Ibid., p
4. Ibid, Vierter Abschnitt. Von der Zerstorung der alten Stände des Reiches als der nothwendigen Bedingung einer neuen dem Systeme allgemein bürgerlicher *- Gleichheit gemässen Staatsverfassung, p. 177-189.
le paysan au noble fut rompu, du jour où le paysan dut participer à la défense du territoire, les privilèges héréditaires dont elle jouissait n'étaient plus justifiés et Rehberg en reconnaissait l'iniquitét; il n’admettait point cependant la disparition de la noblesse en tant que classe ; il souhaïtait la création d’une nouvelle noblesse, une noblesse du mérite, qui permît au roi d'élever aux plus hautes fonctions des hommes que leur naissance ne désignait pas pour ces charges, sans croire d’ailleurs que les titres ainsi conférés pussent jamais égaler ceux de l’ancienne noblesse qui était la noblesse de droit?.
Mais si, dans une certaine mesure, Rehberg faisait aux critiques adressées à l’Église et à la noblesse leur part, il déclarait expressément qu'en les expropriant de leurs biens sans compensation la Révolution avait commis une véritable spoliation. Elle avait agi au mépris de toute justice et de toute loi, en violation de ces fameux droits de l'homme qu'elle ne cessait d’invoquer, elle avait agi, en ce qui concernait spécialement l'Église, sans souci de la situation faite aux religieux, purs contemplatifs incapables de rentrer d'emblée dans la classe des travailleurs, sans souci des œuvres qu'ils entretenaient, de la volonté des testateurs dont ils avaient hérité, sans souci même du danger que pourrait faire courir à l'État un clergé composé d'un troupeau de moines mendiants disciplinés conformément au système de l'Église romaine.
L'ouvrage de Rehberg arrivait à son heure : l'enthousiasme qu'avait suscité l'annonce de la Révolution dans la société allemande était vite tombé; les événements qui se déroulaient alors en France excitaient l'indignation de ceux qui avaient d’abord chanté les louanges des révolutionnaires. Pour la plupart, à l'exemple de Klopstock, ils confessaient tour à tour ce qu'ils appelaient maintenant « leur erreur ».
Rares étaient ceux qui, devant le flot toujours montant de la réprobation presque universelle, osaient rester fidèles à leur foi première; pour demeurer partisan de la Révolution 1l fallait braver l'opinion.
C.LES CONTRIBUTIONS Quelqu'un eut cependant cette audace et DESTINÉES À RECTIFIER ce courage, quelqu'un entreprit de répondre LES JUGEMENTS PO aux théoriciens de la contre-révolution. Tout BLIC SUR LA RÉVO- LUTION FRANÇAISE DE ému encore des mesures de réaction dont
FICATE. jl avait été lui-même Îla victime et que la peur de la Révolution dictait à certains gouvernements d’Alle-
1. A. W. Rehberg, op. cit., p. 232-239. — 2. Ibid., p. 250-252 et p. 62-65. — 3. Ibid., IV, p. 194-205 et 246.
magne, tout plein des idées de Rousseau qu'il venait de relire, te jeune auteur de la Revendication de la liberté de penser auprès des princes qui l’ont opprimée jusqu'alors saisit l’occasion que lui fournissait le succès du livre de Rehberg pour reprendre la plume et pour défendre devant le monde l’œuvre de la Révolution, tant décriée et honnie depuis le triomphe des jacobins. En la défendant non pas dans l'entraînement de la passion politique, non pas avec un enthousiasme si proche de la haine — l'événement venait de le trop prouver — mais comme philosophe, au nom des principes mêmes de la Raison, Fichte ne faisait d’ailleurs que réaliser, sous une autre forme, le rêve, ancien déjà de plus de quatre ans, de sa nuit sans sommeil du 24 juillet 1788. Il écrivait « le livre qui devaït montrer la perdition totale des gouvernements et des mœurs du temps, en exposer les conséquences nécessaires, établir les fondements d’un gouvernement et de mœurs meilleures avec les moyens d'y parvenir ! ».
Seulement le livre n'était plus un roman imaginaire, c'était l'expression d'un drame vécu, c'était toute la philosophie de la Révolution.
Cependant, chez Fichte, la théorie était inséparable de l’action, le penseur était avant tout un lutteur; et la méthode qu'il emploie pour exposer ses principes — méthode qu'il inaugure ici, mais qui lui deviendra bientôt habituelle et lui inspirera peut-être ses plus éloquents discours ou ses plus belles pages — c’est la polémique. Il présente son ouvrage comme des Contributions destinées à rectifier les jugements du public sur la Révolution française, comme une réfutation vivante et actuelle d’un des plus récents adversaires de la Révolution, de Rehberg, dont, la division même des matières le prouve, il suit le livre pas à pas. Réfutation, au nom de la Raison souveraine, de l’empirisme historique comme règle du jugement dans l'établissement du principe de la Constitution; défense de la théorie du Contrat social comme expression de la souveraineté du peuple, représentant la volonté générale; réfutation des objections faites à l’inaliénabilité et à la souveraineté de la Raison et de la volonté générale prises pour fondement du pacte social; défense, au nom de cette souveraineté, du droit de la Révolution; réfutation de la thèse suivant laquelle les privilèges de la noblesse et du clergé sont des privilèges usurpés; défense, au nom de l'égalité
1. W. Kabitz, Studien zur Entwicklungsgeschichte der Fichteschen W. L., Berlin, Verlag
von Reuther & Reichard, 1902, Beilagen. 6. Zufällige Gedanken in einer schlaflosen Nacht p. 12* et suiv.
naturelle et civile des hommes, de leurs droits à posséder le fruit de leur travail et à s'élever à toutes les fonctions publiques dans la mesure de leur mérite; réfutation de la thèse que les biens du clergé sont des acquisitions légitimes, que l'alliance de l'Église et de l'État est salutaire; défense, au nom de la liberté de penser, des principes du Contrat social, de la politique religieuse de la Révolution.
Réfutation directe et parfois si violente qu’elle soulève la protestation de Gentz ! le jour où il rend compte des « Contributions » de Fichte dans le Journal littéraire universel d'Iéna.
« À personne, écrit-il, on ne reprochera de chercher à expliquer ou à fortifier son raisonnement par la réfutation des thèses de son adversaire, encore moins quand il attaque et condamne, sans égard aux personnes, des systèmes qu'il tient pour dangereux et funestes. Mais, sans y être contraint par les circonstances, sans aucun profit pour la chose même, attaquer délibérément et méchamment un autre savant dans un livre consacré à des recherches philosophiques, l’attaquer avec une fureur que ne pourraient expliquer les passions les plus violentes, avec une sévérité qui n’est guère convenable pour un anonyme, l’attaquer comme l'ennemi personnel le plus mortel cela ne peut, dans le monde où l’on écrit, devenir une maxime universelle ?. »
Les Contributions de Fichte parurent en deux fois, à quelques mois d'intervalle, entre les dernières semaines de son séjour à Dantzig et les débuts de son retour en Suisse. La première brochure, un simple essai, disait l’auteur, s’arrêtait à la moitié du premier livre; elle comprenait l'introduction sur les principes d'après lesquels il faut juger la Révolution et les trois chapitres sur le droit du peuple à changer sa Constitution politique, sur le plan de l'ouvrage et sur la question de savoir si le droit de modifier la Constitution pouvait être aliéné par un contrat de tous avec tous (par le contrat social); et cela correspondait aux premières divisions
1. C. Wittichen, Briefe von und an Gentz, 1910, II, 38. Gentz an Brinckmann, Berlin, den 18. Nov. 1793, p. 42 et note; 46, Undatiert, Friedrichsfelde, Mai 1794, p. 47.
2. Allgemeine Literatur-Zeitung, n° 153, 7 mars 1794, Gentz fait allusion à certains passages comme celui-ci : « Ce n’est, écrivait Fichte, ni un plaisir ni un honneur d'entrer en lice contre un écrivain auquel la nature a refusé le talent d’être ce qu'il voudrait bien être, un éblouissant sophiste, et qui par la pensée et l’expression appartient à la dernière classe des auteurs, à celle qui précède immédiatement les folliculaires; et je n’aurais certainement pas entrepris ce travail ingrat si cet auteur, par son ton tranchant, ne paraissait avoir obtenu d’être classé par quelques lecteurs bénévoles dans la première catégorie des écrivains allemands. » (Fichte, S. W., VI. Bd. Beiträge, Fünftes Kap., p. 220).
du livre de Rehberg. A Ia fin de ce chapitre l’auteur déclarait « déposer la plume pour la reprendre s’il trouvait que son travail n'avait pas été inutile et si le public répondait une fois en fait au reproche qu'on lui adressait si souvent de ne pas être encore mûr pour des recherches de ce genre ».
Le public répondit, et le livre fut achevé par trois nouveaux chapitres, sur les classes privilégiées en général par rapport au droit de révolution, sur la noblesse par rapport au droit de révolution, sur l'Église par rapport au droit de révolution; c'était la réponse aux derniers chapitres du livre de Rehberg.
Les adversaires de la Révolution appartiennent, selon Fichte, à deux catégories de gens, les hommes que caractérisent leur « antipathie pour toute indépendance de la pensée, le sommeil de l'esprit et son impuissance à suivre même une courte série de raisonnements, les préjugés et les contradictions qui se sont répandus sur tous nos fragments d'opinion »; et les hommes que caractérisent « l'effort pour qu'on ne dérange rien à leur douce existence, l’égoïsme paresseux ou insolent, la peur de la vérité ou la puissance de fermer les yeux quand sa lumière vous contrarie ‘ ».
Or « contre le dernier de ces maux, il n’y a sans doute point de remède. Celui qui craint la vérité comme son ennemie, celui-là saura bien se garer d'elle. Elle a beau le suivre dans tous coins et recoins où se cache son horreur de la lumière, il trouvera toujours un nouvel abri dans le tréfonds de son cœur. Quiconque a besoin d’une dot pour épouser la beauté céleste n’est pas généralement digne d'elle, mais contre le premier mal, contre les pré- Jugés et l’inertie de l'esprit, il y a un remède : l'instruction et l’aide d’un ami? »,
Et Fichte voulait être cet ami pour celui qui souffrait de ce mal; c’est la raison, dit-il, pour laquelle il écrivait ces feuilles *; 1l s'agissait, non d'imposer à ses lecteurs ce qu’il croyait être la vérité, mais de solliciter leur réflexion et de faire qu'ils essayassent de s’en convaincre eux-mêmes; car il n’y a de vérité, même dans un Évangile divin, que pour celui qui l’a faite sienne. L'écrivain qui
1. Fichte, S. W., VI. Bd. Beiträge zur Berichtigung der Urtheile des Publicums über die franzôsische Renoltinh. Vorrede, P- 41. Pour les citations la traduction Barni
nous à servi de base.