‹ Fichte et son tempsChapitre 66 sur 232 · Philippson, op. cit., II, 1, p · texte numérisé non relu

Philippson, op. cit., II, 1, p

2. Biedermann, op. cit., II. Theil, Dritte Abth., Elfter Abschn., p. 1215-1216. 3. Geiger, op. cit., Il, 1, 1, p: "44.

sion de la nouvelle Constitution française (Ideen über Staatsverfassung, durch die neue franzüsische Constitution veranlasst).

Tout en doutant qu'on pût fonder sur des principes purement rationnels une Constitution durable, Guillaume de Humboldt reconnaissait l'influence salutaire de la Révolution francaise sur le développement de l'humanité‘. Et, outre bien d’autres qu'on pourrait encore citer?, ces Justifications de la Révolution, sous la plume d'écrivains comme Brandès, comme G. de Humboldt, étaient d'autant plus significatives que, conservateurs, ils déploraient, au fond, une révolution qu'ils avaient d’ailleurs reconnue inévitable,

Mais, à l'heure même où se multipliaient les apologies de la Révolution française, des voix s’élevaient pour protester contre elle. Et, parmi ces voix, il en est une dont le retentissement fut tel qu’elle faillit étouffer le bruit des autres, la voix de l'Anglais Burke.

C'est à la fin de 1790 que parurent les Réflexions sur la Révolution de France (Reflexions on the french Revolution). L'ouvrage avait visiblement l'allure d’un pamphlet.

Apologie, contre la Révolution, de la tradition de la continuité historique, condition essentielle de la vie collective des peuples.

Opposition du naturalisme politique et social (application à læ conduite de l'État de la méthode de la nature, de l’évolution) à l'idéalisme abstrait, à la métaphysique de la Révolution française, à l'idéologie des philosophes français du xvim° siècle.

Tout le grand mouvement démocratique libérateur qui avait abouti à la suppression des privilèges de la noblesse et du clergé, toute la grande transformation de la propriété rabaissée à une

vulgaire spéculation de la finance juive et de l’agiotage, soutenus inconsciemment par les Encyclopédistes, par les «hommes de lettres politiques », ennemis du Christianisme; à « une guerre entre les vieux intérêts de la noblesse et les nouveaux intérêts de l'argent ».

La défense de la propriété, de la grande propriété héréditaire, le mépris affiché pour l'égalité des droits, pour les revendications des intérêts de la masse.

1. À. Leitzmann, Humboldt’s gesammelte Schriften. Berlin, B. Behrs Verlag, 1903. 1785-1795, 3 (p. 17-84). Ideen über Staatsverfassung durch die neue franzôsische Constitution veranlasst. Aus einem Brief an einen Freund von August 1791, p. 84.

2. Girtanner, p. ex. les Nouvelles historiques et les considérations politiques sur la Révolution française (Historische Nachrichten und politische Betrachtungen über die franzôsische Revolution), ou Politique et Législation, en réponse à cette question : comment prévenir le mieux possible les révolutions violentes et, quand elles éclatent, comment les guérir le plus sûrement, de Tieftrunk (Ueber Staatskunst und Gesetzgebung. Zur Beantwortung der Frage : wie kann man gewaltsamen Revolutionen am besten vorbeugen oder sie, wenn sie da sind, am sichersten heilen?), DOS tous deux en 1791, voir Geiger, op. cit., Il, 1, 1, p. 44.

LR:

Et, à travers tout le livre, un souffle de colère et de dérision, l'invective, la parodie’, la caricature, tous les moyens propres à semer la haine et à jeter le discrédit sur l’œuvre de la Révolution.

Qu'un pareil ouvrage ait, dès son apparition et en Angleterre même, soulevé de véhémentes protestations et donné lieu à d'innombrables polémiques, on le devine et 1l suffira de rappeler 1c1 les noms de Mackintosh et de Pain, les plus illustres adversaires de Burke*. Mais, en dépit des réfutations et des réponses, le livre de Burke accomplissait son œuvre : il avait donné le signal et l'exemple de la réaction; il fut accueilli par tous ceux que lésait ou qu'effrayait la Révolution comme la justification de leurs sentiments ou de leurs intérêts; dès la fin de 1792 le ton des esprits était à l'unisson de la violence de Burke. Ce n'était point d’ailleurs dans la seule Angleterre que Burke avait agi; son influence s'était vite répandue sur le continent. rs

B. Les rRecHxroges Gest ainsi qu'à l'exemple de Burke le con- SUR LA RÉVOLUTION Sseiller Guillaume Rehberg, secrétaire intime FRANÇAISE DEN ET EC Hateeotie Hanovre, publiait, en 1793, pour l'édification de l'opinion allemande, ses Recherches sur la Révolution française, avec un compte rendu critique des ouvrages les plus remarquables parus en France à ce sujet (Untersuchungen über die franzôüsische Revolution nebst kritischen Nachrichten von den merkwürdigsten Schriften welche darüber in Frankreich erschienen sind); et ce fut justement cet ouvrage qui provoquait Fichte à écrire, en guise de réponse, ses Contributions destinées à rectifier les jugements du public sur la Révolution française; il convient donc de s’y arrêter un peu plus longuement.

Dans ia préface de son livre Rehberg expliquait son dessein : porter un Jugement solide et complet sur le système que les législateurs français avaient suivi. De l’aveu de ses promoteurs, la Révolution, reposant sur des principes purement rationnels (les principes établis

1. C’est Burke qui écrit : « On dit que vingt-quatre millions d'hommes doivent prévaloir sur deux cent mille. Oui, si la constitution d’un royaume est un problème d’arithmétique. »

2. George Forster, qui faisait, en 1791, dans la Revue allemande, le compte rendu de la littérature anglaise, après avoir montré en Mackintosh l'adversaire le plus puissant, l'adversaire victorieux de Burke, celui dont « l’œuvre inattaquable, irréfutable restait debout, honorée de l’approbation unanime de l’Angleterre », citait, parmi les adversaires du livre de Burke, Tatham Towers, Boutfield, Bather, Rostdoung, Pigott, Miss Woolstone-craft, MM. Macaulay, Graham, Hamilton, Capell Lofft, Wolsey, sir Brook Boothby, Dupont et une foule d'écrivains anonymes qui avaient tourné contre

lui leurs armes avec plus ou moins de bonheur, mais toujours avec quelques succès ». Jaurès, Histoire socialiste, p. 742-743.

FICHTE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE. 17e

par les penseurs et les théoriciens politiques du xvrr siècle), ceux-ci appelaient et supportaient l'examen immédiat sans exiger la consécration du temps, un temps qui se mesurerait à plusieurs siècles : et si ces principes étaient démontrés faux, ils n'auraient, du moins, pour être réfutés, pas besoin d’une plus longue expérience!.

Quels étaient donc ces principes? Trois systèmes sont possibles. Dans le premier, la base du droit est la sensibilité : le droit et le devoir sont alors considérés comme de pures illusions, nées de l'habitude, et la société se fonde sur une contrainte toute matérielle: dans le second, c’est l’entendement : la société est ici conçue comme une invention pure et simple de l'intelligence reposant sur des contrats explicites ou tacites; dans le troisième, c'est la raison : la société devient en ce cas l’œuvre d’une nécessité morale. C’est ce dernier système qu'ont adopté les politiques français et qui fut appliqué d'abord au commerce par Turgot, puis par Rousseau à la société civile ?.

Or, si l'on examine les principes de la Révolution, on verra que les nouveaux théoriciens du Contrat social ont reconnu la distinction établie par Rousseau entre la volonté de tous et la volonté générale, et que de cette confusion entre la volonté générale et la souveraineté du peuple est née l'erreur de la Révolution, dont les principes sont la négation sur terre de toute autorité, de toute loi divine et humaine, et dont la formule se résume en deux mots : ni Dieu n1 Roi *. Rehberg s'élevait alors contre la singulière prétention des hommes de la Révolution qui, ayant imaginé une humanité chimérique, une humanité dont les membres seraient de pures Raisons, dénuées de toute passion‘, ont proclamé l'égalité des droits du citoyen qui met tout gouvernement à la merci d’une poignée de mendiants capables d’intimider l’Assemblée Nationale’, la liberté de croyance qui est une utopie pleine de dangers pour l'État f, la liberté de la presse qui corrompt le peuple dans ses moelles et le rend impossible à gouverner’. Il déplore les résultats auxquels ces principes et ces mesures ont abouti, la destruction de tous les senti-

1. A. W. Rehberg, Geheimer Canzleysecretair in Hannover, Untersuchungen über die franzôsische Revolution nebst kritischen Nachrichten von den merkwürdigsten Schriften welche darüber in Frankreich erschienen sind. Hannover und Osnabruck, bey Christian Ritscher, 1795, Vorrede, p. 9-12.

2. Ibid. Erster Abschnitt. Von den hôchsten Principien des Systems welches in Frankreich herrschend geworden ist, p. 1-5.

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