März 1794, p
Et d’abord à l’objection capitale : le principe de la conscience dont Reinhold fait le premier principe de la philosophie ne peut être ce principe premier, car il implique la validité du principe de contradiction et il est lui-même soumis à cette loi formelle de la pensée.
Fichte, dès le début de son esquisse, dans son introduction sur la méthode de la philosophie qui a pour titre : Logique de la Philo-
sophie élémentaire, essaie de montrer que l’objection ne porte pas.
Dans le fait que l'existence du premier principe, une fois ce principe découvert, est soumise aux lois de la Logique formelle, Fichte voit « le cercle nécessaire qui constitue l'esprit humain ». « En vertu même des lois de notre esprit, toutes nos recherches sont soumises à ces lois. » La philosophie, comme tout ce qui est pensé, relève de la logique; et cependant cela n'empêche pas que la philosophie doive essayer de fonder la logique, de justifier par la réflexion les règles auxquelles, par la nature même de la pensée, elle est forcément et spontanément soumise.
Or cette justification implique précisément un fondement de la certitude, un principe premier, universel, d’une certitude immédiate, dont on puisse ensuite tirer le contenu et la forme de la connaissance.
A la seconde objection d'Énésidème : le principe dont part Reinhold n’est pas un principe premier universel, car c’est un simple fait, un fait de l'expérience interne, et rien de ce qui est empirique ne peut être universel et nécessaire, Fichte réplique que si l’on interprète la Philosophie élémentaire comme il convient, il s’agit non pas d’une construction empirique de la conscience, mais d’une construction intelligible, à l’aide d'éléments fournis par l'intuition intellectuelle. Bref il s’agit dans la Philosophie élémentaire de quelque chose qui ressemble fort aux procédés de la mathématique ; et c'est dans un essai de construction de ce genre que Fichte voit la méthode de la philosophie ?.
Mais, remarquons-le, tout en proclamant sur le fond son accord
avec Reinhold, tout en s'efforçant de défendre contre les objections :
d'Énésidème la Philosophie élémentaire, Fichte par l'interprétation que ses Méditations personnelles en donnent entend vraiment faire œuvre originale, et il dit assez clairement à Reinhold dans la lettre que nous avons citée qu’il prétend le dépasser.
1. W. Kabitz, Studien zur Entwicklungsgeschichte der Fichteschen W. L. aus der Kantischen Philosophie mit bisher ungedruckten Stücken aus Fichte’s Nachlass. IV. Die Entstehung der W. L., 2, p. 58.
Dans l'établissement du principe de la philosophie, dans la détermination de la méthode, Fichte, en s’attribuant le rôle modeste d’un simple commentateur de Reinhold, apparaît tout de suite comme un novateur : la Philosophie élémentaire est déjà, en somme, hors de cause et c'est la Théorie de la Science qui s'annonce.
Toutefois, dans le manuscrit en question, Fichte n’est pas encore pleinement maître de sa pensée ; il a sans doute conçu les principales idées directrices de son système, mais il n’a pas encore arrêté la construction qui doit leur donner l’évidence de la science, et c’est pourquoi le jeune philosophe recule la publication de sa découverte et demande même, le jour où il est appelé à la succession de Reimhold à Iéna, un délai pour la mettre au point.
Cependant il a d’ores et déjà conçu tous les éléments essentiels
de sa doctrine. |
1° Idée du Moi, du sujet comme principe suprême. Ce sujet, il en trouve sans doute la révélation dans la conscience individuelle, car le Moi est impliqué dans toute affirmation d'existence, il est la position même de l’existence, ce par rapport à quoi tout est posé!, il n’est cependant pas le sujet individuel; il est, dans le sujet individuel, ce qui constitue, au fond, son essence, le Sujet pur, le Moi absolu, l'acte même de l'esprit; et la réalisation de cet acte est, sinon ‘état de l'individu limité que nous sommes, du moins son but, sa loi et sa tâche?. D'un mot, comme Fichte le déclare expressément lui-même, le Sujet absolu (celui qui ne peut pas à son tour être prédicat), c'est Dieu, car il est Puissance ?.
Et précisément parce que Fichte fait, en somme, de l’idée de Dieu, : d’un Idéal, le principe de sa philosophie, sa doctrine débute par une exigence pratique, par un devoir de réalisation (réalise ton Moi, ton essence); si donc, en mettant tout à la fois à la base et au sommet de son système, le Moi, Fichte accomplit la prophétie de Jacobi et fonde l’Idéalisme intégral, on voit en quel sens ce système peut mériter d’être appelé un Égoïsme spéculatif, seulement dans le sens où le Moi s'identifie à l’'Absolu. La remarque n’est pas inutile pour prévenir une accusation maintes fois depuis formulée contre la Théorie de la Science.
2° Idée d’une multiplicité de principes hiérarchisés; idée d’un
1. W. Kabitz, Studien zur Entwicklungsgeschichte der Fichteschen W. L. aus der Kanischen Philosophie mit bisher ungedruckteu Stücken aus Fichte's Nachlass. IV. Die Entstehung der W. L., 2, p. 64, 82, 83. Mns. p. 4, 43, 49.