‹ Fichte et son tempsChapitre 218 sur 232 · Dans une lettre du 14 juin · texte numérisé non relu

Dans une lettre du 14 juin

— un mot de ce dernier à son ami Achelis en témoigne — par un refus. formel. Il alléguait sa crainte d'indisposer le poète en publiant un article susceptible de nuire au Messie. Ce que cet article pouvait avoir de subversif, nous l'ignorons, car il ne se trouve pas dans les manuscrits inédits de Fichte !, mais la lettre que nous venons de résumer est instructive : elle nous renseigne à la fois sur les « audaces » de Fichte, au lendemain de son premier séjour en Suisse, et sur « l’orthodoxie » de l'opinion allemande; elle explique comment, devant son échec au Nouveau Musée allemand, Fichte conçut le projet de fonder lui-même une Revue qui aurait moins de timidité et qui n'hésiterait pas à diriger l'esprit public au lieu de le suivre. La date même de cette lettre permet de le supposer : elle est du 22 mai, un peu plus d'un mois après l'arrivée de Fichte à Leipzig, et c’est le 8 juin qu'il confiait son projet à l’ami Weisse. Projet qui d’ailleurs n’eut pas de suites.

P. 263. — Une série de quatre lettres de Fichte à Karl August Bôttiger, son ancien condisciple de Pforta, conseiller consistorial et directeur du gymnase de Weimar, apporte quelques détails intéressants sur les circonstances dans lesquelles Fichte fut appelé à la succession de Reinhold à Iéna.

La HN est du 8 janvier 1794; elle établit que Fichte, à aucun moment, n’a sollicité cette succession, en dépit des bruits qu'on f&iSare alors courir et qu’il tenait à dissiper.

Fichte y déclare que, peu de temps après son arrivée à Zurich, il avait bien appris par Lavater la nomination de Reinhold à Kiel, mais tout entier alors à la découverte qu'il venait de faire, à la fin de l’automne, son seul souhait était d’avoir quelques années de tranquillité durant lesquelles il pourrait mûrir son système. Il songeait si peu à briguer une chaire qu'il n'avait pas même soufflé mot à aucun de ses proches du départ de Reinhold et il s'était grandement réjoui d'apprendre, de l’un des plus intimes amis du maître, Baggesen, qui était aussi le sien, le remplacement de Reinhold par le professeur adjoint Niethammer. La première rumeur que son nom avait été prononcé lui vint, dans le courant de décembre, du pasteur Bischoff, un autre de ses condisciples; rumeur d’ailleurs si vague que Fichte, toujours fermement convaincu de la nomination de Niethammer, crut alors à un faux bruit et n’y prêta nulle attention. C’est seulement le 5 janvier 1794 qu'il reçut un mot du professeur Hufeland pour le sonder préalablement, au cas où il serait désigné. I ne savait donc absolument pas que son nom avait été mis en avant et il tenait à ce qu’on ne l’ignorât point en même temps qu'il remerciait d'autant plus chaudement ceux qui avaient songé à lui. Il se refusait, personnellement, à se servir d'aucune influence ni en cette affaire, ni en aucune autre et il considérait d’ailleurs que ce serait une

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