ACTÉ
ÎS
nocco.
Les hniits de la ville n’arrivent guère jusqu’ici.
SFORZA
Elles annoncent la mort de mon neveu Jean Galéas.
R OC CO, vivement*
Le prince Galéas est mort?
SFORZA
Eli bien! qu’y a-t-il là d’étonnant? Ne savais-tu pas qu’il était gravement malade?
ROCCO
On assurait en effet qu’une maladie de langueur le tenait éloigné du trône, et que Votre Altesse l’avait relégué pour cette raison dans un château du voisinage, mais j’ignorais...
SFORZA
Achève.
ROCCO
J’ignorais que cette maladie dût se terminer si tôt.
SFORZA
Je l’ignorais comme toi, Kocco, et je ne m’attendais pas à ce fatal événement. Forcé de garder le pouvoir, que je ne pouvais abandonner à des mainsdébiles, j’avais espéré me démettre un jour de ce lourd fardeau. — Le. ciel eu a ordonné autrement, et je dois accepter l’héritage des Sforza. — Mais cet héritage peut m’étre contesté; notre famille est de date récente, et nos ennemis n'ont pas encore oublié que mon aïeul Muzzio n’était qu’un simple paysan des Komagnes; l’empereur Maximilien peut me. faire attendre l’investiture que je lui demande; je trouve à chaque pas des entraves qu’il me faut briser, si je ne veux pas m’y briser moi-même. — Déjà Isabelle d’Aragon, m’ac- » cusant d’attenter à la vie de son époux Jean Galéas, a recruté dans les rangs mêmes de mes amis des partisans dont il m’a fallu peupler les cachots de cette citadelle. — Réfugiée sans doute à la cour de son père, elle ne manquera pas, à la nouvelle de son veuvage, de niesusciter de nouveaux adversain s, et peui-être sera-t-elle assez habile pour tourner contre moi les armes du roi de France, que j'appelle à mon aide. — En présence de tant de dangers, je dois étouffer l’esprit de rébellion jusque dans son germe, et ne pas même lui laisser l’ombre d’un prétexte. — 11 suffit d’uue étincelle pour allumer l’incendie; il suffit d’un fou pour compromettre la sûreté de l’État. — Le prisonnier que j'ai confié à ta garde, et qui est enfermé dans le vieux donjon, peut être le fou dont je parle. Il faut qu’il meure!
RQCCO.
Qu’avez-vous à craindre de ce malheureux, monseigueur? Mi ru 5 par le chagrin et la maladie, il n’a que peu de temps vivre. — A quoi bon hâter un événement qui ne peut se faire attendre?
SFORZA > ?e letanl.
Il me faut sa vie, te dis-je 1 — me comprends-tu?
nocco.
Pardonnez-moi, monseigneur; mais je ne puis comprendre que la mort d’un misérable soit si nécessaire à votre repos. — I.e cachot où il est enfermé n’est-il pas une tombe?...
SFORZA
Les morts seuls ne parlent pas!
nocco.
fit que pourrait-il dire?...
SFORZA
Ce qu’il t’a déjà dit peut-être?
ROCCO
Que vous importe qu’un insensé prétende se nommer Jean Caléas, aujourd’hui que le prince Jean Caléas est mort?
SFOnZA.
Cet insensé peut trouver des partisans qui ajouteront foi à ses paroles; le geôlierqui l’a précédé ici les avait écoutées d’une oreille trop complaisante. - Le lendemain il avait cessé de \ ivre, (chans-aot de ton.) Voyons, Kocco, un coup de stylet est-il uni* si grande affaire? Est-ce le premier homme que tu auras envoyé galamment dans l’autre monde?
nocco.
Je n’ai tué que des gens qui se défendaient, monseigneur, en plein soleil, sur le champ de bataille. et Votre Altesse oublie que j’ai mêlé mon sang au leur.
Est-ce ton dernier mot?
SFORZA
ROCCO
Je suis un soldat. — Cherchez ailleurs un assassin.
' SFORZA
Prends garde!
ROCCO
Votre Altesse me réserve le sort de mon prédécesseur?