‹ Fichte et son tempsChapitre 28 sur 232 · Fichte’s Leben, I, 1 , 3. Lettre sans date, p · texte numérisé non relu

Fichte’s Leben, I, 1 , 3. Lettre sans date, p

2. Ibid. Lettre du 1% août, p. 75-76, et lettre du 5 septembre, p. 80.

Se Ibid,, p: 81;

4. Weinhold, Achtundvierzig Briefe von J. G. Fichte und seinen Verwandten., 5. Lettre du 5 mars 1791, p. 20.

Fichte venait soudain de trouver la voie du salut après avoir traversé la crise la plus douloureuse.

Élevé à l’école de cette théologie leibnitzio-wolfienne, qui professait un déterminisme universel fondé sur le principe de raison suffisante et sur la prescience divine, et dont les conclusions, obtenues sans doute par des voies différentes, ramenaient pourtant tout près du spinozisme qu’elle prétendait combattre, Fichte, on s’en souvient, avait vite aperçu les contradictions et la pauvreté de cette doctrine; esprit trop critique et trop sincère pour s’y tenir, il avait alors suivi les enseignements de Lessing, cette fois nettement inspirés de Spinoza. [Il s'agissait d'expliquer les dogmes du. Christianisme à la lumière de la raison, de voir dans ce que la religion a d'irrationnel une forme de connaissance confuse appropriée à des intelligences qui ne se sont pas encore affranchies des sens et de l'imagination, de montrer comment, par un développement nécessaire, cette raison confuse et enveloppée se résout en idées distinctes, comment, du point de vue de l’Absolu, du point de vue de Dieu, les dogmes cependant s’interprètent et se justifient, comment enfin le déterminisme de la raison, l’ordre intelligible et vivant du monde est, au fond, l'essence même de la religion, d’une religion immanente à l'esprit humain.

Ce déisme pur, le mot est de Fichte lui-même, ne s’accordait guère avec l’orthodoxie que les églises sont en droit d'exiger de leurs ministres, et Fichte le sentait bien quand il hésitait tant à devenir pasteur; il venait d’ailleurs d’en faire l'expérience à ses dépens lorsque, pressé par le besoin et convaincu que cette conception ne « contredisait pas au fond la religion chrétienne », qu’elle n° « empêchait ni de respecter le Christianisme sous sa forme traditionnelle, comme la meilleure religion populaire, ni de le recommander avec la plus grande chaleur », il s'était enfin décidé à solliciter une chaire pastorale.

Mais brusquement, vers le milieu de Pere 1790, à la suite d'événements! où, en dépit des résistances de son entendement,

1. Fichte fait une allusion non douteuse à ces événements dans une lettre à sa fiancée du 6 décembre 1790. Il lui écrit :

« D’une manière générale, mes idées sur les choses spirituelles ont depuis autrefois beaucoup changé. Précisément en ce qui concerne ces sortes de choses, j'ai, depuis peu seulement, appris à connaître si bien la faiblesse de mon entendement que je ne puis plus me fier volontiers à lui sur cette matière, qu’il les affirme ou qu'il les nie. J’ai de nouveau, depuis mon séjour à Leipzig, reconnu par expérience des marques étonnantes de la Providence. Notre entendement est tout juste suffisant pour ce que nous avons à faire sur la terre, mais nous n’entrons en communication avec le monde des esprits que par notre conscience. Notre entendement est trop étroit pour donner asile à la divinité, notre cœur seul est une demeure digne d’elle. Le plus sùr moyen de se

Fichte s’est sans doute « tourné avec toute la chaleur d’un désir ardent vers le Dieu reconnu inflexible, comme s’il allait changer son grand plan pour un individu », d'événements où il a cru voir le témoignage « d’une aide visible, de l’exaucement presque incontestable d’une prière! », très probablement après la lecture de la Critique de la Raison pure, faite à l’instigation d'un de ses élèves?, et, comme à l’appel de la liberté entrevue dans les Antinomies, le « candidat en théologie » sent s’ébranler en lui la conviction tranquille de lintelligibilité intégrale des choses.

Voici que tout à coup lui apparaissent les bornes nécessaires de l’'entendement; voici que surgit devant sa conscience le redoutable conflit de l'intelligence et de la foi, de l'esprit et du cœur; voici que s opposent le déisme et la religion. La religion repose sur le besoin de la rédemption, né du sentiment de la faute, inséparable de la croyance en la liberté; elle suppose un Dieu fait à l’image de l'homme, un Dieu pitoyable, c’est maintenant la conviction de Fichte; mais l'intelligence oppose au cœur l’invincible déterminisme des actions humaines, elle affirme l’enchaînement des effets et des causes, elle conçoit la divinité comme le système même de l’universelle nécessité, du fatalisme ; son Dieu est inexorable. Entre la religion et le déisme il y a une antinomie. À cette antinomie pas d'autre issue qu'une limitation du domaine de l’entendement, que l'interdiction pour la raison spéculative de résoudre le problème du supra-sensible; mais est-il possible de laisser un tel problème en suspens? Le problème religieux se pose ainsi à la conscience de Fichte sous une forme dramatique, comme une antinomie entre les exigences de la raison et les aspirations du sentiment.

Elle se pose à un moment où Fichte paraît n'avoir pas encore une connaissance directe de la Critique de la Raison pratique, où, parlant de Kant comme du plus pénétrant défenseur de la liberté, il ignore encore visiblement comment Kant justifie la réalité du concept de la liberté (Fichte suppose que c’est par le sentiment) et, convaincre qu'il y a une vie après la mort est de conduire sa vie présente de manière à pouvoir souhaiter la vie future. Quiconque sent que s’il existe un Dieu il faut que l’indulgence de sa grâce descende sur lui, celui-là ne s’émeut pas des preuves qu’on apporte contre son existence, il n’a pas besoin de preuves pour l’affirmer. Quiconque a fait suffisamment de sacrifices à la vertu pour avoir à attendre une récompense dans une vie future, celui-là n’a pas à se démontrer, pour y croire, l’existence d’une pareille vie; il en fait l'expérience directe ». (Fichte’s Leben, I, 1, 3. Lettre à J. Rahn, du 6 décembre 1790, p. 94-95.)

1. Fichte, S. W. V. Bd. Aphorismen über Religion und Deismus, 17, p. 7.

2. Le hasard avait fait qu’un élève lui ayant demandé des leçons sur la philosophie de Kant, il s'était jeté dans cette philosophie à corps perdu (über Hals und

Kopf) et il s’apercevait, à des signes visibles, que sa tête et son cœur y gagnaient. (Fichte’s Leben, I, 1, 3, lettre du 12 août 1790, p. 80.)

par les postulats de la Raison pratique, restitue un sens au monde du supra-sensible, à l'existence de Dieu, à la vie future !.

De ce drame intime, il nous reste un témoignage, un fragment, écrit au plus tard en juillet 1790?, et précisément sous la forme que Fichte aimait à donner à sa pensée quand un cas de conscience particulièrement délicat se présentait à lui, c'est-à-dire sous la forme d’Aphorismes *, les Aphorismes sur la religion et le déisme*.

B. LES APHORISMES On al trouve : 4° Une définition des SUR LA RELIGION ETLE principes de la religion chrétienne, forme cé nrmt supérieure des religions révélées, comme expression humaine et populaire du sentiment religieux, expression appropriée à des esprits limités ;

2° Un critique de la théologie des Lumières, comme essai infruc-

tueux de rationaliser le Christianisme ;

3° Une exposition des principes de la religion purement naturelle, du pur déisme, comme système de la nécessité universelle ;

4° Une constatation de l'insuffisance de ce point de vue devant les

besoins du cœur.

1. Cest ce qu'attestent et cette crise même et le petit écrit qui en est le témoignage : Les Aphorismes sur la Religion et le Déisme. Dans ces Aphorismes, Fichte désigne expressément Kant comme le pius grand penseur du xvur° siècle et déclare que ses recherches sur l’essence objective de Dieu, sur la liberté, la responsabilité, etc.; l’ont conduit exactement aux conclusions où aboutissaient — sans aucunes lettres — les apôtres du premier siècle (Fichte, S. W. V. Bd. Aphorismen über Religion und Deismus, 13, p. d); il connaît donc la Critique au moment où il écrit ses Aphorismes, mais il ne paraît connaitre que la Critique de la Raison pure; c’est ce qui ressort de la note de l’Aphorisme 15. (So istz. B. dem scharfsinnigsten Vertheidiger der Freiheit, der je war, dem in Kants Antinomien, etc. der Begriff der Fons überhaupt irgendwo anders her (von der Empfindung, ohne Zweifel) gegeben, und er thut in seinem Beweise nichts, als ihn rechtfertigen und erklären : da er im Gegentheil in ungestôrt fortlaufenden Schlüssen aus den ersten Grundsätzen der menschlichen Erkenniniss nie auf einen Begriff von der Art würde gekommen seyn. ({bid., 15, note, p. 6.)

2. La note précédente permet de dater approximativement les Aphorismes. C’est le 12 août, dans une lettre à sa fiancée, que Fichte parle pour la première fois de la philosophie de Kant où il s’est jeté à corps perdu ; moins d’un mois après (le 5 sept.) il annonce la révolution qu’a opérée dans son esprit la lecture de la Critique de la Raison pratique et sa conversion au moralisme kantien. Les Aphorismes ont donc été écrits au moment où Fichte étudiait la Critique de la Raison pure, avant qu'il ait lu la Critique de la Raison pratique, c’est-à-dire probablement vers la fin de juillet 1790; cela est d'autant plus probable que la lettre où Fichte parle à sa fiancée du président du Consistoire de la Saxe auquel il a envoyé un article de théologie (vraisemblablement les Aphorismes) est du 1% août 1790. (Fr. Zimmer, J. G. Fichte’s Religionsphilosophie, etc. Inaugural-Dissertation, Halle, 1877, p. 12-13, note. V. aussi Ernst Ebeling, Darstellung und Beurteilung der religionsphilosophischen Lehren J. G. Fichtes Inaugural-Dissertation, Halle, 1886.)

3. Voir par exemple plus haut l’examen de conscience pendant une nuit d’insomnie ; la même remarque s'applique à l’examen de conscience de 1813 au moment où Fichte demande à être prédicateur laïque des armées.

4. Le titre d’Aphorismes est probablement suggéré à Fichte par les’ cent aphorismes de Lessing sur l'Education du genre humain.

Dans les Aphorismes Fichte se demande quels sont les principes qui constituent le « canon » de la religion chrétienne; il remarque qu'elle ne considère Dieu que dans son rapport possible avec l'homme. En ce qui concerne son existence objective les recherches sont coupées.

Mais une chose le frappe, le besoin universel de l’homme de trouver dans son Dieu certains attributs que les premières démarches de la spéculation lui dénient forcément. La spéculation lui fait voir Dieu comme un être immuable, incapable de passion; son cœur exige un Dieu qui se laisse fléchir, qui éprouve la pitié et l'amitié. La spéculation lui montre Dieu comme un être sans contact avec Jui ou avec un être fini quelconque; son cœur veut un Dieu au sein duquel il puisse s’épancher, avec lequel il puisse entrer en communication réciproque.

Ce besoin du cœur appelle un anthropomorphisme qui va en s'épurant à mesure que les religions se spiritualisent; cependant à cet anthropomorphisme la religion chrétienne substitue une conception plus haute et plus universelle, la Médiation. Jésus est posé comme le Dieu des hommes, comme l’intermédiaire qui ouvre au croyant le chemin de la grâce; 1l reçoit tous les attributs par lesquels la divinité peut entrer en rapport avec les hommes, en particulier ces qualités que le cœur de l’homme cherche dans son Dieu sans que son entendement puisse les trouver en lui, compassion, émotion. En ce qui concerne la manière dont cette tendre humanité coexiste chez lui avec ses attributs divins supérieurs, encore une fois les recherches sont coupées.

Ces premiers principes de la religion se fondent plutôt sur des sentiments que sur des convictions réfléchies, sur le besoin de s'unir à Dieu, sur la misère de notre péché. La religion chrétienne paraît donc faite plus pour le cœur que pour l’entendement:; elle ne veut point s'imposer par des démonstrations ; elle veut être découverte par le sentiment; elle apparaît comme une religion d’âmes bonnes et simples : « Les forts n’ont pas besoin du médecin, mais les malades »; « je suis venu pour appeler au repentr les pécheurs » et autres sentences analogues. De là l'obscurité qui l'enveloppe et devait l’envelopper.

Fichte termine cette exposition des principes de la religion chrétienne par un aphorisme dont l'importance n'échappera pas au lecteur et qu'il convient de citer dans son texte intégral :

« Il est remarquable que, dans le premier siècle, les Apôtres illettrés arrêtent leurs recherches juste au point où le plus grand

penseur du xvin® siècle, Kant, assurément sans prendre garde à celte coïncidence, pose la limite : à la recherche de l'existence objective de Dieu, aux recherches sur la liberté, la responsabilité, la faute, la punition. »

Mais si l’on ne se contente pas des besoins du cœur, si, désireux de satisfaire son entendement, on prétend dépasser ces limites, sans autre préoccupation que le souci de la vérité, sans vouloir par exemple « accommoder autant que possible la spéculation au verdict de la religion » et supposer déjà le but qu’on veut atteindre, comme l'ont fait certains théologiens de son temps auxquels Fichte reproche de n'avoir pas « travaillé d'une manière très honnête », on arrive à la constitution d’un système déiste.

Ce système affirme l’Être éternel dont l'existence et les modes sont nécessaires: il considère le monde comme émanant de la pensée éternelle et nécessaire de cet être; il suppose le déterminisme universel, il explique le péché par la limitation inhérente aux êtres finis, il en fait une nécessité de leur nature.

Un pareil système ne contredit-il pas la religion chrétienne? Nullement, car il n’est pas sur le même plan qu’elle et n'entre jamais en conflit avec elle: il lui laisse toute sa valeur subjective, il respecte en elle la meilleure religion populaire !.

Ainsi paraissait trouvée tout d’abord la conciliation entre le déisme et la religion, entre la science et la foi; il n’y aurait point de conflit, parce qu'il n’y aurait pas de contact. La raison, en s'interdisant l'examen de questions, pour elle insolubles, ferait au sentiment et à l'imagination leur juste part; la religion des humbles et des faibles serait respectée et sauvegardée sans que le penseur ait rien à abdiquer des exigences de sa raison. Et alors le théologien savant, le théologien fataliste (peut-on s'empêcher de songer ici à Fichte?) aurait la conscience en repos; il pourrait recommander chaudement au peuple « une religion à laquelle, au fond, pour sa part, il ne croirait pas ».

Pourtant cette position était-elle aussi solide qu’elle en avait d’abord l'apparence? Ce dualisme de l'intelligence et du cœur était-il une position stable, même pour le pur déiste et le conflit ne finissait-il pas par surgir devant sa conscience sous la forme la plus angoissante? C'est ce que, pour en avoir fait récemment l’expérience, Fichte se demandait en terminant :

« Cependant, il peut y avoir de certains moments où le cœur

1. Fichte, S. W. V. Bd. Aphorismen über Religion und Deismus, aus dem Jahre 1790, p. 1-17.

s'arrache à la spéculation, où il se tourne, avec toute la chaleur d’un désir ardent, vers le Dieu reconnu inflexible, comme s’il allait changer son grand plan pour un individu; où le sentiment d’un secours visible, de l’exaucement presque incontestable d’une prière bouleverse le système tout entier, où s’éveille le pressant désir d’une expiation.

« Comment agir avec un pareil homme? Sur le terrain de la spéculation 1l paraît invulnérable. Avec les preuves de la vérité de la religion chrétienne on n’a pas de prise sur lui, il s'incline devant elle avec autant d'empressement que vous mettez à la lui démontrert; il se retranche derrière l’incompatibilité de cette vérité avec sa propre personne. Les avantages qui en résultent, il peut les voir, il peut les désirer de la manière la plus ardente; mais il lui est impossible de croire. Le seul moyen de salut pour lui serait de s’interdire les spéculations qui dépassent la limite permise. Mais le peut-il, quand il le voudrait? Quand la fausseté de ces spéculations lui serait prouvée de manière convaincante, le peut-il? Le peut-il, quand cette attitude lui est déjà naturelle, quand elle est inséparable de toute la tournure de son esprit ?? »

Ainsi se pose la question tragique qui, présente à la pensée de Fichte, donne à ces Aphorismes un accent si poignant.

Fichte vient de sentir s’ébranler ses convictions d'hier, sa confiance dans ce déisme qui n’entrerait nulle part en conflit avec le Christianisme et lui laisserait, avec toute sa valeur subjective, toute son efficacité de religion populaire. Fichte vient d’éprouver pour sa part ce conflit qu'il croyait impossible entre la raison et le cœur; il s’est senti touché, lui, le savant, lui, le théologien détermi- : niste, de cette grâce divine dont il faisait si volontiers l'apanage réservé aux simples d'esprit. Et cependant l’armature de sa jeune ‘pensée, l'édifice si laborieusement et si solidement édifié de son fatalisme résiste à cette croyance en la liberté dont il a entrevu la lumière. Croire à la liberté? le peut-il, quand il le voudrait? Peut-il s'affranchir de ses habitudes mentales, « de cette attitude qui lui est déjà naturelle et qui est d'ores et déjà inséparable de toute la tournure de son esprit »? Peut-il s'affranchir de cet invincible besoin de poursuivre les spéculations au delà des limites que la foi autorise?

1. Il s’agit sans doute de la démonstration dont Fichte parle dans les Aphorismes 1, 2, 11, 12, et qui suppose l’acceptation de certains principes admis, principes fondés « plus sur des sentiments que sur des convictions réfléchies » et qu’on se refuse à examiner et à dépasser.

2. Fichte, S. W. V. Bd. Aphorismen über Religion und Deismus, p. 7-8.

86 ps LA JEUNESSE DE FICHTE.

A cette heure de crise, Fichte, continuant

l'étude des œuvres de Kant, se plonge dans la Critique de la Raison pratique, et cette lecture décide de son avenir d'homme, de son avenir de penseur. Soudain la lumière se fait dans son esprit. En fixant à l'intelligence ses bornes, en limitant le champ de la nécessité au monde phénoménal, en montrant dans l'existence même du devoir l'attestation du pouvoir pratique de la Raison, l'efficacité, dans le monde sensible, de l’action du supra-sensible, d’un mot, en découvrant dans la conscience morale la causalité de la liberté, Kant a donné la solution du conflit de la science et de la croyance.

Cette fois la grâce, la grâce kantienne, sinon divine, est efficace; elle opère la conversion de Fichte, et, à cette révolution qui se fait en lui et qui le transforme, Fichte reconnaît l’action réelle de la liberté. Désormais le monde du supra-sensible, ce lieu de la religion interdit aux recherches de l’entendement, ouvre sa voie royale aux aspirations de notre cœur; il est justifié comme l’exigence même de la Raison pratique, comme le postulat du Devoir. C’est l’entendement, enfin et pour toujours, mis d'accord avec le sentiment, c’est la vraie religion du Christ rationnellement fondée, c'est le salut, c'est . l’apaisement et c’est la félicité. Toute la correspondance de Fichte à cette heure en témoigne.

« D'une manière générale, écrit-il à Jeanne, ces projets dont mon esprit est plein m'ont donné le repos et je remercie la Providence de m'avoir mis, un peu avant l'heure où je devais voir s’écrouler toutes mes espérances, en mesure de supporter mon sort avec tranquillité et avec joie. Une occasion, due en apparence à un simple hasard, a fait que je me suis donné tout entier à l'étude de la philosophie de Kant, une philosophie qui enrène l'imagination, laquelle, chez mot, a toujours été très forte, qui donne à l’entendement la prépondérance sur elle, et qui élève d'une manière inconcevable l'esprit tout entier au-dessus des choses terrestres. J'ai embrassé une Morale plus noble, et, au lieu de m'occuper des choses extérieures, je m occupe davantage de moi-même; cela m'a donné un repos que je mai encore jamais connu; au milieu d'une situation matérielle chancelante j'ai vécu mes jours les plus heureux. Je consacrerai à celte philosophie quelques années de ma vie, et tout ce que j'écrirai, au moins pour plusieurs années, roulera sur elle. Elle est difficile au delà de ce qu’on peut dire et elle a besoin d’être rendue plus facile.

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