‹ Fichte et son tempsChapitre 89 sur 232 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

éd

dans l'Esthétique transcendantale, phénoménalisé toute notre connaissance, soutient et démontre, dans la Logique transcendantale, que ni l’entendement, ni la Raison ne peuvent nous fournir de connaissance de la Chose en soi, en sorte que cette connaissance est pour nous impossible. Et cependant la Critique affirme la réalité de la Chose en soi, comme d’un X qui est la matière même par laquelle notre sensibilité est affectée et sans laquelle elle serait une pure illusion. C'est même sur l'existence de cette Chose en soi que la Critique base sa limitation du pouvoir humain de connaître, en montrant dans cette existence, pour nous impensable, une source de connaissance différente de la représentation des purs objets; et ainsi appuyée sur le Noumène elle prétend réfuter le scepticisme, sans s’apercevoir que, dans cette réfutation, elle admet justement la vérité d’une proposition que le scepticisme nie; sans s apercevoir qu'elle n’admet elle-même l'existence de la Chose en soi qu'au mépris de ses propres principes et par une application, de son propre aveu illégitime, du principe de causalité.

Et pourquoi ce besoin de donner à nos représentations de lexpérience une malière extérieure? Pourquoi chercher à ces représentations une source autre que le seul esprit? On ne le voit pas et rien dans la Critique ne l'exige, car nous n'avons jamais l'expérience que nos représentations sont le produit d'objets extérieurs; et, en fin de compte, que sont des Choses en soi dont on ne peut affirmer quoi que ce soit? un pur néant!. Ainsi donc, une fois encore, le scepticisme l'emportait; du moment où la connaissance implique un rapport de notre faculté de représentation avec l’existence de Choses en soi absolument indépendantes de ce pouvoir et une liaison de certains caractères de notre représentation à l'égard de ces Choses en soi, si l'existence de ces Choses en soi est mise en doute, la possibilité de la connaissance devient douteuse ?.

Pas plus que du scepticisme, la Critique n'avait triomphé, malgré ses dires, de l’Idéalisme de Berkeley; bien plutôt elle le confirmait en niant, comme Berkeley l’avait fait, la possibilité de connaître la Chose en soi (le monde des corps), comme cause de nos représentations. La Critique, il est vrai, alléguait contre l’Idéalisme que la conscience de notre existence dans le temps est liée à la conscience d'un rapport de cette existence à quelque chose qui dure en dehors

1. Aenesidemus oder über die Fundamente der von dem Herrn Prof. Reinhold zu Iena gelieferten Elementar-Philosophie nebst einer Vertheidigung des Skepticismus gegen die Anmassungen der Vernunftkritik. Dritter Brief, p. 265-267.

Page 1