé directement par des raisons que l'interdiction de votre écrit, quand bien même 1l eût été réellement athée, demeurait cependant encore inad-

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