Fichte’s Leben, I, 1, 5, p
paraissait pas tout à fait injustifiée et qu'il lui conseillait vivement de modifier les points visés par la censure. La lettre, encore inédite, datée de Künigsberg, le 18 janvier 1792, vaut d’être reproduite.
Après avoir félicité Fichte de ce qu’il avait enfin trouvé chez le comte de Krockow, avec une position sortable, une famille où il se plaisait, Schulz ajoutait : |
« Il en va malheureusement moins bien pour votre carrière d'écrivain qui, comme vous le verrez par la feuille ci-jointe.., se. trouve atteinte dès votre premier pas. Vous pouvez facilement vous représenter les sentiments qui nous ont tous étreints à cette nouvelle. Cependant la chose perd au moins de son étrangeté puisque l’on peut presque dire d'avance que la censure ne vous a pas compris. Vous savez, mon cher, que je vous avais manifesté mes scrupules à l'égard de certains points dont je prévoyais qu'ils ne seraïent que trop facilement mal interprétés; et, au fait, j'ai toujours regretté la hâte un peu trop grande que la situation d’alors vous a forcé de déployer. Le sujet est de si haute et de si exceptionnelle importance qu'aucun autre ne peut, à cet égard, lui être comparé; en conséquence il exige non seulement, sous tous les aspects possibles, l'examen le plus attentif, mais encore les soins les plus minutieux pour prévoir tous les malentendus, autant que faire se peut. Si donc jamais le manuscrit vous est encore retourné, il n’y aurait certes pas de mal à faire une petite revision de certains points trop choquants. Excusez-moi, mon ami, de vous dire ma pensée si franchement, en toute amitié. Vous savez combien vous m'êtes cher, en quelle estime et en quelle affection je vous tiens, de quel cœur je fais des vœux pour votre complète satisfaction et pour votre bien; cela m'enlève toute crainte d'être mal compris de vous. Combien je me réjouirais si seulement ce petit désagrément qu'il vous a fallu subir comme auteur devait prochainement se résoudre à votre entière satisfaction t. »
1. Fichte, Nachlass., 122, Packet XVIII. « Nur Ihre schrifstellerische Laufbahn wird Thnen leider! wie Sie aus beikommendem Blatte vom HI. Ef. sehen werden, gleich: beym ersten Schritte erschwert. Sie kônnen sich leicht vorstellen, was wir bey dieser Nachricht alle empfunden. Indessen verliert sich wenigstens das Befremdende, da einer wohl beynahe voraussagen kann dass Censor Sie nicht verstanden hat! Sie: wissen, mein Bester! dass ich Ihnen in Ansehung einiger Punkte, von welchen ich voraussehe, dass sie nur zu leicht gemissdeutet werden würden, meine Bedenklichkeit geäussert, und in der That habe ich es immer bedauert, dass es mit dem Werke, nach der damaligen Lage, etwas zu eilig gehen musste. Die Materie ist so äusserst wichtig, dass ihr keine an Wichtigkeit gleich kommt, und verdient daher nicht nur von allen môglichen Seiten mit der grôssten Sorgfalt abgewogen zu werden, sondern auch, dass jeder môglichen Missdeutung, so viel es sich irgend thun lässt, auf sorgfältigste vorgebauet werde. Bekämen Sie also noch je das Manuscript zurück, so dürfte eine kleine Revision einiger zu sehr auffallender
On devine sans peine l'émotion de Fichte. Pour un ouvrage dans lequel il avait conscience de défendre l'esprit même du véritable Christianisme contre les « demi-philosophes », il se voyait, comme le lui écrivait Schulz, arrêté dès le premier pas dans sa carrière d'écrivain, et cela précisément au nom des édits qu'il croyait si bien destinés à sauvegarder les enseignements du Christ et qui lui semblaient inspirés par la voix du Seigneur; il était condamné par les ordres de ceux dont il avait vanté la haute sagesse et qu'il avait voulu défendre contre les attaques des par- tisans des Lumières.
Frappé dans ce qu’il avait de plus cher, dans l’œuvre qui devait lui assurer le titre tant désiré de savant, Fichte eut un mouvement d'indignation et de révolte; il avait écrit un ouvrage de philosophie, il avait été critiqué — et sur quel ton — par un théologien: il se demandait « de quel droit la faculté de théologie se mêlait de censurer une question traitée de cette manière! ». Il réclamait une revision du jugement, il réclamait d’autres censeurs; peine perdue; Fichte devait remanier son manuscrit ou renoncer à le voir publier ?. Il avait dit ce qu’en toute conscience il croyait être la vérité; lui demandait-on par hasard de parler contre sa conscience et d'affirmer la vérité de ce qu’il considérait comme une erreur manifeste? Pour qui donc le prenait-on? Le manuscrit paraitrait tel quel ou il ne paraîtrait pas’. Une seule chose serait acceptable à ses yeux; s’il s'était trompé sur les points en litige, qu’on le lui démontrât et il reconnaîtrait sans hésitation son erreur, mais il avait eu beau y réfléchir, jusqu'à présent il n’avait pas trouvé de raisons qui pussent légitimement lui permettre de modifier ses conclusions *. Tout ce qu’actuellement Fichte pouvait consentir à faire c'était de prendre Kant lui-même pour arbitres. Il lui écrivit donc pour lui demander en deux mots si et par quelle voie on pouvait sur ces points chercher d’autres résultats ou si ces résultats étaient les seuls auxquels devait nécessairement, inévitablement
Punkte wohl nicht, schaden. Verzeihen Sie, mein Theuerster! dass ich Ihnen meine Gedanken so ganz freundschaftlich und offenherzlich sage. Sie wissen wie werth Sie mir sind, wie sehr ich sie schäze, und liebe, und wie innig ich Ihnen vollkommenste Zufriedenheit und Wohlthat wünsche. Dies benimmt mir alle Besorgniss, von [hnen missverstanden zu werden. Wie sehr wird es mich erfreuen wenn auch diese kleine Unanehmlichkeit, die Sie als Autor erfahren müssen, sich bald zu Ihrer vôlligen Zufriedenheit entwickeln wird ».
1. Fichte’s Leben, Il, Zweite Abth. I, 2, Fichte an Kant, d. 22. Jan. 1792, p. 146.