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« On ne paraissait pas sentir, dit-il, tout ce qu'il y aurait d'abord à
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perdre pour arriver à un bénéfice très problématique. Je voyais ici
adorer comme des dieux les bustes de La Fayette et de Mirabeau, l'un pour ses vertus chevaleresques et civiques, l’autre pour sa pénétration d'esprit et sa puissance oratoire. Rarement l’opinion des Allemands a pareillement oscillé. Il y en a qui, étant allés en personne à Paris !, pour entendre parler et pour voir agir les hommes importants, avaient été excités à Les imiter, à la manière allemande malheureusement. Et cela juste à l’époque où le souci à l'égard de la rive gauche du Rhin se changeait en peur?. »
En présence d'un pareil mouvement, si profond et si général, quand son maître, l’impassible Kant lui-même, pressé de connaître
les nouvelles de France, changeait, dit-on, pour la première fois de
sa vie, aux yeux étonnés des habitants de Kôünigsberg, l'itinéraire jusqu'alors invariable de sa promenade quotidienne, on peuts’étonner que Fichte à « l'esprit bouillonnant », Fichte qui, dans la nuit d'insomnie du 24 juillet 1788, avait, touchant l'état politique et social de son temps, jeté sur le papier les réflexions que l’on sait ?, Fichte, épris de liberté et de justice, impatient de travailler au progrès de l'humanité, ne se soit pas associé, dès 1789, de toute l’ardeur de ses convictions, à ces prodigieux événements et n'ait point participé à cet entraînement qui confondait dans le même enthousiasme toutes les classes de la société et tous les âges.
Manifestée par le triomphe de la bourgeoisie libérale et l'application des idées de cette. « philosophie des Lumières » dont Fichte détestait le plat rationalisme et l'espèce d'athéisme, dont, après Lessing, il avait combattu lés tendances en écrivant sa Critique de toute révélation, contre laquelle il avait même eu un moment la velléité de défendre les édits rendus en 1788 par le roi de Prusse, la première explosion de la Révolution semble bien ne pas l'avoir beaucoup séduit. Il est, en tout cas, remarquable que Fichte ait attendu, pour prendre parti et pour affirmer publiquement ses opinions, l'heure même où la Révolution devient populaire, démocratique, jacobine.. et sanglante, l'heure où l'inspiration de Rousseau deviendra prédominante, l'heure où la plupart de ceux qui l'avaient
1. C’est ainsi que Guillaume de Humboldt était parti pour Paris, dès juillet 1789, avec Campe et Wendeborne « pour être témoin de l’émouvante victoire de l’humanité sur la domination de la force ». Philippson, op. cit., IL, 1, p. 13.
2. Gœthe, S. W. 33. Bd. Jubiläums Ausgabe, Stuttgart und Berlin, Kampagne in Frankreich, Pempelfort, Nov. 1792, p. 159.
3. Voir ch. 1, p. 62-65; il est intéressant de noter que Fichte fait allusion au roman révolutionnaire de Salzmann, Carl von Carlsberg, dont nous avons parlé.
accueillie comme une délivrance vont se détourner d’elle avec une sorte d'horreur.
C'est, en effet, en 1793 que Fichte publie ses Contributions destinées à rectifier les jugements du public sur la Révolution française. Et le titre de l'ouvrage est déjà significatif par lui-même. A la date où Fichte, en philosophe qui ne séparait pas la pensée de l’action, se fait le défenseur de la Révolution et s'efforce de justifier ses principes, cette justification n'était pas inutile, elle n'était même pas sans quelques risques.
Avant Fichte des juristes et des historiens surtout avaient déjà écrit en Allemagne des ouvrages sur la Révolution dont Fichte d’ailleurs avait pris connaissance.
Un des meilleurs juristes de la Prusse, F. Klein, conseiller à la Cour et membre de l’Académie de Berlin, avait, en 1790, publié sous le titre de Liberté et Propriété (Freiheit und Eigenthum) un livre où il défendait, au point de vue du droit et de la philosophie, les décrets du 4 août de l’Assemblée Nationale sur la suppression des privilèges de la noblesse et des droits seigneuriaux".
La même année, Brandès, le condisciple de Stein à la Georgia Augusta, faisait paraître ses Considérations politiques sur la Révolution française (Politische Betrachtungen über die franzôsische Revolution), où il déclarait qu'un changement de Constitution était devenu nécessaire en France et que la Révolution devait fatalement se produire après cette double faute de la royauté, la convocation des États généraux, et le renvoi de Necker, le seul homme capable d'opérer une réforme pacifique. |
« Une révolution parut nécessaire, écrivait-il, parce que tout était mis en question, parce que chacun devait croire que les libres décisions de l’Assemblée Nationale couraient le danger le plus pressant. Il paraissait, avec beaucoup de vraisemblance, que tout était perdu pour la France, que les pires entreprises du peuple ne pouvaient faire autant de mal que ce qu'il y avait à attendre de la Cour. L'immixtion du peuple était malheureusement devenue nécessaire à ce moment pour sauver la liberté de l’Assemblée Nationale?. »
Et, en 1790 toujours, paraissait l'Histoire de la Grande Révolution en France (Geschichte der grossen Revolution in Frankreich), de Friedrich Schulz’. L'année suivante, Guillaume de Humboldt adressait à un ami ses /dées sur la Constitution de l'Élat à l'occa-