Ibid., p
3. Dantzig, « la petite République du Nord » dont parle ici Fichte passa sous la domination de la Prusse, au moment même où Fichte retournait en Suisse pour se marier. F. Frôhlich, Fichte's Reden an die deutsche Nation. Eine Untersuchung ihrer Entstehungsgeschichte. Berlin, Weidmannsche Buchhandlung, 1907, p. 22.
la nécessité pour le peuple de remettre ses pouvoirs à un gouvernement exécutif, et n’avait-il pas justement institué l'Éphorat à la fois pour empêcher l'oppression toujours à craindre du peuple par l'Exécutif et pour régler les conditions où l'exercice des droits politiques du peuple, où l'appel à la souveraineté populaire devenait légitime? Il demandait aussi que l’on tint compte de ses actes, et qu'on lui dit quand il avait été un fauteur de désordres, quand il avait violé les lois, quand il avait été un révolutionnaire. Un révolutionnaire! Lui, dont tous les vœux étaient satisfaits, lui, dont toute la vie avait été consacrée à la spéculation philosophique, et exigeait le repos et la sécurité!
Ce serait assurément chose entièrement nouvelle et encore inédite dans l’histoire de l'humanité, que de voir l'inventeur d'un système nouveau, d'un système tout spéculatif, se mettre à la tête d’une révolution politique !.
On a bien lu : Fichte se défend en propres termes d’être un révolutionnaire. A-t-il donc renoncé à ses convictions d'antan? L: croire ce serait mal le connaître. Pour attester qu’en dépit de concessions de forme ses idées au fond n'ont pas changé, il suffira d'une remarque.
En écrivant à Reinhold une lettre où il lui exposait les faits de sa cause, Fichte commençait par déclarer à son ami qu’en prononçant l'interdiction du Journal philosophique et en déférant les auteurs des deux articles au Sénat académique, le gouvernement n avait fait que céder à la pression du parti « du trône et de l’autel », décidé à exterminer en Allemagne la liberté de penser : parfaitement convaincue de l’innocuité de la présence de Fichte à l’Université, la Cour de Weimar avait tout simplement obéi aux injonctions de la Cour de Saxe qui mettait « une ardeur toute spéciale » à vouloir l'éloigner: dès la fin de l’année précédente, Burscher de Leipzig, un de ceux qui étaient initiés aux secrets du gouvernement de la Saxe, avait parié gros que Fichte serait exilé avant la fin de l’année présente; depuis longtemps, Burgsdorf avait gagné Voigt à la cause de ses adversaires, le ministre de l'instruction publique à Dresde avait fait savoir qu'aucun de ceux qui adhéreraient à la philosophie nouvelle n'aurait d'avancement, et que ceux qui l'avaient déjà embrassée, rétrograderaient bien bas; et Fichte en