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Fichte’s Leben I. Bd., n, 6, p

timents en principes, elle nous retienne sans nous faire rétrograder. Le moyen le plus efficace et le plus sûr pour atteindre ce double but serait, je pense, d'instituer sur les bords du Rhin plusieurs écoles, dont les professeurs seraient pris des Allemands qui réuniraient le plus de connaissances et de talents à l'amour de la liberté. Ce projet est-il exécutable? Veuillez, mon cher Fichte, me confier votre opinion à cet égard. Si votre réponse est affirmative, nous aviserons réciproquement, après une convention préliminaire, aux moyens de réussir.

Votre reconnaissant ami, C: PERRET! ».

Perret n'est d’ailleurs pas le seul témoin qu'on puisse invoquer ici. L'affaire avait donné lieu à toute une correspondance entre Fichte et le conseiller Fr. G. Yung à Mayence. De cette correspondance une seule lettre a été publiée, une lettre de Yung à Fichte, datée de Mayence, le 28 septembre 1798. Mais cette lettre atteste d’abord qu'il y a eu entre Fichte et Yung une correspondance anté-

1. Fichte’s Leben, I}, Zweite Abth., XVIII; 11, C. Perret an Fichte, p. 523-524. Dans son Jenaisches Fichte-Büchlein, Hase fait remarquer qu’il ne peut s’agir d’un

Institut fondé sur le territoire de France; il appuie son affirmation sur la lettre de Fichte à Reinhold du 22 mai 1799, où Fichte déclare que « le nouvel Institut projeté

ne concernait pas la République française, mais une autre République, que le

projet ne venait pas de lui, que les premières négociations n’avaient pas été entamées par lui ». [Fichte’s Leben, II, Zweite Abth., III, 20, Fichte an Reinhold, d. 29. Mai 1799, p. 262.1 Mais, en même temps, il déclare que la défaite de Jourdan a réduit à néant ses projets; Hase en induit que, s’il ne s’agit pas de la France et si le succès de l’entreprise devait être lié cependant au succès des armées françaises, il s'agissait sans doute de la République suisse que la victoire de l’archiduc Charles (21 et 25 mars 1799) mettait en mauvaise posture; et il conclut que le siège de l’Université nouvelle devait être sans doute à Zurich, où Fichte avait des relations personnelles. [K. Hase, Tenaisches Fichte-Büchlein, note 69, p. 45-46.]

Cependant le fils de Fichte, Hermann, dans la seconde édition de la Vie de son père qui est postérieure de plus de cinq ans au livre de Hase (celui-ci est de 1856 la 2° édition de la Vie est de 1862), écrit justement :

« C’est maintenant seulement qu’il nous est permis de donner sur ce sujet autre chose que de simples conjectures, car, depuis la première édition de la biographie, il nous est tombé sous la main une correspondance entre Fichte et F. G. Yung qui contient sur l'affaire des explications suffisantes »; et c’est manifestement à cette correspondance qu’est emprunté le récit que nous venons de résumer. [Fichte’s Leben, I, vi, 2, p. 299].

Or cette correspondance établit, d’une manière qui ne laisse place à aucun doute, la participation de Fichte aux négociations qui se poursuivaient avec le gouvernement français pour le faire nommer professeur à l’Université de Mayence.

Comment concilier ce fait avec la déclaration de Fichte que le nouvel Institut ne concernait pas la République française, c’est ce qui semble assez difficile à élucider.

Mayence était gouvernée par des magistrats allemands placés simplement sous la haute surveillance d’un commissaire français, et conservait ainsi une sorte d’autonomie politique. Fichte estimait-il que l’Université de Mayence ne pouvait dès lors -être qualifiée d’Université de la République française ? C’est l'hypothèse qu’on est conduit à envisager, et qui expliquerait la condition, mise par Fichte à son acceptation, de n’être en contact direct qu'avec Yung et les autorités allemandes.

rieure‘; elle fait ensuite formellement allusion à l’organisation du fameux Institut et désigne Mayence comme son siège même; elle établit enfin que Fichte était tenu au courant de toutes les négoclations qui se poursuivaient avec le Ministre de la Justice en France; que Yung ne faisait rien sans l’assentiment de Fichte et qu'il lui soumettait son plan ?; elle semble même faire allusion aux projets relatifs à la réforme de l'éducation dont Fichte avait fait la condition de son acceptation ?.

Ce n'est pas tout. D'autres lettres de la même époque ont trait et à cet Institut projeté et à la venue de Fichte en terre française. L'une est de August Hôrix à Fichte, datée de Mayence, le 3 nivôse an 7 de la République française, une et indivisible (23 déc. 1798). Hôrix déclare à Fichte que les efforts de la grande Nation pour attirer dans son sein les hommes d’un génie extraordinaire lui font espérer de pouvoir bientôt témoigner à Fichte son respect dans sa Patrie. Il est d’ailleurs chargé par Bernadotte (membre d'honneur de l’Université de Giessen) de saluer Fichte en son nom et de lui demander son portrait. Bernadotte aurait écrit lui-même à Fichte, s’il n'avait eu peur de le compromettre *.

1. Fichte’s Leben, II, Zweïte Abth., XVIII, 15, Hofrath Yung an Fichte, Mainz, d. 28. Sept. 1798, p. 526.

2. Er (Rudler, le commissaire du Gouvernement français dans les pays conquis), hat sich nicht im geringsten auf meinen Plan eingelassen, sondern, unter dem Vorwande der Nothwendigkeit einer baldigen Lehranstalt, die alte Universität (mit einigen Veränderungen, hauptsächlich mit Uebergehung der Theologie und derjenigen Zweige der Jurisprudenz, die in der Republik mit den Privilegien der Stände und der Kirche weggefallen sind) wiederhergestellt. Sonst ist der angenommene Plan äusserst dürftüig und einseitig, und Maipz wird hinter lena und Gôttingen und sogar hinter deutschen Universitäten des zweiten Rangs ohne Zweifel so weit zurückstehen, dass es in dieser Hinsicht nicht von weitem verdient, einen Mann wie Fichte unter der Zahl seiner ôffentlichen Lehrer zu sehen.

Aber alle Hoffnung ist noch nicht aufgegeben. Derjenige Administrator, dessen Bureau ich zu führen habe... hat sich der Sache mit dem männlichsten und edelsten Eifer angenommen. Er hat meinen acht Bogen starken Plan, begleitet von allen dahin gehôrigen Papieren, an Lambrechts, den Justizminister in Paris, geschickt….

Ich bin äusserst begierig auf den Erfolg aller dieser Schritte. Von welcher Art er auch sein müge, werde ich Sie davon benachrichtigen. Meinen Plan selbst lege ich Ihnen, sobald mir es môglich ist, vor, und ich bitte Sie, mir Ihr bedeutendes Urtheil darüber zu sagen. Wenn auch der Minister keine thätige Rücksicht darauf nimmt, so lasse ich ihn drucken, aber nicht ohne Ihre Genehmigung, nicht ohne mir von Ihnen Belehrung und Verbesserung erbeten zu haben. Wenn er nicht jetzt Gutes wirken kann, so wird er es künftig, so gut er es kann. In der Natur geht nichts verloren, kein Sandkorn, kein Tropfen Wasser, keine Idee, kein Gefühl. Fichte’s Leben, II, Zweïte Abth., XVIII, 15, Hofrath Yung an Fichte, Mainz, d. 28. Sept. 1798, p. 526-527.

3. Er (der Brief) zeigt mir nicht allein den tiefen, allumfassenden Denker, sondern auch den warmthätigen Menschenfreund, der an dem Glücke der Menschheit arbeiten will, auch mit Aufopferung seiner augenblicklichen Ruhe und seiner pecuniären Vortheile. JZbid., p. 526.

4. Fichte’s Leben, Il., Zweite Abth., XVIII, 13, A. Hôrix an Fichte, p. 524.

L'autre est datée du 2 mars 1799; elle est signée Kr.; elle est plus explicite encore. Kr. déplore qu'à la manière française on ait beaucoup parlé et très peu fait pour l'instruction publique; les émoluments qu'il aurait été possible d'offrir à Fichte (2000 à 2 500 fr.) eussent été trop faibles, si tant est que Fichte eût pu trouver à Mayence une sphère d'action suffisante. Et Kr. conclut que la nation rançaise n’est pas mûre pour la doctrine de Fichte, bien plus que, d’après la façon dont elle se comporte actuellement, elle en est indigne !.

Les documents que nous venons de citer prouvent à la fois que Fichte avait adhéré aux négociations pendantes entre Yung et le gouvernement français, qu'il avait fait espérer son concours, et de plus qu'en offrant par anticipation sa démission à Voigt, en cas de blâme, il escomptait le succès du projet en question. L'allusion à l’Institut de Mayence est, en effet, transparente dans la menace qui termine la lettre de Fichte à Voigt, et qui est manifestement, vis-à-vis de la Cour de Weimar, une tentative d'intimidation,

Fichte écrit dans cette lettre du 22 mars 1799 :

« Plusieurs de mes amis, dont les sentiments sont conformes aux miens, et dont onse plaît à reconnaître l'importance pour l'Académie, verraient dans l'atteinte à ma liberté d'enseigner une atteinte à leur propre liberté, et sont également d'accord avec moi sur le projet dont je viens de faire part à votre Excellence. Ils m'ont donné leur parole qu'au cas où, dans les circonstances que je vous ai dites, je serais forcé d'abandonner cette Académie, ils me suivraient et prendraient part à mes futures entreprises. Ils m'ont autorisé à vous le faire savoir. Il est question d’un nouvel Institut; notre plan est fait et nous pouvons espérer de retrouver là où nous irons le même cercle d'action qui, seul, a pu nous attirer ici, et les égards que, dans le cas présent, on nous aurait refusés; je recommande la chose à votre sagesse et à votre amour de la justice, et je me recommande moi-même, et mes affaires restantes, à votre ordinaire bienveillance ?. »

Fichte était sorti des voies juridiques. Cette fausse manœuvre fut- | elle accomplie sous l'influence d’un ami maladroit, du théologien Paulus alors prorecteur de l'Université? C’est ce que semble indiquer Fichte.

1. Fichte’s Leben, Il, Zweite Abth., XVIII, 14, Kr. an Fichte, Offenbach bei Frankfurt, d. 2. März 1799, p. 525,

2. Ibid., II, Erste Abth., VI. Actenstücke über die Anschuldigung des Atheismus. Fichte’s Sendschreiben an Prof, Reinhold, p. 92.

Dans son Épttre à Reinhold contenant le rapport authentique au sujet de l'accusation d’athéisme, Fichte écrit : « Ah! si j'étais resté fidèle, quelques jours de plus, à ma résolution! quoi qu'ils eussent fait, ils n'auraient pas acquis contre moi une apparence de droit.

« Ah! il est si difficile de rester strictement honnête quand on est entouré d'hommes purement circonspects, purement politiques.

« Une imagination trompeuse me présentait comme un devoir . de prudence, lié au souci des intérêts suprêmes de la science, de prévenir cette impossibilité (l'impossibilité d'accepter de blâme), d'éviter les dernières extrémités et, dans ce dessein, de rendre attentif à la nécessité où je me trouverais (en cas de blâme) d'abandonner ma place, l'homme qui devait avoir une influence prépondérante dans la décision à prendre (Voigt).

« Livré à moi seul, aurais-je donné suite à cette idée (l'idée d'écrire la lettre à Voigt) ou ne serais-je pas plutôt revenu à ma résolution première de ne m'écarter en rien des voies juridiques ouvertes et de laisser le gouvernement agir entièrement à ses risques et périls? Je n'ose à cet égard rien affirmer de décisif. Tel qu’au fond je me connais, je crois bien que je m'en serais tenu à ce dernier parti.

« Mais je ne restai pas livré à moi-même. Je communiquai mon idée à la seule autorité qu’il y ait jamais eu pour moi en ce lieu, à l'autorité d’un esprit dont la droiture m'était connue comme aussi la grande expérience du monde et le sang-froid. On approuva cette idée; on y collabora, si bien que la lettre devint une affaire commune: on trouva dangereux tout délai; en quelques heures la détermination fut prise, la lettre jetée en brouillon sur le papier, vue et approuvée par l’autre partie, écrite et envoyée. »

Paulus, que Fichte, sans le nommer, désigne ici comme son collaborateur, décline, il est vrai, dans ses Esquisses de l'histoire de mon éducation et de ma vie (Skizzen aus meiner Bildungs- und Lebens- Geschichte), toute responsabilité à cet égard et toute participation à la confection de la lettre; il écrit : « Auquel de ses proches amis Fichte montra-t-il cette lettre, je ne le sais pas. Cette autorité, unique pour lui, qu'il ne fait que désigner, ne fut, en tout cas, pas moi.

« L'esprit droit, versé dans l'expérience du monde, froid et circonspect, fut-ce Griesbach? Je l'ignore. Quand Fichte me lut la lettre, la phrase sur « les nombreux amis qui, au cas où la liberté de l’enseignement aurait été menacée, avaient formé le projet de

1. Fichte’s Leben, II, Erste Abth., VI, 6. Sendschreiben an Prof. Reinhold, p. 88-89.

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