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PREMIERS TRAVAUX. | a
où il s'était montré entièrement sous son vrai jour !. Mais le résultat, ce fut que, tout en témoignant à Fichte sa bienveillance, tout en rendant hommage à sa valeur, l’inspecteur général ne l'avait pas trouvé assez orthodoxe pour occuper une chaire pastorale; il l'avait simplement engagé à se destiner à l’enseignement où son indépendance d’esprit n’aurait pas les mêmes inconvénients ?.
Au milieu de tant de déboires Fichte cependant ne se décourageait pas. Ce n'étaient certes point les idées qui lui manquaïent pour écrire; mais, à cause de ses besoins qui étaient actuels et pressants, il était obligé d’en réserver l'expression pour l'avenir ?. Il conservait toujours une bonne dose de confiance en son bonheur et en ses forces; sans doute l'expérience des deux dernières années en particulier avait à ce point accru cette assurance qu'il ne tenait maintenant rien de ce qu'il voulait fermement pour impossible et que, si Dieu toutefois lui conservait cette confiance et sa bonne santé, solidement établie, lui semblait-l, il ne redoutait rien *; mais la pénurie de ses ressources — il n'avait Jusqu'ici qu’un seul élève et encore n’était-1l pas bien d'accord avec lui — l’obligeait à envisager sérieusement l'éventualité de quitter Leipzig et même l'Allemagne pour aller, à l'étranger, chercher fortune ÿ. Là, que ce fût en Espagne ou en Russie, il attendrait de son esprit d'initiative et du destin le succès de ses plans. Une seule pensée l’arrêtait, la peine que cet éloignement nouveau causerait à Jeanne; mais, il le lui avait dit un jour, à Zurich, sa robuste santé pouvait s’accommoder de n'importe quel climat, et les lettres, pour venir de plus loin, n’en arrivaient pas moins sûrement et n’en causaient pas moins de plaisir 6, Quant à lui quelque chose adoucissait l’amertume de ses regrets; Jeanne, par une touchante pensée, venait justement de lui envoyer un portrait d'elle; en regardant cette image qu'il avait sans cesse devant les yeux, sur sa table de travail, il lui semblait que sa fiancée l’accom-
1. Il s’agit très probablement des Aphorismes sur la Religion et le Déisme dont il sera question tout à l’heure.
2. Fichte’s Leben, I, 1, 3. Lettre du 1° août 1790, p. 76-77.
3. Fichte, Nachlass, n° 122, Packet XVIII. Lettre à un ami du 20 mai 1790. « In die Bibliothek, und warscheinlich in’s deutsche Museum werde ich arbeiten, u. Ideen zur Schriftstellerei auf eigner Hand habe ich auch. Aber das ist zukünftig, die Bedürfnisse sind gegenwärtig. » :
4. Fichte, Nachlass, n° 122, Packet, XVIII. Lettre à un ami du 20 mai 1790.
« Sie wissen, dass ich immer eine gute Portion Vertrauen auf mein Glück und meine Kräfte hatte. Durch Erfahrung, besonders der zwei lezten Jahre, ist dies Vertrauen zu einer solchen Stärke gelangt, dass ich nun nichts mehr für unmôüglich halte, was ich fest will. Gott erhalte mir dies Vertrauen und meine Gesundheit, die sehr fest scheint, und ich zittere vor nichts. »