Ibid., p
de nous et que la conscience immédiate de l'expérience des choses extérieures est la condition de la conscience de l'expérience intérieure et des déterminations du Moi dans le temps; mais jamais l’'Idéalisme n’a nié ce double rapport. L'Idéalisme admet l'existence des objets dans l’espace, comme quelque chose de durable; il prétend seulement que cette existence ne s'explique pas par l'influence sur nous des choses extérieures, mais par la manière dont Dieu affecte notre âme. En outre l’Idéalisme exige une démonstration de l'existence objective des choses; or cette existence n'est en rien démontrée par le rapport de notre existence empirique à la permanence des choses ayant en dehors de nous une existence spatiale. La Critique de la Raison pure affirme donc, pour réfuter l’Idéalisme, ce que celui-ci n’a jamais nié et nie ce qu'il n’a jamais affirmé. Enfin, si l’on examinait, pour conclure, les grands desseins que s'est proposés Kant, la destruction de tous les sophismes concernant la croyance en Dieu, l'immortalité de l'âme, on voyait, au dire d'Éné- sidème, qu'ils n'étaient pas plus à l'abri des objections. L'éthicothéologie kantienne affirme la nécessité de l’immortalité de l'âme, parce que la loi morale exige la sainteté de la volonté, la conformité parfaite à la. loi, et que celle-ci, chez un être limité, suppose un progrès sans fin; elle affirme la nécessité de l'existence de Dieu comme condition de possibilité de l'accord du bonheur et de la vertu?; elle conclut ainsi d'une exigence morale à l'existence réelle de la condition à laquelle seule cette exigence peut être satisfaite. Or, quoi qu'on pense de l’origine de la loi morale, il est indéniable que le devoir doit être tel qu'il soit possible. Ad impossibilia nemo obligatur. Exiger l'impossible c'est, autant dire, exiger quelque chose dont l'exigence ne peut être pensée. En outre, la possibilité d'une action implique l'existence de toutes les conditions de sa réalisation *.
Mais le raisonnement de Kant est tout différent, il conclut l’existence d’une chose simplement de ce qu'elle est une condition de l'application de la moralité; raisonnement que rien ne justifie, car on ne voit nullement comment tirer de l'existence d’une chose la présence des moyens qui en permettent l'exécution sans seulement savoir si ces moyens sont possibles, ce qui est absurde, sans savoir davantage si on ne postule pas plus que ne demande la Raison (pourquoi par ‘exemple l'accord du bonheur et de la vertu
1. Aenesidemus oder über die Fundamente der von dem Herrn Prof. Reinhold zu Iena gelieferten Elementar-Philosophie nebst einer Vertheidigung des Sheplicismus gegen die Anmassungen der Vernunftkritik. Dritter Brief, p. 267-275.