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Ibid., I, 1, 5, p

5. Aus den Papieren des Ministers Theodor von Schôn, I, Anlagen B, 3, p. 14 « Ich für meine Person spreche der Preussischen Inquisition unter der Nase Hohn. » Lettre de Fichte du 16 fév. 1792.

Deux lettres postérieures adressées au même Theodor von Schôn confirment le

HEIÉS nouvelle et retentissante interdiction de la censure allait bientôt le pousser à prendre publiquement parti contre ceux qu'il avait eu d’abord l'intention de défendre.

pr oi. En juin 1792, au nom des édits sur la CES POUR LA REVENDZ- religion et sur la censure, l’ëmprimatur fut GATION DE LA LIBERTÉ refusé, dans le Journal mensuel de Berlin, + FC or à la deuxième partie de la Religion dans les limites de la simple Raison. Ainsi Kant, à son tour, était menacé dans sa liberté de penseur. Une pareille persécution à l'égard d’un tel homme, c'en était trop. Atteint déjà personnellement, Fichte maintenant voyait frappé pour la même raison, au nom des mêmes ordonnances, son maître génial, le savant dont la gloire était universelle, le nom unaniment respecté. L'injustice et le péril étaient cette fois flagrants; Fichte, exaspéré, résolut de faire un éclat: il écrivit cette Revendication de la liberté de penser! où il laissait s’exhaler son indignation contre les princes qui l’avaient opprimée jusqu'ici, indignation d'autant plus violente que, trompé par leurs promesses, Fichte s'était d’abord fait leur apologiste.

Cependant, par une tactique habile, il évitait de suspecter leurs intentions et de s’en prendre à eux directement; il préférait rejeter sur leurs conseillers la responsabilité des fautes commises. Afin de leur faire entendre, sans les offenser, tout ce que la vérité l’obligeait à leur dire, il se présentait devant eux non pas en justicier mais en suppliant. Pour triompher de leur résistance, pour obtenir leur adhésion, c'était, à coup sûr, la méthode la plus efficace. Fichte voulait convaincre et vaincre.

changement d’attitude de Fichte. Il y est question de feuilles volantes concernant les Ordonnances, en particulier d’une réfutation des libres pensées, etc. que Fichte traite de « chef-d'œuvre de méchanceté honteuse et de bêtise brute ». (Jbid., 5, ‘p. 18-19, lettre du 21 avril; il y est aussi question du procès fait par « l’inquisition prussienne » au pasteur Schulz auquel Fichte paratt s'intéresser grandement; enfin, à propos de la revision du décret du premier censeur concernant la Critique de toute révélation, Fichte ajoute que le second censeur court des risques, car les résultats de son ouvrage ne sont certes pas très faciles à accorder avec le système de WX*** (Wüôlliner). (Ibid., 6, p. 21-23, lettre du 21 mai 1792.) Ce n’est plus là le ton d’un apologiste des décrets.

1. L'ouvrage parut au début de 1793 et fut écrit encore à Dantzig, chez le comte de Krockow, à la fin de 1792. V. Noack, J. G. Fichte nach seinem Leben, Lehren und Wirken. Erster Buch, 7, p. 152-153. Une lettre à Theodor von Schôn du 30 sept. 1792 permet de préciser cette date. Fichte écrit, en effet, à son ami « qu’il travaille à quelque chose de moins spéculatif (que la refonte de sa Critique de toute révélation pour une nouvelle édition), à des Discours sur l’amour de la vérité où il dit à son temps en général et en particulier aux rois quelques paroles utiles et nécessaires ». (Aus den Papieren des Ministers. Theodor von Schôn, I. Anlagen B. 8, p. 34, lettre du 30 sept. 1792.) Et ces Discours, on le verra plus loin (p. 139, note 1), furent la première ébauche de la Revendication.

En s'adressant aux princes, Fichte déclarait ne faire que suivre une des coutumes caractéristiques du temps; mais, tandis que d'ordinaire on leur prodiguait surtout la satire et le blâme, Fichte. confiant dans leur bonne volonté et dans leur amour de la saine

popularité, leur adressait une supplique, soucieux de se les concilier

tous, ou du moins presque tous, puisqu'il existait certain État où, il ne l’ignorait pas, on combattait précisément les principes qu'il cherchait à établir. Il désirait ainsi fournir à chaque gouvernement l’occasion favorable de prouver la pureté de ses intentions, sa volonté aussi de favoriser les lumières en autorisant précisément l'impression et la vente publique du présent appel, en le distribuant à ses prétres*.

Pour dissiper, dès le début, toute équivoque, 1l posait nettement la question contre les partisans de la raison d'État qui prétendent assurer le bonheur et la paix du peuple aux dépens de ses droits les plus imprescriptibles. Il défendait la liberté de penser avec la passion d’un homme qui se sent menacé dans son bien le plus cher.

« Livrez tout, à peuples, s’écriait-il dans sa préface, oui, tout, sauf la liberté de penser. Continuez de donner vos fils pour se couper la gorge en de sauvages combats avec des hommes qui ne les ont Jamais offensés ou pour être dévorés par les épidémies... Continuez d’arracher de la bouche de votre enfant affamé votre dernier morceau de pain pour le donner au chien du favori; donnez, oui, donnez tout; mais conservez seulement ce céleste palladium de l'humanité, ce gage qui vous promet un autre sort que celui de souffrir, de tout supporter, d’être écrasés à jamais.

« Criez, criez sur tous les tons aux oreilles de vos princes, jusqu’à ce qu'ils entendent, que vous ne vous laisserez pas enlever la liberté de penser et prouvez-leur par votre conduite la réalité de cette affirmation.

« Et surtout, vous tous qui en avez la force, déclarez la guerre la plus implacable à ce premier préjugé d’où dérivent tous nos maux, à cette source de toute notre misère, à cette maxime enfin que la destination du prince est de veiller à notre bonheur.

« Non, Prince, tu n’es pas notre Dieu. De Lui nous attendons le bonheur; de toi, la protection de nos droits. Tu ne dois pas être bon envers nous; tu dois être justeÿ. »

1. Fichte, S. W. VI. Bd., Zurückforderung der Denkfreiheit, Vorrede.

2. Ibid., p. 4. Pour les citations la traduction Barni nous a servi de base.

3. Ibid. p. 79. « Comme disait à Don Carlos le bourreau de l’Inquisition dans une occupation de ce genre. Admirable rencontre de gens pourtant de divers métiers. »

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Entrant après cet exorde, on pourrait dire cette exhortation, dans le vif de son sujet, Fichte se posait la question suivante

Le souverain, quel qu’il soit, a-t-il le droit de supprimer ou de restreindre la liberté de penser? Le temps n’est plus où, comme le voudraient quelques mercenaires du despotisme, on pouvait invoquer, pour le justifier, le droit d’héritage et de transmission. On n'hérite pas des hommes comme d’un troupeau; l’homme n’appartent à personne, 1l s’appartient à lui-même et il faut qu'il s’appartienne. En son sein il porte une étincelle divine, la conscience, qui l'élève au-dessus de l'animal et fait de lui le citoyen d'un monde dont le premier membre est Dieu. Et cela même lui crée des droits

imprescriptibles !.

S'1l en est ainsi, le Souverain, dans le monde moderne, ne peut

plus être, comme l'exige la Raison, et comme le déclare Fichte, après Spinoza et Rousseau, que le dépositaire de la volonté générale

et le garant du pacte social ?.

Toute la question se ramène donc à celle de savoir si la Société,

1. Fichte, S. W. VI. Bd. Zurückforderung der Denkfreiheit. Rede, p. 11.

2. Rousseau définit le Souverain : la personne publique qui se forme par l’union de toutes les autres dès que « chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale, et reçoit encore chaque membre comme partie indivisible du tout », c’est-à-dire dès que le pacte social est conclu, car cette formule en est la définition même. Contrat social, I, vi.

Et il ajoute : « À l'instant, au lieu de la personne particulière de chaque contractant, cet acte d’association produit un corps moral et collectif, composé d'autant de membres que l’assemblée à de voix; lequel reçoit de ce même acte son unité; son moi commun, Sa vie et sa volonté. » Contrat social, I, vi.

Rousseau dit encore : « Afin donc que le pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme tacitement cet engagement, qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps (c’est-à-dire par le Souverain). » Contrat social, I, vu. La Souveraineté n'étant d’ailleurs que l’exercice de la volonté générale (IL, 1).

Voir aussi le chapitre xvi du Traité epoque de Spinoza sur le fondement de l’État, le droit naturel et civil de chacun et le droit du Souverain où se trouve expliquée la nécessité pour l’homme de constituer et de maintenir inviolable un pacte social et de créer, en face du droit naturel et pour le garantir, un droit nouveau, le droit civil, par le transfert à la Société de la totalité des droits naturels.

« Hæc itaque ratione sine ulla Naturalis Juris repugnantia societas formari potest, pactumque omne summa cum fide semper servari; si nimirum unusquisque omnem, quam habet, potentiam in societatem transferat; quæ adeo summum Naturæ jus in omnia, hoc est summum imperium, sola retinebit, cui unusquisque, vel ex libero animo vel metu summi supplicii, parere tenebitur. Talis vero societatis jus Democratia vocatur, quæ proinde definitur cœtus universus hominum, qui collegialiter summum jus ad omnia, quæ potest, habet. Ex quo sequitur, summam potestatem nulla lege teneri, sed omnes ad omnia ei parere debere : hoc enim tacite vel expresse pacisci debuerent omnes, cum omnem suam potentiam se defendendi, hoc est omne suum jus, in eam transtulerunt?.. . Nam in eo nemo jus suum eut ita in alterum transfert, ut nulla sibi imposterum consultatio fit, sed in majorem totius Societatis partem, cujus ille unam facit. Atque hac ratione omnes manent, ut antea in statu naturali, æquales. » (Spinoza. Tractatus theolagicopoliticus, chap. xvt, p. 556-558. Ed. van Vloten, t. I.)

dans le contrat qui l’institue, a le droit de supprimer ou de restreindre la liberté de penser. Fichte distingue, avec Spinoza et Rousseau encore, entre les droits inaliénables, ceux dont l’homme ne peut se dépouiller sans cesser d’être un homme, et ceux qui sont susceptibles d'une restriction ou même d’un abandon en compensation de certains avantages, les droits aliénables, il fonde, sous l'inspiration de Rousseau sans doute, mais de Rousseau vu maintenant à travers le Kantisme, le critère de cette inaliénabilité sur la Raison, principe de la liberté morale qui fait toute la dignité de l’homme et dont l’abdication serait sa propre dégradation. et il établit que la liberté de penser appartient à la catégorie des droits inaliénables. Elle est, en effet, la condition et, comme Fichte dira plus tard, le véhicule de la moralité; elle est de plus la condition de tout progrès et de toute science : elle doit donc être absolue. Or elle comporte la faculté de se manifester par la parole, par les écrits. Cependant la manifestation de la liberté de penser soulève une autre question, celle de la communication de la pensée. Cette communication n’est pas une exigence de la loi morale, c'est une simple permission. Donne-t-elle lieu à un droit? On ne peut invoquer contre ce droit le fait qu'il lèse autrui dans sa propriété ou dans la jouissance de ses convictions actuelles, de ses illusions, dans le bonheur que ces convictions ou ces illusions lui assurent; il n'a qu'à refuser de m'entendre. « S'il m'écoute et s’il est troublé, c'est sa faute, non la mienne. Le rapport qui existe ici entre les personnes est le rapport de donner à prendre. Ai-je ou non le droit de partager mon pain, de laisser se chauffer à ma flamme, s'éclairer à ma lumière? Qui ne veut pas de mon pain n'a qu'à ne pas étendre sa main pour le prendre; qui ne veut pas de ma chaleur n'a qu'à s'écarter de mon feu. Je n’ai évidemment pas le droit de l'obliger à accepter mes dons. Il ne peut être question, pour justifier la renonciation au droit de communiquer sa pensée, d’une atteinte au droit d'autrui. Il y a plus, toute restriction à ce droit, si la soctété

1. Fichte, S. W. VI. Bd. Zurückforderung, p. 12. Rousseau avait écrit : « Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme et c’est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté. » (Contrat Social, I, 1v.)

Et Spinoza, au chap. xvir du Traité théologico-politique :

« Ostendilur, neminem omnia in Summam Potestatem transferre posse, nec esse necesse.

« Nam nemo unquam suam potentiam, et consequenter neque suum jus, ita in alium transferre poterit, ut homo esse desinat; nec talis ulla summa potestas unquam dabitur, quæ omnia, ita ut vult, exequi possit.…..

« Quare concedendum, unumquemque multa sibi sui juris reservare quæ propterea a nullius decreto, sed a suo solo pendent. » Op. cit., chap. xvn, p. 964.

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pouvait l’admettre, serait en même temps une atteinte au droit d'autrui, car, en vertu du rapport qu'il implique, le droit de donner ne peut être aboli sans que le soit aussi le droit de recevoir; or, ce droit de recevoir ou de prendre ce qui nous est utile fait partie intégrante de notre personnalité, spécialement le droit de prendre ce qui peut servir à la culture de notre esprit et de notre moralité. Et c'est justement une des sources les plus riches de notre culture que cette communication d'esprit à esprit. Nous ne pouvons renoncer à ce droit sans renoncer à notre spiritualité, à notre liberté, à notre personnalité, nous n'avons donc pas la permission d'y renoncer, et les autres, par suite, n'ont pas la permission d’abdiquer leur droit de nous laisser puiser à leur propre source, à leur droit de communiquer la vérité!. »

N'objectez pas, pour restreindre ce droit, que, si on peut permettre de répandre la vérité, il est impossible de permettre de donner du poison, — le poison de l'esprit —, de communiquer l'erreur.

Que signifient ces mots de vérité et d'erreur? Qui peut se vanter de posséder la vérité et oser décréter d'erreur la vérité des autres? D'ailleurs qui ne sait l’absolue impossibilité de communiquer la vérité s’il n’est pas aussi permis de répandre l'erreur ??

Le fameux décret parle d'empêcher la propagation de vieilles erreurs, d'erreurs depuis longtemps réfutées. Réfutées? Pour qui? déclarait Fichte, en s'adressant aux « sages sophistes du despotisme ». « Si ces réfutations nous éclairaient, nous suffisaient, croyezvous donc que nous les affirmerions encore, que nous préférerions l'erreur à la rectitude, la folie à la sagesse, que nous choisirions l'erreur pour l'erreur?

« Vous affirmez que ces erreurs sont depuis longtemps réfutées. Réfutées? Par qui? Par vous? Voulez-vous au moins nous dire à la suite de quelles considérations sérieuses, poursuivies pendant combien de nuits blanches vous avez trouvé ce que tant d'hommes, exempts de vos soucis de domination, et qui ont consacré tout leur temps à ces recherches n'ont pu découvrir encore, à moins que vous ne l’ayez trouvé sans réflexion et sans études, par le seul secours de votre divin génie. Mais non, nous comprenons bien, nous savons très bien quelle est votre pensée. Vous ne parlez pas du tout de ce que nous appelons vérité et erreur, c’est le cadet de vos soucis. Est yrai, pour vous, Ce que vous voulez qui soit vrai; faux, ce que vous voulez qui soit faux. Pourquoi vous le voulez, ce n’est pas notre question, ni

1. Fichte, S. W. VI. Bd. Zurückforderung, p. 13-17. — 2. Ibid. p. 17-18.

la vôtre; votre volonté, tel est le seul critère de la vérité. De même que notre or et notre argent n’ont de valeur qu'avec votre estampille, de même voulez-vous qu'il en soit ainsi de nos concepts". »

A ce compte la vérité changerait à chaque nouveau règne; elle changerait même plusieurs fois pendant un seul règne qui durerait un peu longtemps ?.

Le fond du débat revient, en somme, à faire l’État juge de la vérité. En vertu de quel droit, de quel contrat? Y a-t-il un droit, y a-t-il un contrat qui puisse permettre à la société de fixer des croyances ou d'imposer des convictions? Ce ne sont point choses qui tombent dans la sphère du monde externe et soient susceptibles de limitation. Mais supposons même un pareil contrat physiquement possible, supposons des principes intangibles assez précis, assez déterminés pour qu'on puisse prouver sans conteste à tel ou tel qu'il les a violés dans ses paroles et qu’à ce titre, sa parole tombant dans le monde extérieur, il est punissable, ce contrat serait contraire à la moralité, car il violerait un des droits inaliénables de la Raison humaine, celui de chercher librement, sans limites, la vérité. Un pareil contrat ravalerait l’homme au niveau de la brute *. L'État n’a donc le droit d’alléguer en faveur de cette restriction ni les dangers de l'erreur, ni la nécessité de la paix et du bonheur publics. L'erreur est la rançon inévitable de la liberté, en dehors de laquelle il n’y a ni vérité, ni moralité; et que valent la paix et le bonheur au prix du droit et de la justice?

« La hardiesse de ces conclusions vous effraie, vous, les amis, vous, les serviteurs des vieilles ténèbres, déclarait Fichte. Les gens de votre espèce sont faciles à effrayer; il faut, à dater de ce jour, vous habituer peu à peu à contempler la vérité sans voile *. »

Pour conclure, Fichte s’adressait aux Princes et s’écriait :

« Et maintenant, Ô Princes, permettez-moi de me tourner de nouveau vers vous. Vous nous prophétisez qu’une misère sans nom résultera de la liberté illimitée de penser. C’est uniquement pour notre bien que vous vous emparez de cette liberté, que vous la prenez, vous, que vous nous l’enlevez à nous comme on ôte à des enfants un Jouet dangereux. Vous nous faites peindre par des gazetiers à votre solde, sous des couleurs de feu, les désordres où périssent des esprits divisés et échauffés. Vous nous montrez un peuple doux tombé dans une fureur de cannibales, altéré de sang et non plus de larmes, courant avec avidité à des exécutions comme à des spectacles, promenant en

1. Fichte, $S. W. VI. Bd. Zurückforderung, p. 20-21. — 2. Ibid., p. 22. — 3. Ibid., p. 22-24. — 4. Ibid., p. 24-25.

triomphe avec des chants de fête, exposant en public les membres déchirés, et encore dégouttants et fumants de ses concitoyens : ses enfants, enfin, jouant avec des têtes sanglantes en guise de toupies. Nous ne voulons pas, nous, vous rappeler les fêtes plus sanglantes encore que le despotisme et le fanatisme, ces deux alliés naturels, ont données à ce même peuple; nous ne voulons pas vous rappeler que ces désordres ne sont pas les fruits de la liberté de penser, mais les conséquences du long esclavage qui avait précédemment pesé sur les esprits. Nous ne vous dirons pas que nulle part la paix n’est plus profonde que dans le tombeau. Nous voulons tout vous concéder dès que vous aurez répondu seulement à une question respectueuse : O vous qui, votre bouche même nous l’apprend, avez à veiller, comme des dieux tutélaires et bienfaisants, sur le bonheur des nations, vous qui, vous nous en avez assez souvent donné l’assurance, faites de ce bonheur le but suprême de vos tendres soins, pourquoi, sous votre haute égide, les inondations ravagent-elles encore nos champs et les ouragans nos plantations? Pourquoi les flammes jaillissent-elles encore de la terre et nous dévorent-elles, nous et nos maisons? Pourquoi la guerre et les épidémies emportent-elles des milliers de nos enfants chéris? Commandez d’abord à l'ouragan de se taire, vous commanderez ensuite à la tempête de nos opinions déchaînées. Faites d’abord tomber la pluie sur nos champs desséchés et donnez-nous le soleil bienfaisant quand nous vous en supplions; vous nous donnerez ensuite la vérité qui nous rend heureux. Vous vous taisez, vous ne le pouvez donc pas... Il est bon, princes, que vous ne vouliez pas être nos fléaux, il n’est pas bon que vous vouliez être nos dieux. Pourquoi ne pas vous décider enfin à descendre jusqu'à nous, à être les premiers entre vos égaux? Le rôle de Providence ne vous réussit pas, vous le savez bien!. Vous avez été grossièrement induits en erreur; nous n’attendons pas le bonheur de vos mains, nous savons bien que vous êtes des hommes; nous attendons la protection et la restitution de nos droits que vous nous avez enlevés seulement par erreur.

«Je pourrais vous prouver que la liberté de penser, la liberté de penser sans obstacles, sans limites, est seule le fondement des États et la garantie de leur bien; je pourrais vous le démontrer de la manière la plus évidente par des raisons irréfutables; je pourrais vous lé montrer par l’histoire; je pourrais encore vous indiquer de grands et de petits pays qui continuent de fleurir grâce à elle, où qui, grâce à elle, sont devenus florissants sous vos yeux; mais Je ne

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