‹ Fidelio opera en trois actesChapitre 15 sur 47 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

ISABELLE

A la santé de ce que j’aime !

ROCCO

Ah ! ah !... la soif te revient, iu trinquet et boxent.

ISABELLE

Oui, avec la joie et l’espérance ! — Un pauvre orphelin comme moi, recueilli par charité, pouvait-il se flatter d’épouser un jour la fille de son maître?

ROCCO

Ut une jolie fille, je m’en vante !... sans parler de ma place, don! le duc m’a promis la survivance pour mon gendre. Avoue que tu es né sous une heureuse étoile !

ISABELLE

Très-heureuse, si l’espoir que vous me donnez n’est pas déçu.

Doutes-tu de la parole du duc?

ISABELLE

Il est permis d’en douter ! — Vousm’avez fermé la bouche tout à l’heure, quand je vous parlais du prince Jean Galéas. Je ne faisais cependant que répéter tout haut ce qu’on se dit à l’o.reille dans tout Milan. Personne n’est dupe de la prétendue maladie qui l’éloigne du trône! — Ce n’est pas dans un palais ducal qu’on le tient enfermé, c’est dans une prison comme celle-ci peut-être ! Est-il un crime devant lequel Sforza soit homme à reculer? N’a-t-il pas commencé par arracher violemment la régence à Bonne de Savoie, dont il a fait périr le ministre, coupable d’avoir soutenu les droits du prince et de sa mère? — Quand la princesse Isabelle d’Aragon, appuyée par une partie de la noblesse milanaise, a osé lui redemander son époux Jean Galéas, dont elle avait été séparée par une infâme trahison, n’a-t-il pas répondu par des proscriptions et des supplices ; et ces cachots ne sont-ils pas remplis des malheureux qui s’étaient rangés autour d’elle? Dieu a permis qu’elle échappât aux v engeances de Sforza, et jusqu’ici elle n’a pas reparu ; mais si l’on juge de sa résolution par ce qu’elle a déjà tenté, c’est de sa main qu’il recevra le châtiment de ses crimes ! Car la justice div ine est avec elle !

nocco.

Dieu me damne! il est heureux pour toi que tes paroles soient tombées dans l’oreille d’un sourd ! car si l’on en rappor-

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tait une seule à Son Altesse, ta tête ne serait pas solide sur tes épaules! — Es-tu fou de tenter ainsi le destin! et que t’importent les affaires de Sforza et de son neveu Galéas? Est-ce à toi de régler leurs démélés et de prendre parti pour la princesse Isabelle? — Je ne dois nie souvenir que d’une chose, c’est que le duc me traite comme un vieux compagnon d’anues ; ton mariage avec ma fille t’assure sa protection ; sache la mériter, et fais en sorte, quand je t’aurai mis en mesure de me remplacer, qu’il n’hésite pas à te donner mon héritage.

ISABELLE

Vous avez raison : la destinée des princes ne regarde pas un pauvre garçon comme moi. Je ne veux plus songer qu’à mon métier; et, pour vous prouver que je sais profiter de vos conseils, permettez-moi dés aujourd’hui de. vous accompagner dans le vieux donjon où personne que vous n’a encore pénétré.

ROCC.O.

Non, Fidelio ! — 11 faut un coeur éprouvé comme le mien pour supporter de sang-froid le spectacle de. certaines souffrances, et tu es trop jeune pour un pareil apprentissage.

ISABELLE

Mon cœur pourra être ému de pitié ; mais je. vous promets qu’il n’en paraîtra rien sur mon visage.

ROC.C.O

Non ! te dis-je ; il n’est permis qu’à moi seul de descendre dans ces cachots, et tu ne pourrais entendre sans pâlir les gémissements du malheureux qui y est relégué.

ISABELLE

Que dites-vous? — N’v a-t-il qu’un seul prisonnier?

ROCCO

Oui.

ISABELLE

Il est donc bien coupable, qu’on le traite avec tantde rigueur?

Je l’ignore. — Il m’est défendu de lui parler, et je me borne à lui porter sa nourriture de chaque jour.

' ISABELLE

Mais lui, ne vous a-t-il jamais rien dit ?

ROCCO

Des paroles qui m’ont fait croire que sa raison était troublée.

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