Ibid
9. Beyträge.., Il. Ueber das Bedürfniss, die Môglichkeit und die Eigenschañften eines allgemeingeltenden ersten Grundsatzes der Philosophie, p. 94.
De la découverte de ce principe unique et premier, de ce principe irréductible à d’autres et auquelse rattachent tous les autres, dépend la forme même de la science, son unité systématique. Pour qu'il y ait système, système clos, 1l faut que l’ensemble des propositions qui constituent la forme de la science puisse se déduire d’un premier principe. L'existence d’une pluralité de principes compromettrait irrémédiablement l'unité de la connaissance; il y aurait alors des systèmes partiels, des sciences particulières, isolées, sans contact entre elles; 1l n’y aurait pas un système général de la science, comme l'exige au fond la Raison.
L'idée d'un tel système comme forme essentielle de la connaissance philosophique n'avait sans doute rien de nouveau, mais jusqu'’alors aucun essai pour le réaliser n'avait réussi. Or précisément ce système basé sur ce principe, cette théorie du fondement de l’ensemble de la philosophie théorique et pratique, Reinhold prétendait l’apporter sous le nom de Philosophie élémentaire ou de Philosophia prima?, croyant ainsi accomplir la Révolution dont il avait parlé, sachant d’ailleurs que sa tentative se heurterait, comme toute tentative de ce genre, aux « misérables déclamations des philosophies populaires et à leurs ridicules plaisanteries ? ». Mais ce principe sûr, premier, universellement valable, qui rendait possible la constitution de la philosophie comme science, quel était-il donc? D'abord un fait puisqu'il ne devait avoir besoin d'aucun raisonnement pour être reconnu vrai et qu'une proposition de cette nature ne peut être que l'expression d’un fait.
Ce fait devait en outre apparaître comme évident à la simple réflexion pour tous les hommes, dans tous les temps et dans toutes les occasions où il leur est donné d'y réfléchir. Il ne pouvait donc consister n1 dans une expérience quelconque du sens externe qui se rapporte toujours à des circonstances individuelles, ni dans une expérience du sens interne, toujours individuelle aussi et impossible à communiquer à tous.
Ce fait qui se produit forcément en nous, qui, devant apparaître évident universellement, ne peut être lié ni à une expérience déterminée, n1 à un certain raisonnement, qui par conséquent doit accompagner forcément toutes les expériences possibles et toutes les pensées dont nous pouvons avoir conscience, ce fait ne peut être précisément autre chose que le fait méme de la conscience et la proposition qui l’exprime exprime nécessairement cette conscience dans la mesure où elle est représentable.
1. K. L. Reinhold, Beyträge..., II, p. 117-119. — 2. Ibid., p. 138. — 3. Ibid., p. 120.
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Fr ea
On peut le formuler ainsi :
La représentation est dans la conscience à la fois distincte du représenté et du représentant et en relation avec eux’. La conscience enveloppant la représentation dans son rapport:et dans sa différence avec l'objet et le sujet, voilà donc pour Reinhold le principe premier, le fondement de la philosophie à la fois théorique et pratique, de la philosophie dans son ensemble. La philosophie théorique repose sur la possibilité de l’expérience dont le principe est au fond la conscience empirique ; la philosophie pratique repose sur la loi morale dont le principe est au fond la conscience morale. Conscience empirique, conscience morale, deux manières d'être de la conscience, seule et unique origine. La séparation, la rupture établie par Kant entre la connaissance et l’action s’efface: l'unité foncière des deux domaines de la philosophie est définitivement proclamée.
Le premier principe une fois découvert, il s'agira pour Reinhold de montrer comment en sortent les éléments de toute la philosophie théorique et de toute la philosophie pratique. Il ne saurait être ici question de suivre le fil de la longue et laborieuse déduction qui constitue l'édifice de la Philosophie élémentaire; il suffira pour l'objet que nous poursuivons de montrer rapidement suivant quelle méthode et dans quel esprit la Philosophie élémentaire tente de compléter l'œuvre de la Critique. La méthode résulte de la détermination même
du principe. C'est une méthode à forme dialectique, tout à fait diffé-
rente de la méthode critique, si prudente et si circonspecte. Reinhold, on l’a vu, prétend faire sortir d’un principe un l’ensemble de la philosophie ; il s'efforce donc de montrer comment la proposition de la conscience avec la simplicité qu'elle enveloppe, avec tout à la fois la distinction qu’elle implique et les relations qu'elle établit entre la représentation, le sujet et l’objet, engendre, par l'analyse de ces conditions internes, tous les éléments de la connaissance et de l’action. En ce qui concerne la connaissance, cette analyse fournit l'opposition fondamentale de la matière et de la forme, du donné et du construit, de la réceptivité et de la spontanéité, de la diversité et de l’unité?; la différence enfin entre la conscience claire (conscience de la représentation pure et simple), la conscience distincte (conscience
1. K. L. Reinhold, Beyträge.., Erôrterung meines Begriffes vom allgemeingeltenden Grundsatze der Philosophie, p. 143-144. |
2. K. L. Reinhold, Versuch einer neuen Theorie des menschlichen Vorstellungsvermôgens.+Prag und Iena, bey Widtmann und J. M. Mauke, 1789. Zweites Buch, Theorie des Vorstellungsvermôügens überhaupt, $ XIII, p, 220 et suiv., 8$ XV, XVI,
p. 230-244, $$ XVIII, XIX, XX, XXI, XXII, XXII, XXIV, XXV, XXXI, XXVCI, p. 255-296.
de la représentation dans son rapport au sujet, conscience de soi) et la connaissance proprement dite (conscience de la représentation dans son rapport à l'objet)‘. Une fois la faculté de la représentation déterminée, Reinhold en tire par analyse la proposition que l'objet représenté est distinct à la fois de la représentation pure et simple et du sujet qui se représente ?. Cette proposition enveloppe, et une nouvelle analyse en peut tirer tous les éléments de la connaissance, la sensation, la matière de la connaissance, d’une part, puis l'espace et le temps, les intuitions sensibles *; puis les fonctions de l’entendement, la forme de la connaissance avec ses catégories dont Reinhold tente une déduction et une unification#; enfin la raison avec son exigence d'unité inconditionnée, avec ses /dées, Idée du sujet absolu, répondant à la forme du catégorique; Idée de la causalité absolue, répondant à la forme de l’hypothétique; Idée de la communauté absolue, répondant à la forme disjonctive*.
Or l'Idée de la causalité absolue, rapportée à la causalité de la Raison, conduit à déterminer dans la représentation le sujet comme cause libre, libre comparativement quand la Raïson est occupée à penser et que la faculté de désirer est déterminée empiriquement, libre absolument quand la Raison s'applique à la faculté de désirer pour la déterminer a priorif. Ainsi s'opère pour la Philosophie élémentaire le passage de la théorié à la pratique. Le passage opéré, l'analyse découvrira dans la faculté de désirer la faculté même du réel, qui fait sortir la représentation de la sphère du simple possible où elle se trouvait enfermée dans la connaissance’; la théorie de la connaissance se complète ainsi par une théorie des penchants, le penchant exprimant la synthèse du pouvoir et de la force qui fait passer le pouvoir à l'acte.
Or les deux penchants fondamentaux sont les deux penchants qui réalisent la double condition de la représentation, sa matière et sa forme ; le penchant à la matière c’est le penchant à être affecté, à recevoir des impressions, c'est le penchant sensible qui est aussi le penchant égoïste et qui poursuit comme fin le plaisir; le penchant à la forme, c'est le penchant à la spontanéité, le penchant à l’action, le penchant intellectuel qui est aussi le penchant désintéressé; c’est le
1. K. L. Reinhold, Versuch.…., Drittes Buch, Theorie des Erkenntnissvermôgens überhaupt, 8$ XXXVIII, XXXIX, XL, p. 321-331.
.Ibid., $ XLIL, p. 340-345.
. Ibid., Theorie der Sinnlichkeit, $ XVI à $ LXVI, p. 351 à 422.
. Ibid., Theorie des Verstandes, 8 LXVII à 8 LXXVI, p. 422-498.
. Ibid., Theorie der Vernunft, $ LXXVII à $ LXXXII, p. 498-526. ®
. Ibid., $ LXXXVI, p. 558-539.
- Ibid.. Grundlinien der Theorie des Begehrungsvermôgens, p. 560.