‹ Fichte et son tempsChapitre 42 sur 232 · Fichte’s Leben, I, 1, 5 ,p · texte numérisé non relu

Fichte’s Leben, I, 1, 5 ,p

devait le présenter à ce libraire’. La surprise de Fichte fut grande. Personnellement il n’était pas content de son travail: il en trouvait le premier jet très superficiel et il était décidé à refondre entièrement son essai?, ayant trop d'amour-propre pour publier quelque chose qui ne lui donnât pas pleine satisfaction. Il fit part à Kant de ses scrupules; pour toute réponse Kant lui affirma que le manuscrit était bien comme il était. Fichte n’en revenait pas. « Est-ce vrai! se demandait-il. Pourtant c'est Kant qui le dit. » Et, tout à la joie d’une pareille approbation, il en oublia un moment ses embarras. Mais, quelques jours plus tard, n'ayant pu trouver, en l'absence de Hartung, d'éditeur à son manuscrit, un aveu trahit ses angoisses :. « Aujourd'hui, écrit-1l dans son journal du 13 septembre, je voulais travailler et Je ne fais rien. Le découragement me prend. Comment cela finira-t-il? Qu'adviendra-t-il de moi dans huit jours! j'aurai dépensé tout mon argent. »

Cela finit moins mal que Fichte ne pouvait le craindre. Une fois encore, à l'heure où tout semblait perdu, une offre inattendue le sauva. Sur la recommandation de Kant, le prédicateur de la Cour, Schulze, venait de trouver à Fichte, et à de fort brillantes conditions. une place de précepteur dans les environs de Dantzig, chez le colonel du régiment royal de Prusse, comte de Krockow. Fichte accepta, malgré ses répugnances pour une fonction dont il avait par deux fois connu les amertumes . Il accepta d'autant plus vite qu’un événement inopiné lui donnait des raisons particulières de vouloir quitter sur-le-champ Kônigsberg. Kant l’avait introduit dans une famille où il pouvait s'entretenir de philosophie avec un homme distingué; malheureusement la femme de son hôte s'était éprise de lui, et sa passion paraissait si ardente que Fichte, engagé envers Jeanne Rahn. et d'ailleurs hostile, par principe, à toute inclination susceptible de troubler le bonheur d'un ménage, tenait à précipiter son départs.

Avant de quitter Kônigsberg, en octobre, Fichte prononça un

Page 1