XII AVANT-PROPOS
rilaire et nationaliste, contre l’humanitarisme libertaire de la Révolution française. Il leur emprunte l'idée — suivant la coutume de sa polémique — mais pour combaltre les tendances qu'ils incarnent. La mission du peuple allemand, l « allemanité » dont Fichte prétend faire le ciment de l'unité nationale, c'est une mission démocratique et libératrice, une mission d'humanité : la restauration du « protestantisme politique de la Révolution française ».
Pour justifier son nouvel apostolat, Fichie invoque encore et constamment — ses derniers écrits politiques en font foi — sa fidélité aux principes qui avaient enchanté son jeune âge et déterminé sa vocation. Il prétend que les princes de l'Allemagne, devenus complices de l'impérialisme napoléonien, avaient abdiqué la fonction civilisatrice de l'Allemand: dans sa ferveur de patriote et de démocrate tout à la fois, remontant aux origines el s'appuyant aux vieilles légendes remises en honneur par le siècle, il en appelle de la carence des princes au verdict du peuple allemand lui-même, comme au défenseur-né de la liberté contre le despotisme.
Le verdict à élé rendu et la confiance de Fichte trompée. L'histoire a de singuliers recommencements : l'ivresse de la domination universelle est probablement une maladie des peuples à l'apogée de leur croissance. L'Allemagne n'a pas échappé à la contamination, et Fichte, en inculquant au peuple allemand l'orgueil de sa mission divine, a sans doute favorisé ce « diabolisme » qu'il avait si rudement stigmatisé chez Napoléon. On pourrail, mutatis mutandis, appliquer à l'Allemagne, de 1914 à 1918, presque tout ce que dénonce Fichte, de 1806 à 1813, en visant la France impériale.
Le peuple que Fichte croyait né pour affranchir le monde lui a infligé un sanglant désaveu. Il a réalisé scientifiquement la plus satanique des machineries qu'ait jamais enfantées le cerveau humain
pour assurer l'esclavage des peuples et la conquête de l'univers.
k AVANT-PROPOS. XIII
Et ce sont encore les Français qui, comme au souvenir et à l'appel de leurs ancêtres de la Révolution, se sont trouvés les porteurs du flambeau sacré : sans pédanterie, ils se sont spontanément levés d'un seul élan pour repousser l'agresseur de leur patrie et, devant l'univers oppressé, ils ont, une fois de plus, symbolisé la liberté en péril, la liberté triomphante; ils ont, une fois de plus, été, par leur victoire, les annonciateurs d'une ère nouvelle : en 1789 ils avaient donné leur vie pour la conquête des Droits de l'homme et du citoyen; en 1914 ils ont versé le
meilleur de leur sang pour la défense du Droit des peuples.