Il était du prof. Gottlieb Ernst Schulze
2. Aenesidemus oder über die Fundamente der von dem Herrn Prof. Reinhold zu Iena gelieferten Elementar-Philosophie nebst einer Vertheidigung des Skepticismus gegen die Anmassungen der Vernunftkritik, 1792. Erster Brief, p. 4-10 et Zweiter Brief, p. 16-22.
3. Ibid., Zweiïter Brief, p. 31-35. — 4. Ibid., Fünfter Brief, p. 399.
susceptible de perfectionnement et se faisait fort d'établir qu'elle n'avait pas triomphé, comme elle le prétendait, du scepticisme de Hume‘.
Énésidème soutenait que la Critique, en cherchant dans les déterminations originelles de l’âme humaine la source de la réalité des jugements synthétiques nécessaires, et forcée par là même de penser le pouvoir de la représentation comme le principe de ces jugements, était en même temps tenue de faire de cette âme le fondement réel de ces jugements; dès lors elle supposait comme indiscutablement certaine l'existence objective d’un fondement réel, d’une cause véritablement distincte de tout ce qui parvient à notre connaissance, et par suite la validité du principe de causalité non simplement pour les représentations et leurs liaisons subjectves, mais pour les Choses en soi et leurs relations objectives; elle admettait enfin la possibilité de conclure de la manière d’être d'une chose dans notre représentation à la manière d'être objective de cette chose hors de nous. Par conséquent la Critique voulant réfuter le scepticisme de Hume supposait la certitude des propositions mêmes contre lesquelles Hume avait dirigé son doute*?.
Puisque la Critique part de l'âme pour déduire la nécessité des jugements synthétiques a priori, tout revient donc à la question de savoir si l'âme est la source de la nécessité dans notre connaissance. Or l’âme peut être ou un noumène (Chose en soi), ou une 1dée transcendantale*. | :
Dans le premier cas il y aurait causalité de l'âme, comme réalité absolue, à l'égard des jugements synthétiques, considérés comme . ses effets: mais cette déduction serait en contradiction avec tout l'esprit de la Critique qui n’admet d'application de la causalité que dans le monde de l'expérience. Et ce recours à la Chose en soi, pour nous inconnaissable, serait, au fond, l'absence de toute explication, le recours à la philosophie paresseuse‘. Dans le second cas l'existence des jugements synthétiques a priori, comme donnée de l'expérience, ne deviendrait concevable qu'à l’aide de l’Idée transcendantale. Cette Idée sans usage pour l’entendement et dans l'expérience, dont elle ne peut attendre ni confirmation ni infrmation, est cependant l'exigence même de la Raison qui pousse jusqu'à l’unité absolue la connaissance expérimentale fournie par
1. Aenesidemus oder über die Fundamente der von dem Herrn Prof. Reinhold zu Iena gelieferten Elementar-Philosophie nebst einer Vertheidigung des Skepticismus gegen die Anmassungen der Vernunftkritik, Dritter Brief, p. 130-180.
2. Ibid., p. 133. — 3. Ibid., p. 153-194. — 4. Ibid., p. 155-196.
l'entendement. Alors l’entendement s’élèverait immédiatement et tout d'un coup d'une donnée de l'expérience (les jugements synthétiques à priori) au sujet absolu des modifications du sens interne, pour redescendre, immédiatement aussi et tout d’un coup, de ce sujet absolu à la détermination de la possibilité de l'expérience et de ce qui lui appartient, maïs ce serait par une application illégitime des catégories de l’entendement à l’objet d'une Idée de la Raison. S1 l'usage des Idées transcendantales est uniquement de rendre aussi parfaite que possible la connaissance expérimentale obtenue par l'entendement, sans jamais nous fournir aucune intuition du supra-sensible, c’est au mépris des catégories, de l’aveu même de la Critique, qu'on applique l'Idée du sujet absolu à l’explication de l’origine de la nécessité dans notre connaissance; cette explication relève uniquement de l’entendement, borné aux objets de l'expérience; et, toujours d’après la Critique, c'est mésuser des Idées de la Raison que de les appliquer à l'intelligence des faits’. Croire possible de conclure de la conception qu'on se fait d’une origine purement intellectuelle de la nécessité, comme ayant son fondement dans l’âme, à la réalité de cette origine et de ce fondement est donc une illusion; d’après Kant lui-même, il y aurait là un sophisme, le passage de l'Idée à la Réalité. Et c’est ce sophisme que prétend dénoncer le scepticisme de Hume. Hume répondrait que le chapitre de l'origine de la nécessité devrait être reporté à la Dialectique de la Raison pure et que la Critique aurait dû compléter ce chapitre et traiter cette question au titre des paralogismes. Car — la Critique l’a démontré — nous ne pouvons connaître de l’objet que ce qui se rapporte à une expérience possible, nous ne pouvons prétendre à aucune connaissance des choses qui ne peuvent être objets d'expérience; or, si ni l’origine des différents éléments de la connaissance humaine n1 l’âme et ses modes d’action ne sont objets d'expérience ni données dans aucune intuition empirique, il en résulte que des recherches sur cette origine et sur l’âme sont 1llégitimes ?.
Le scepticisme d'Énésidème triomphait encore de la Critique sur la conception de la Chose en soi. Sans doute Kant s’est posé en destructeur du dogmatisme; sans doute, loin d'affirmer l'accord de nos représentations et de leur liaison avec les choses, Kant ayant,
1. Aenesidemus oder über die Fundamente der von dem Herrn Prof. Reinhold zu Iena gelieferten Elementar-Philosophie nebst einer Vertheidigung des Skepticismus gegen die Anmassungen der Vernunftkritik. Dritter Brief, p. 160-172.