‹ Fichte et son tempsChapitre 223 sur 232 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Enfin il est un nouveau témoignage de l’action morale exercée par l’enseignement de Fichte, de son souci de réformer les mœurs des étudiants — en faisant appel à leur conscience... et à leur confiance. Il est aussi une justification de cet enseignement.

P. 349 et suiv. — De sa retraite momentanée à Osmannstädt, à la suite des violences auxquelles il avait été en butte de la part de certain Ordre d'étudiants qu'il s'était efforcé de dissoudre, Fichte avait, on se le rappelle, envoyé à Schiller, pour ses Heures (Horen), son manuscrit sur L'Esprit et la Lettre en. philosophie (Ueber Geist und Burchstabe in der Philosophie). Ce manuscrit avait été expédié, le 21 juin 1795, avec une lettre d'envoi qu’on trouve dans la correspondance de Fichte !; les inédits publiés, en 1918, par le D' Hans Schulz nous révèlent une lettre du 22 juin qui annonce à Schiller l'envoi de la conclusion du premier article dont le début était parti la veille, conclusion qui, dit Fichte, ne peut être décemment séparée du reste.

Mais cette lettre présente un autre intérêt. Elle nous montre l'intimité des relations de Fichte et de Schiller. |

Fichte demande, en effet, à Schiller, ou plutôt à sa femme, d'envoyer, avec la quittance qu'il joignait à sa lettre, un commissionnaire chez le receveur pour toucher 50 thaler qu’on lui expédiera. Il s'adresse à Schiller comme au seul homme auquel il puisse se confier pour ce service, ne sachant quand il pourra se rendre à Iéna et n’ayant aucune envie de laisser dormir cet argent si longtemps qu’on puisse croire qu’il en fait cadeau au gouvernement ?. |

Après le refus de Schiller de publier dans les Heures cet article sur L’Espril et la Lettre en philosophie, où, non sans raison, le poète voyait une polémique contre ses propres Lettres sur l'éducation esthétique de l'humanité (Briefe ueber die æsthetische Erziehung des Menschen), Fichte, il est vrai, en conçoit quelque humeur et, dans une lettre du 21 juin, il écrit à Schiller « qu’il ne pouvait songer, sans une confusion profonde, à cette familiarité de l’avoir chargé d’une mission économique, qu’il s’en excusait et que pareille chose ne lui arriverait plus »°; cependant c’est encore à Schiller qu'il s'adresse pour prendre soin de ses intérêts quand, exilé, à court de ressources, il cherchait à vendre la maison qu'il avait à Iéna, attestant par là qu'il ne restait plus rien, dans son esprit, du léger nuage qui avait, un instant, assombri leurs relations. En dépit de leurs divergences d'opinion, l'intimité du poète et du philosophe resta donc entière. ,

Page 1