Ibid., p. 41-42. — 3, Ibid
connaît et aime son devoir a pour but d'amener le lecteur non pas à croire aux opinions qu'il professe, mais seulement à les examiner, et tout son enseignement doit tendre à réveiller l'indépendance de la pensée; autrement, en lui offrant le plus beau de ses dons, il fait à l'humanité un dangereux présent !.
C'est dans cet esprit que Fichte abordait le grand problème de la légitimité de la Révolution. Mais il fallait d’abord résoudre une question préalable : quelle méthode employer? Jusqu'à présent on avait prétendu — et c'était le cas de Rehberg — juger la Révolution soit à l’aide de raisons tirées de l'expérience, par l’histoire, soit à l’aide d'un principe utilitaire, par ses conséquences; et l’on tournait en dérision ceux qui prétendaient la juger à l’aune de la Raison. Or l'histoire se borne à constater les faits présents ou passés; elle ne saurait prescrire sa loi à l'avenir; l'intérêt est aussi particulier et aussi variable que les peuples et les temps. Il faut donc renoncer à chercher dans l'expérience ou dans l’utile le critère de nos jugements de valeur. Seule la Raïson peut fournir une règle objective, seule aussi elle est le sanctuaire de la loi morale, de la loi qui, sans égard à ce qui est ou peut être, commande la réalisation de ce qui doit être. C’est donc son tribunal seul qui décidera de la légitimité de la Révolution ?.
Une pareille décision implique une détermination préalable du Contrat social, de l'Etat. Dans cette détermination Fichte s'inspire ouvertement de Rousseau qu'il vient de relire, de Rousseau dont il a reconnu l'influence sur la Crilique de Kant, de Rousseau en qui aussi 1l aperçoit le principal maître de la Révolution française.
Or Fichte trouve chez Rousseau d’abord l’idée d’un état de nature avec une liberté primitive et inaliénable, l’idée que « renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs », « qu'il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout », qu’ « une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme; et que c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute la liberté à sa volonté ÿ ».
Il y trouve, en second lieu, l’idée que cette liberté, d'essence au fond morale, est à la base de la constitution civile. L'idée du fameux Contrat social de Rousseau, c’est l'idée d’une forme d'association qui exprime et qui assure le respect de la liberté:
1. Fichte S. W., VI. Bd. Beiträge, p. 42-44. — 2. Ibid. Voir ER 47 et suiv., part. 47-61.
3. Rousseau, Contrat social, livre I, chap. 1v. De l’esclavage.
En droit, l'existence de la société ne peut être fondée sur l’aliénation de la liberté, sur l'esclavage :
« Ces mots esclavage et droit sont contradictoires; ils s’excluent mutuellement. Soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours insensé : je fais avec lot une convention toute à ta charge, et toute à mon profit, que j’observerai tant qu'il me plaira el que lu observeras tant qu’il me plaira *.
« Dire qu’un homme se donne gratuitement, c’est dire une chose absurde et inconcevable; un tel acte est illégitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n’est pas dans son bon sens. Dire la même chose de tout un peuple, c’est supposer un peuple de fous; la folie ne fait pas droit. ? » |
L'existence sociale étant reconnue nécessaire à la conservation des individus, il s’agit donc, d’après Rousseau, de « trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même, et reste aussi Libre qu'auparavant * ».
Or c'est précisément cette condition que réalise le contrat social. Il assure l'égalité parfaite des citoyens par « l’aliénation totale de chaque associé avec tous ses droits à la communauté », il exclut par là même toute tentative de domination de l’un sur les autres, tout retour à l'esclavage, il procure la liberté entière, puisque chacun en se donnant à tous ne se donne à personne, « puisque chacun est souverain dans la mesure même où il est sujet », puisque la communauté sociale, « la mise en commun de toute sa personne et de toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale‘ », soustrait précisément l'individu aux caprices des volontés particulières : toutes ces volontés individuelles s'intègrent et se neutralisent dans une volonté en laquelle tous sont un.
En troisième lieu, Fichte trouve dans le Contrat social l’idée que « la souveraineté, n'étant que l'exercice de la volonté générale, ne peut jamais s’aliéner, et que le souverain, qui n'est qu'un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même, le pouvoir pouvant bien se transmettre, mais non pas la volonté * »; que « le souverain, n'ayant d'autre force que la puissance législative, n’agit que
1. Rousseau, Contrat social, livre I, chap. 1v. De l’esclavage. 2. Ibid.