‹ Fichte et son tempsChapitre 220 sur 232 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Théorie de la Science (et non plus une science ou une philosophie de simple fantaisie)!. | Ta

La dernière lettre est du 2 avril. Fichte s'excuse de n’avoir pu adresser encore le manuscrit de son Programme inaugural (Einladungschrift) à Bertuch, l’éditeur; il demande un délai d’une quinzaine pour l’achever. Il comptait consacrer la semaine de Pâques (Pâques tombait, cette année-là, le 20 avril) à le mettre au point. Son retard avait pour cause les leçons qu’il faisait actuellement à Zurich, mais ces leçons n'étaient pas inutiles à son futur enseignement d’Iéna. Elles lui valaient un succès dont l’écho retentissait à travers toute la Suisse et elles attireraient peut-être, à léna, plus d’un enfant gâté qui, autrement, n’y serait jamais venu. Et puis n’était-il pas bon qu’un peu de vapeurs d'encens s'élevât pour vous suivre du lieu qu’on venait de quitter!

Dans un post-scriptum, répondant à une lettre qu'il avait reçue entre temps de Bôttiger, il le priait de donner à Voigt le titre de ses cours.

Cours fermés : 1) Philosophie théorique ; 2) Philosophie pratique géné- rale. Générale parce que, dans son système, la philosophie pratique était quelque chose de tout à fait différent de ce qu’elle était jusqu'alors.

Cours public : deux heures. Morale pour les savants ?.

Ces quatre lettres à Bôttiger, qui fut, on s’en souvient, l'intermédiaire chargé par Voigt et Hufeland de sonder Fichte sur ses intentions et sur son programme quand il était question de sa nomination à Léna, confirment ou complètent les renseignements que nous possédions sur les débuts de la carrière de Fichte. Elles jettent une lumière nouvelle sur les tractations et sur les manœuvres qui précédèrent sa: nomination. Nous savions déjà que Gœthe avait été l’instigateur de la proposition qui n'avait pas été sans soulever quelque émotion et sans provoquer quelques résistances. Nous voyons ici Fichte mettre toute son énergie à se défendre d’avoir brigué cette chaire et usé de ses amitiés pour triompher des obstacles. Nous reconnaissons là un trait de son caractère ; il tenait à ce qu’un honneur qu'il n’avait pas sollicité ne fût entaché d’aucune intrigue et à ce qu’on le sût; il ne voulait rien devoir qu'à lui-même ; il y tenait d'autant plus qu’il ne pouvait ignorer les bruits répandus sur son compte et que la meilleure arme, pour déjouer les machinations de ses adversaires, était encore l’évidence de son intégrité.

Nous voyons de plus se confirmer que la grande préoccupation de Fichte est alors la mise au point de son système et que l'originalité de ‘ce système lui apparaît, dès la première heure, comme consistant dans l'évidence mathématique qu’il apportait à la philosophie. La prétention de Fichte est de donner à la philosophie la forme et la certitude de la science par excellence, c’est l’idée même de la Théorie de la science. Fichte la croit neuve tout en demeurant fidèle à l’esprit de la Critique de Kant.

« Dépasser l'esprit du Kantisme, la recherche n’a plus de champ pour cela, écrit-il, dans sa lettre du 2 avril. Je suis entièrement convaincu

Page 1