‹ Fichte et son tempsChapitre 8 sur 232 · CHAPITRE I LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I LA JEUNESSE

« Vous ne parlez que de vos foires, vous ne parlez pas de conscience et de liberté. »

Cette apostrophe, qu'on croirait sortie de la uche d'un philosophe, est la réponse de Gustave-Adolphe aux doléances des bourgeois de Leipzig que son épée avait affranchis.

Ayant traversé en triomphateur, par un froid glacial, la Poméranie, la marche de Brandebourg, la Saxe, il venait deremporter, en 1631, sur Tilly la victoire de Leipzig.

Ce fut sans doute au cours d'un des engagements préliminaires de cette bataille que, dans les environs du village de Rammenau, entre Dresde et Bautzen, sur le chemin de Bischofswerda à Elstra et à Camenz, était tombé, grièvement atteint, un vaguemestre de cette armée puritaine, portant ce nom de Fichte qui devait, cent cinquante ans plus tard, symboliser la libre pensée et la défense de la patrie allemande. Le soir, les habitants du village, protestants eux aussi, et qui avaient souffert de la domination catholique, recherchèrent les blessés de l’armée libératrice; l’un d'eux, connu pour sa piété — il avait, au péril de sa vie, caché dans sa maison des coreligionnaires persécutés — recueillit le vaguemestre Fichte; il le soigna si bien qu'il finit par l’arracher à la mort. Remis de ses blessures, après de longues souffrances, Fichte reconnaissant épousa la fille de son sauveur. Le vieillard avait perdu ses fils dans la guerre religieuse; Fichte devint son unique héritier et fut la tige d'une nombreuse famille qui rapidement se dispersa. Un seul de ses descendants était demeuré au village, possesseur du champ et de la maison des ancêtres, et, de son état, bonnetier; il fut l’aïeul du

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