‹ Fichte et son tempsChapitre 77 sur 232 · EUX · texte numérisé non relu

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principe directeur de la méthode pestalozzienne; la vérité de ce prin-

cipe reconnue, il s'agissait pour l’éducateur de conduire l'esprit de

lenfant par une gradation appropriée du concret à l'abstrait, de ce qui est le plus proche de sa vue (externe ou interne) à ce qui en est le plus éloigné, et cela en chaque ordre de connaissance.

- La même idée directrice, l’idée qu'il faut substituer à la passivité, l'activité, inspirait aussi les procédés pratiques, les exercices par lesquels le maître formait des élèves. Il ne s'agissait pas d’inculquer aux enfants une science infuse par des leçons ordonnées, il fallait, avant tout, leur apprendre à apprendre, il fallait les amener à découvrir par eux-mêmes la vérité : et, pour cela, trève aux moyens paresseux, à la récitation et à la lecture machinales ; que chaque élève devienne, par sa propre participation à la recherche, le collaborateur même du maître; que son attention soit constamment tenue en éveil par des questions appropriées; que lui-même ose interroger pour mieux répondre. Alors on verra peu à peu se transformer la classe : Le travail ne sera plus une tâche douloureuse qu'entretient péniblement la peur des châtiments ; il deviendra un attrait et l'élève trouvera son plaisir dans l'effort même. Le jour où cessera cette discipline outrageante qui prétend former les consciences en violentant les corps, pour faire place à une éducation où le seul stimulant sera l'appel aux sentiments les plus hauts et les plus généreux de la conscience, l’appel à la vie spirituelle, l'enfant cessera de contracter des mœurs d’esclave et s’habituera tout à la fois à la sincérité et à la liberté.

Enfin, l’'éducateur soucieux de sa mission comprendra que l'éveil de l'esprit, l'exercice même de son activité sont étroitement liés au bon fonctionnement du corps, et il favorisera la culture rationnelle des facultés physiques; il fera leur part à la gymnastique et à tous les travaux manuels; il se préoccupera d'enseigner un métier à l'enfant.

Mais une pareille éducation ne peut être réalisée ni à l’intérieur de la famille, qui n’est pas en possession des principes, ni au sein des Églises qui poursuivent dans l'éducation qu’elles donnent une tout autre fin; elle exige la constitution d'écoles publiques et la formation d’instituteurs spéciaux.

De la constitution de ces écoles, de la formation de ces instituteurs du peuple, Pestalozzi attend une véritable régénération morale. Il l'attend d'autant plus qu'il ne s’est pas borné à spéculer sur la théorie, mais qu’il a été lui-même un fondateur d'écoles, le premier des instituteurs populaires, et qu'ainsi il a pu juger à l'œuvre l'efficacité de ses principes et de sa méthode.

La profondeur des vues de Pestalozzi, l’ardeur de sa conviction, l'accent de sa parole, le spectacle de l’école où il commençait son æpostolat eurent bientôt fait d’exciter l'enthousiasme de Fichte : son puissant instinct démocratique, sa foi en la liberté et en la Raison, son immense désir de travailler au progrès moral de l'humanité, trouvaient dans l’œuvre du grand éducateur un merveilleux auxihaire.

En promettant à Pestalozzi, au moment de le quitter, d'aider au triomphe des idées qu’il avait si utilement mises en pratique, Fichte ne faisait donc que suivre ses propres inclinations. On verra comment il tint parole et comment, en prêtant plus tard à ces idées l'appui de son autorité et l'éclat de son éloquence, il fit de l'éducation populaire l'instrument qui régénéra l'Allemagne vaincue et démembrée, l'instrument qui véritablement instaura la patrie allemande !.

De retour à Zurich, Fichte et sa femme ROSE la maison du père Rahn, dont ils ne voulaient point se séparer. Fichte y vécut des jours aussi heureux que le lui permettait le milieu peu sympathique des Zurichois ?, jouissant maintenant d’une pleine indépendance, uni à une femme tendrement aimée, entretenant avec son beau-père, toujours jeune d'esprit malgré son grand âge et toujours ouvert aux nouveautés politiques ou philosophiques, le commerce le plus agréable. Lui-même était alors dans toute la force de la Jeunesse; le succès de ses premiers ouvrages avait été pour son zèle un singulier stimulant, et, dans l'ardeur de sa pensée sans cesse bouillonnante, libre de tout souci, il était prêt pour l’accomplissement de ses grands desseins : l'heure de l'invention allait sonner pour son génie.

Du jour où Fichte s'était jeté dans l'étude de la philosophie de Kant, il s'était promis d'en populariser les principes. Il était encore sous le coup de sa conversion quand, à Leipzig, il en prenait l’engagement devant sa fiancée. |

« Mon projet, lui affirmaitl, dans une lettre du 5 septembre 1790, est de ne faire rien d'autre que de rendre ces principes populaires

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