ACTE TROISIEME
Le même fond qu'au premier acte.
Mais comme si on avait déplacé le point de vue, on aperçoit maintenant mieux la surface métallique du lac. Sur celle-ci trois flaques sombres que le jour, en venant, rougira. La forêt, ici, empiète sur la scène à gauche et à droite, surtout à droite. De ce côté, parmi les arbres, on aperçoit de trois quarts une rudimentaire passerelle rustique sous laquelle on devine le ruisseau.
A l'orée du bois, le banc de gaz<->n du premier acte.
C'est l'instant blafard de l'aube naissante.
Une atmosphère laiteuse accroche comme des rideaux translucides aux maîtresses branches. Tout est en grisailles, en grisailles atténuées qui vont devenir des pâleurs.
Pourtant, il y a des coins d'ombre, où se retranchent les ténèbres obstinées.
Ensemble terne, sauf que, parfois, un éclair bleu-rouge met une gerbe de feu dans le ciel. C'est qu'un énorme orage est en train de cesser.
Le vent siffle encore par moment dans les feuilles. Il s'irrite, et gronde, et maudit.
Et le ruisseau qui a gonflé s'encolère.
Plus de cascatelles aux bruits frais. Une sourde houle qui a des heurts et des clapotis inquiétants et des bouillonnements de fièvre.
Dans la forêt, ce tintement indescriptible et énervant des heures d'après tempête, fait de tous les bruits des milliers de gouttelettes qui — les plantes s'égouttant — flic-fîocquent sur un sol détrempé.
6o FIDÉLAINE
Arrive aussi au specfateur ce fouettement de branches écartées, ce froissement de broussailles écrasées qui font qu'on devine : « on marche dans la forêt ».
Du lac sort parfois un sourd et long soupir.