E. LES CONSEILS DE SCHILLER
missible en droit, car un gouvernement éclairé et juste ne peut interdire aucune opinion théorique quand elle est exposée dans un ouvrage de science pour des savants. Sur ce point tout le monde, même les philosophes du parti adverse, vous aurait appuyé, et le
1. E. Reinhold, X. L. Reinhold’s Leben und litterarisches Wirken nebst einer Auswahl von Briefen, Iena, 1825, Frommann, VI, 5, Lavater an Reinhold, Zürich, d. 16. Febr. 1799, p. 410.
2. Fichte’s Leben, II, Zweite Abth., V, 5. Fichte an Schiller, lena, d. 18. Jan. 1799, p. 391.
débat füt resté cantonné sur un terrain universel, celui où il convient que tout homme qui pense se défende !. »
Schiller tenait, disait-il, officieusement du duc, avec lequel, à plusieurs reprises, il s'était entretenu de l'affaire, qu’on n'avait ni ne pouvait avoir l’idée d’empiéter sur la liberté de l'écrivain qu'était Fichte; on souhaitait seulement qu'il mît plus de réserve à parler du haut de la chaire de certaines choses; mais il ajoutait que, si telle était l'opinion personnelle du duc, les intentions de ses conseillers semblaient sans doute plus intransigeantes ?; et c'était encore une manière de mettre Fichte en garde contre des imprudences qui pouvaient compromettre sa cause.
Pour être discret le conseil n’en était pas moins clair; il fut entendu. Fichte, quelques semaines après la réception de la lettre de Schiller, écrivait, en se conformant à l'avis du poète, une Justificalion juridique concernant l'accusation d’athéisme, justification qu'il adressait aussitôt au Recteur de l’Université. |
LalJustification juridique concernant l'accusation d'athéisme se réduisait, suivant Fichte, à la solution des trois questions qui suivent.
1° Était-il interdit dans tous les cas, et particulièrement dans les écrits philosophiques, d'exposer des doctrines vraiment irréligieuses ?
2° Les passages incriminés étaient-ils effectivement entachés d’athéisme?
3° S'1l était démontré qu’ils ne le fussent pas, quelles étaient les causes qui avaient rendu cette accusation possible +?
Sur le premier point la réponse était péremptoire; c’est la liberté même de la pensée et jusqu'à la possibilité de toute réforme que détruirait l’affirmative. « De son temps aussi Jésus faisait porter son enseignement contre la religion — contre la religion de ses contemporains s'entend —, et il fut crucifié; ses adversaires trouvèrent cela tout à fait bien; aujourd’hui que sa religion domine parmi nous, on le trouve mal. Luther, dans son enseignement, dans ses diatribes, dans ses écrits, attaqua, sans aucun doute, avec la dernière violence la religion — toujours, bien entendu, la religion de ses contemporains —, et il ne fut pas crucifié parce que les premiers aïeux de nos